Clovis Cornillac (Mensonges et Trahisons et Plus si affinité)

Didier Verdurand | 31 août 2007
Didier Verdurand | 31 août 2007

Il sera difficile à la rentrée d'éviter Clovis Cornillac, et c'est tant mieux. Hilarant dans Mensonges et Trahisons et Plus si affinité, inquiétant dans La Femme de Gilles, héroïque dans Un long dimanche de fiançailles et touchant dans Malabar Princess, tel est l'éventail proposé des multiples émotions auxquelles peut s'accorder le talent de Clovis Cornillac. Toujours juste, il a le vent en poupe, qui le mènera d'ailleurs dans les airs avec Les Chevaliers du ciel, de Gérard Pirès, en compagnie de Benoît Magimel, avant de rejoindre les univers de Karim Dridi et Bernie Bonvoisin. Rencontre avec un incontournable du cinéma français.

 

Vous vous êtes inspiré d'un joueur en particulier pour interpréter Kevin, le capitaine des Bleus, dans Mensonges et Trahisons ?
On peut dire que c'est un portrait de Zidane ! C'est pour cette raison qu'il a arrêté ! (Rires.) Non, sérieusement, il n'y a pas de réelle inspiration extérieure, je n'ai pas voulu m'arrêter à une imitation, ou avoir le sentiment d'appartenir à quelqu'un. Kevin est issu directement de mon imagination, à partir du scénario. Je n'écris pas d'annotations sur un personnage quand je lis un scénario, cela vient naturellement et n'importe quand, car en général j'ai plusieurs rôles en tête, même celui que j'interpréterai dans quelques mois après un autre film. Kevin n'est pas une lumière dans le sens où il ne pourrait pas faire de discours à la Sorbonne, même s'il a sûrement les couilles pour le faire, mais sa principale qualité est de prendre des décisions et de les assumer. Son grand défaut est d'oublier de réfléchir avant. Le contraire du personnage d'Édouard Baer. Kevin ne se gêne pas pour lui balancer des vérités dans la gueule et j'ai aimé cette facette. Il est bien pratique d'être dans les astres de la création pour ne pas assumer des choses de la vie concrête qui font avancer. Ce que dit Kevin peut être parfois con, mais pas tout le temps, et il en résulte un certain charme.

 

Vous avez songé à être boxeur. Le foot vous attire aussi ?
Les sports télévisuels ou radiophoniques me détendent complètement quand je les suis, mon cerveau s'arrête, j'arrête de penser aux scénarios, aux impôts, à mes problèmes…Aller au casino me fait le même effet.

 

L'Euro 2004 vous a fait souffrir ?
Ce n'était pas si dur, parce que je n'ai pas la fibre du supporter en moi, même lorsque je regarde des matchs du championnat, français ou étranger. Le beau jeu est le plus important à mes yeux. Alors évidemment j'adore les Bleus quand ils jouent comme en 1998 ou 2000, et toute l'effervescence qui s'en est dégagée, mais pas pour des raisons chauvines. D'autres équipes, comme le Brésil ou l'Argentine, me font rêver. J'étais déçu par l'élimination des Tchèques, mais la victoire des Grecs est belle pour l'histoire.

 

 

Les langues se délient et on parle beaucoup d'egos surdimensionnés chez les Bleus. Vous n'avez pas fait de stage chez eux ?
C'est bon, chez nous les acteurs, il y a ce qu'il faut, nous sommes assez bons dans ce domaine, pas besoin de chercher ailleurs ! En plus, comme notre carrière est facilement plus longue, nous avons le temps de bien nous entraîner !

 

La comédie n'est pas un genre dans lequel on a l'habitude de vous retrouver !
De plus en plus, surtout depuis Une affaire qui roule, d'Eric Veniard. Déjà parce que ce sont les projets qui se montent le plus facilement. L'histoire est ce qui me motive à accepter de tourner dans un film, pas le genre.

 

Vous avez beaucoup répété avec Édouard Baer pour arriver à un comique aussi naturel ?
Édouard et moi, on s'aime, et n'avons pas eu besoin de répéter. Autant au théâtre, cet exercice me plaît beaucoup et cela ne m'a jamais posé de problème, mais au cinéma, je n'aime pas répéter. J'aime rencontrer les gens avec qui je vais travailler pour boire un coup avec eux ou faire éventuellement une lecture, mais je ne crois pas en l'efficacité des répétitions parce que, qu'on le veuille ou non, il y a un instantané qui s'opère sur le tournage. Tu peux sentir un jeu génial lors d'une répétition, et ne pas le retrouver trois mois plus tard, ce qui est frustrant pour tout le monde. Je préfère être à l'heure au vrai rendez-vous.

 

Votre actualité est riche en septembre. Le 15 arrive sur les écrans La Femme de Gilles, qui est un film plutôt silencieux. Il vous y arrive souvent de tourner le dos à la caméra.
Oui, c'était difficile car je me suis retrouvé dans la position qu'ont les femmes en général au cinéma. En d'autres termes, ton point de vue, on s'en branle. J'ai adoré interpréter Gilles, même si ce n'était pas facile d'exprimer des émotions, comme la violence, dans le silence, car nous évoluons dans un milieu qui ne parle pas. L'ambiance sur le tournage était chaleureuse, à contre-courant de celle du film, heureusement.

 

 

Et en DVD sort Malabar Princess, dans lequel vous avez un joli second rôle. Le fait de vous retrouver dans un succès au box-office a-t-il changé votre statut dans le milieu ?
Je reçois tellement de propositions en ce moment que je suis bien obligé de constater une évolution dans la bonne direction, surtout que je connais largement plus les échecs publics. Je ne pense pas pour autant que Malabar Princess en est la cause principale, mais il rentre dans la spirale. La conjoncture m'est très favorable aujourd'hui, cependant je reste bien conscient qu'elle aura peut-être disparu dans un an. N'ayant jamais participé à un gros carton, si on me choisit aujourd'hui pour une grosse production comme Les Chevaliers du ciel, c'est pour la qualité de mon travail et non pour le nombre d'entrées que je peux ramener. J'en suis évidemment ravi. Comme du succès de Malabar, particulièrement pour les producteurs, qui le méritent car ce sont des gens extra. Je le précise car tu peux avoir de beaux films qui ont du succès avec de vrais cons derrière !!!

 

Vous êtes plutôt cinéma ou DVD ?
Par la force des choses, à cause de mon emploi du temps, DVD ! Je suis très bien équipé, et les derniers que j'ai achetés sont la trilogie du Seigneur des anneaux, et un coffret Kurosawa. Avec lui, c'est de la valeur sûre !

 

Mine de rien, vous devenez depuis quelques années l'inconnu le plus connu du cinéma français ! Drôle d'itinéraire !
Pendant longtemps, j'ai été dans le paysage, avec un travail reconnu, comme si on m'avait mis une étiquette de bon acteur, ce qui est pour le moins agréable. J'ai pu en jouir dans le théâtre subventionné, en jouant dans de très bonnes pièces. Le théâtre me proposait toute sorte de rôles, contrairement au cinéma, car le problème de l'âge, par exemple, est posé. J'ai été aussi dans beaucoup de téléfilms, au moins une trentaine. Karnaval a été une étape car il a été très remarqué, et le cinéma a de nouveau parlé de moi. J'ai pensé que la sauce allait prendre, et… non !

 

Malgré une nomination au césar du Meilleur Espoir !
Une nomination ne veut rien dire, surtout si tu ne le remportes pas ! Donc j'ai continué au théâtre avant d'avoir un gros coup de fatigue, un an et demi après, et je me suis mis à tout refuser. La chance s'est manifestée avec le cinéma qui m'a refait les yeux doux, et les tournages se sont enchaînés. Aujourd'hui, des réalisateurs me veulent, les financiers sont d'accord, les médias suivent… Si demain tout s'arrête, je ne serai pas aigri ou frustré.

 

 

Cela explique votre boulimie de travail !
Il n'y a pas de boulimie car ce mot est lié à une névrose. Cet appétit est plutôt lié à une grande énergie positive. Je me sens chez moi sur un plateau de cinéma ou sur les planches, je n'y suis jamais allé en traînant les pattes pour prendre un cachet. J'ai des origines prolétaires, et chez nous, on bosse. Le côté négatif est que je ne suis pas tous les soirs à la maison à 19h pour retrouver ma femme et ma fille, mais nous partageons quand même des moments magiques.

 

Vous ne devez pas être très concerné par le problème des intermittents, à travailler autant, mais donnez-nous votre point de vue sur la question !
Le statut d'intermittent est un acquis social, et je ne peux pas rester indifférent au fait qu'on veuille le retirer, surtout pour le pire argument qui soit : parce que ça coûte ! Il faut en revanche s'attaquer aux abus. Il y a de grosses sociétés qui emploient énormément d'intermittents alors qu'elles pourraient les employer à l'année, et là on touche le vrai problème, et ce n'est pas facile de faire le ménage car on touche au pouvoir. Pendant sept ans, ceux qui ont travaillé sur le Bigdil avaient une sécurité de travail, et pourtant ils étaient intermittents et touchaient des Assedics pendant six mois. Un peu curieux, non ?

 

Propos recueillis par Didier Verdurand en août 2004.

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