Catherine Frot - La mère du Vilain nous parle

Didier Verdurand | 14 novembre 2009
Didier Verdurand | 14 novembre 2009

Catherine Frot est l'une des meilleures actrices de sa génération en France, voilà c'est dit. Mais chez les seniors, elle vaut quoi ? C'est encore mieux, serait-on tenté de dire après s'être délecté devant sa performance dans Le Vilain d'Albert Dupontel. Alors quand on l'a vue à Sarlat accompagner son metteur en scène, on s'est approché pour lui poser quelques questions...

Le rôle a-t-il été écrit pour vous ?

Plus ou moins. Il a rapidement pensé à moi mais nous avons tous les deux eu une hésitation quant à savoir si ça collerait ou non. La première question qui se posait concernait évidemment la crédibilité, car j'allais devoir prendre une trentaine d'années ! Il y a eu quelques séries d'essais dans différentes directions : la grand-mère de Titi et Grosminet, ou alors une dame plus à l'anglaise, etc... Je me suis inspirée aussi de ma propre grand-mère et d'un tableau de David Hockney qui avait peint sa mère avec une forme d'austérité douce, la rendant très attachante. Albert était d'accord pour jouer sur la maigreur, que je disparaisse dans le costume. Il fallait aussi que le visage garde une poésie malgré le vieillissement.

Vous avez pensé à Tatie Danielle, même si là c'est elle la vilaine ?

(surprise) Ah non, pas du tout ! Il y a chez Chatiliez une autre cruauté que chez Dupontel, je ne sais pas...


Une cruauté plus perverse peut-être que chez Dupontel où la cruauté est cartoonesque ?

Oui, ça doit être ça. D'ailleurs, j'ai plus pensé à mon personnage en voyant Là-haut, un dessin-animé.

Les actrices préfèrent rajeunir.

En général, on vieillit pour la fin d'un film ou juste une séquence, donc ce n'est pas dramatique non plus. Là, ce qui faisait peur, c'est qu'il fallait être vieille durant la totalité du film, c'est un tout autre challenge et j'en ai eu quelques vertiges. En même temps, c'est drôle, la fantaisie l'a emporté sur mes angoisses.

Je ne vous imagine pas vous botoxer avant un rôle, de toute manière... et encore moins dans Le Bal des actrices.

Je me sens un peu à part, oui. Je suis intéressée par le travail, pas par les petites histoires autour.

Vous avez regardé de près les rushes pendant le tournage ?

Oui, j'avais besoin de voir mon image pour l'assumer et pour me rassurer, donc Albert me montrait tout.


Et malgré toutes les louanges qu'on peut vous faire, j'imagine mal les César penser à vous.

Ça m'est égal, honnêtement. Le plus important est que le film trouve son public. Je n'ai pas vraiment d'opinion sur le César de la Meilleure comédie qui ne se fera finalement pas. Qu'une fête existe comme les César pour célébrer le cinéma, pourquoi pas, il y a du positif. Mais qu'on y accorde plus d'importance qu'il n'en faut, est-ce bien utile ? Il ne faut pas que ça devienne une motivation.

Comme spectatrice, qu'avez-vous apprécié récemment ?

J'ai regardé les coffrets Ozu et Kurosawa en DVD. Je n'ai pas été au cinéma depuis la rentrée, il n'y a pas de titres qui me viennent à l'esprit... Ah si, mais ça date un peu. J'ai adoré Good morning England que j'ai été voir deux fois. Et Le Prophète de Jacques Audiard.

Votre prochain film ?

Imogène, de deux jeunes réalisateurs, Alexandre Charlot et Franck Magnier. Il sortira ce printemps et je ne l'ai pas encore vu mais je le sens très inventif et surréaliste. Mon personnage est stylisé, énergique et très fantasque. Ça promet mais en attendant, rencontrez Le Vilain !

 

Propos recueillis par Didier Verdurand à Sarlat.

Autoportrait de Catherine Frot.


 

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