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Borderlands : la plus grande catastrophe au box-office des années 2020 ?

Par Mathieu Jaborska
30 août 2024
Borderlands : box-office @Canva Lionsgate

C’est peu de dire que le film Borderlands d’Eli Roth ne partait pas gagnant. Mais son bide stratosphérique risque bien de rentrer dans les annales déjà bien encombrées des adaptations de jeu vidéo.

En développement depuis de nombreuses années, l’adaptation de Borderlands est finalement sortie dans les salles françaises le 7 août 2024, avec au casting Cate Blanchett, Kevin Hart, Jamie Lee Cutis et Jack Black dans le rôle de l’insupportable robot Claptrap. Eli Roth, célèbre pour ses films d’horreur, s’est quant à lui chargé de la réalisation.

Au cœur des années 2010, dans le sillage du succès de Borderlands 2, envoyer les chasseurs de l’Arche défourailler du skag sur grand écran n’était pas forcément une mauvaise idée. En 2024, le projet semblait plus incertain financièrement. Trois semaines à peine après ses débuts, il s’agit déjà d’un désastre ahurissant, voire même carrément historique. Chronique de l’échec au box-office d’un film qui n’avait rien pour lui.

Porcelain pipe bomb

Premier problème : Borderlands a coûté cher, très cher. Selon Deadline, il aurait un budget compris entre 110 et 120 millions de dollars, soit plus que les premières estimations qui tournaient autour des 100 millions. Peut-être ces pépettes supplémentaires furent-elles investies dans les deux semaines de reshoots dont s’est occupé Tim Miller (Terminator : Dark Fate) en l’absence de Roth, probablement occupé par Thanksgiving. Il s’agit d’un budget certes inférieur à celui des tentpoles qui ont animé l’été (tournant davantage entre 200 et 300 millions), mais considérable pour ses ambitions de série B chaotique adaptée d’une saga de jeu vidéo.

Où est donc passé cet argent ? Outre bien sûr les décors, effets spéciaux et compagnie (ne riez pas), il a possiblement été englouti par le salaire du casting, censé servir d’argument en béton armé : depuis le succès de Jumanji (que Lionsgate espérait peut-être imiter), le comique Kevin Hart doit demander un peu plus qu’un SMIC. De même que Cate Blanchett, qui en 2018 était l’une des actrices les mieux payées au monde selon Forbes. Ajoutez à cela un budget de 30 millions pour la promotion et vous obtenez un blockbuster qui doit largement dépasser les 200 millions de dollars de recettes pour justifier son existence sur le plan économique.

Face au budget

Pas besoin de sortir les calculettes : il a atteint moins de 20% de cet objectif, et à ce stade il est certain qu’il ne couvrira pas le budget sandwich de la production. Les analystes du box-office lui prédisaient des débuts difficiles, entre 10 et 20 millions de dollars pour son démarrage selon Box-office Pro, Box-office theory et autres Deadline. Il a amassé 8,6 millions de dollars pour son premier week-end américain, sur 3 125 salles. Un score misérable qui lui a garanti la 4e place du classement, loin derrière les 50 millions de It Ends with Us, l’autre grosse sortie de la semaine.

Un crash monumental qui s’est poursuivi avec quelques tonneaux supplémentaires. Lors du deuxième week-end, parallèlement à la sortie d’Alien : Romulus, Borderlands a essuyé une énorme baisse de fréquentation de presque 72%. Lors du troisième, il a logiquement perdu près de 2 000 salles et donc sombré de 83%, n’amassant que 479 051 dollars. Autrement dit, après à peine trois semaines d’exploitation et de souffrance, il a déjà presque achevé sa carrière américaine. A l’international, c’est encore pire, avec moins de 10 millions de dollars de recettes. En tout, il a récolté 25 millions de dollars et c’est tout juste s’il parviendra à atteindre la barre des 30 millions. Une débâcle.

A noter que les français n’ont pas relevé le niveau, avec quelques 271 073 entrées et une chute significative en 3ème semaine (-75%).

Au fond du trou

Limiter la casse, mode d’emploi

Lionsgate, producteur via Summit et distributeur, desserre peut-être un peu les dents en se rappelant avoir déjà amorti 60% du budget en préventes à l’internationale, du moins comme l’a affirmé le studio à Forbes. A vrai dire, il y a fort à parier que ses exécutifs, qui avaient déjà dû gérer une production chaotique, ont vu le désastre venir de loin. D’où un minimum d’investissement dans la promotion. 30 millions, c’est dans la fourchette très basse pour un blockbuster de cette ampleur.

A force, on connaît la chanson et la routine des studios : Borderlands est disponible en VOD aux États-Unis depuis le 30 août, soit un peu plus de trois semaines après sa sortie. Une stratégie d’urgence désormais largement adoptée par l’industrie et qui pourrait bien faire ses preuves. Le New York Times évoquait un marché qui pouvait rapporter plusieurs dizaines de millions de dollars supplémentaires pour les gros films. Une potentielle manne qui justifie de sacrifier la fin d’une exploitation (soit dans ce cas, des miettes) pour aller chercher un autre public. Avec un peu beaucoup énormément de bol, les curieux n’attendaient que ça pour tenter l’expérience. Ou alors ils vont pirater comme des sagouins.

L’équipe « damage control » de Lionsgate

L’échec de Borderlands rappelle évidemment le plus gros carnage de l’année 2023 : celui de Expendables 4, également distribué par Lionsgate ! Le film d’action (enfin, il paraît) était lui aussi doté d’un budget d’une centaine de millions de dollars et s’était lui aussi pris une torgnole de l’espace avec moins de 38 millions de dollars de recettes. Son successeur risque bien de faire encore pire, et par la même prouver que c’est possible.

La firme a essuyé de sérieux revers : ces derniers mois, elle a accompagné aux États-Unis Le Ministère de la sale guerre (en Europe, l’acquisition par Amazon a pu sauver les meubles), Expendables 4 et The Crow, battu lors de son ouverture par – tenez-vous bien – la ressortie de Coraline, en deuxième semaine. Heureusement, il lui reste le dernier Hunger Games, ainsi que ses petits films d’horreur (Imaginary, Les Intrus et bien sûr la machine à thunes Saw).

27 millions de recettes pour un budget de 60 millions, ça pique

Elle n’est pas non plus au bout de ses peines, puisque son catalogue fourmille de projets pour le moins incertains, comme le Vol à haut risque de Mel Gibson, le spin-off de John Wick Ballerina (qui a carrément subi un nouveau tournage pour « protéger la franchise »), le biopic de Michael Jackson à 150 millions de dollars, ainsi bien sûr que le très gros morceau Megalopolis, qui se tire une nouvelle balle dans le pied à chaque manœuvre marketing. Difficile de se tailler la part du lion dans cette jungle de problèmes potentiels.

Sortie compliquée en vue

99 problems

Bien que la chute soit plus rude que prévu, le fiasco de Borderlands était largement prévisible. Au fil des années, le projet a cumulé toutes les tares. C’est en 2015 qu’il a officiellement été annoncé. A l’époque, Borderlands 2 était extrêmement populaire, propulsant la franchise parmi les premiers rangs des univers vidéoludiques. Mais suite à de nombreux faux départs et plusieurs départs tout court (dont celui de Craig Mazin, qui tient désormais à garder son nom loin du générique), il n’a cessé d’être repoussé, la faute à plusieurs changements de scénaristes, un tournage en plein COVID et une postproduction houleuse.

La clé du succès de Borderlands 2

Un gros cafouillage qui a eu deux conséquences fatales. Premièrement, la saga a clairement perdu de son aura, avec un troisième opus beaucoup moins bien reçu que le deuxième, à cause – et c’est le plus grave – d’une écriture décevante. Troisième opus sorti en 2020, soit 4 ans auparavant. Entretemps, le développeur Gearbox a eu le temps de se faire racheter par l’ogre Embracer et de sortir un spin-off pâtissant des mêmes soucis que Borderlands 3. L’âge d’or de la saga est derrière elle et il est évident que l’enthousiasme des joueurs est quelque peu retombé.

Deuxièmement, voyant bien que la base des joueurs ne suffirait pas, des exécutifs ont de toute évidence tenté de brasser un public plus large en empruntant la route du sous-Gardiens de la Galaxie, décision qui impliquait de se contenter d’un classement PG-13. Résultat : le film s’est fait atomiser aussi bien par la critique que par une bonne partie des joueurs. Attaqué de toutes parts, Borderlands n’a pu se rattraper à aucun bouche-à-oreille.

Légère tache dans la carrière

Représentant d’une franchise moribonde, aidé par une promotion minimale, archi-bancal et jugé mauvais par la majeure partie de son public, le film n’avait pour lui que son casting. Les cinéphiles qui ont admiré le jeu de Cate Blanchett dans Tár allaient-ils vraiment se ruer en salles pour un blockbuster revendiquant son humour régressif ? Kevin Hart a-t-il vraiment les épaules pour rentabiliser un film sans l’appui de Dwayne Johnson ? Autant de questions auxquelles cet échec cinglant a répondu.

Lors de la dernière Gamescom, Gearbox a officiellement annoncé un Borderlands 4 qui pourrait bien être la dernière occasion pour la franchise de revenir sur le chemin du succès. On voit mal comment un nouveau jeu pourrait autant se planter que le film.

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terror-turtle

j’ai vu, c’était nul, mais pas plus qu’un marvel.
Borderlands est un bon shooter, mais clairement pas de quoi en faire un film.
J’aurais préféré que les 120 millions soient investis dans un film Half-Life.

joe l'aveugle

The crow ( ou 2 kro comme ils disent sur youtube ) me parait bien parti pour concurrencer borderland au titre de pire film de l’année.

naughtysoft

Avouez plutôt que vous n’aimez clairement pas le degré d’humour qu’il y a dans le film !

des-feves-aux-beurres-et-un-excellent-chianti

Personne n a vu Die Hart2 avant de signer le chèque de Kevin ? Ou alors ça s est fait après ?
.
Le film est nul , c est pas totalement de la faute de Kévin et du tacheron Eli mais quand même