Top horreur n°19 : Le Cauchemar de Dracula

Jean-Noël Nicolau | 13 octobre 2009
Jean-Noël Nicolau | 13 octobre 2009

Pour fêter le mois d'Halloween, la rédaction d'Ecran Large a pris son courage à deux mains et s'est lancée dans l'impossible : élire ses 31 meilleurs films d'horreur dans l'histoire du cinéma. Pour être le plus rigoureux possible, des règles ont été établies comme celle de ne pas avoir plus d'un film par cinéaste dans le classement final (sauf une exception mais chut on vous expliquera à la fin du mois pourquoi). 12 membres de la rédaction ont donc été invités à envoyer leur liste de leurs 40 films préférés. A partir de ces listes, on n'a gardé que les films cités plusieurs fois par chacun d'entre nous. On a alors resoumis la liste finale à un vote pour obtenir le classement final que nous allons vous faire découvrir quotidiennement jusqu'à la fameuse nuit d'Halloween qui révèlera le numéro 1 de la rédaction. Un éclairage par jour durant 31 jours sur des incontournables du cinéma d'horreur.   

 

19 - Le Cauchemar de Dracula (1958) de Terence Fisher

 

 

Patrick Antona :

Terence Fisher a créé avec Le Cauchemar de Dracula une esthétique du vampire qui est devenue indémodable et où le sous-texte sexuel est enfin exploité avec intelligence. Sans oublier les duettistes Christopher Lee/Peter Cushing ici à leur zénith. 

Laurent Pécha :

Un sommet inégalable du genre. Si vous ne devez voir qu’un film de vampires dans votre vie, voyez Le Cauchemar de Dracula. Difficile d’être plus clair non ?

Sandy Gillet :

Inutile de dire que si vous n’avez pas vu ce Dracula là, inutile de venir polluer le forum d’Ecran Large pour parler de votre amour ou non du genre. Vous ne serez de toute façon pas crédible !

 

Dracula, prince des vampires, seigneur des ténèbres et saigneur de ces dames. Le roman de Bram Stoker est l'un des chefs-d'œuvre de la littérature gothique, au moment où le Royaume-Uni donne naissance aux plus grands mythes de l'horreur (Frankenstein, Jekyll & Hyde...). Grâce à cet ouvrage et à son imagerie fondatrice, le cinéma allait trouver son genre le plus prolifique, des centaines de films s'engouffrant dans la lignée du Comte et de la première adaptation, non officielle, le Nosferatu de Murnau.

Après le succès surprise de Frankenstein s'est échappé en 1957, le studio Hammer se pencha sur l'autre monstre autrefois magnifié par le studio Universal dans le film de Todd Browning avec Bela Lugosi. Mais il fallait une approche novatrice, susceptible de rentrer dans le cadre d'un budget dérisoire (119 000 euros). Avec trois fois rien et beaucoup d'audace, Terence Fisher allait renouveler la légende et lui donner son apparence définitive.

 

Premier point essentiel : le casting. Peter Cushing, après avoir été un formidable baron Frankenstein, est un Van Helsing encore plus convaincant. L'acteur excellait dans les personnages secs, déterminés, tout en cérébralités mais capables de passer à l'action en un éclair. C'est ainsi qu'il fut aussi un excellent Sherlock Holmes dans Le Chien des Baskervilles, autre perle de la Hammer. Mais, bien sûr, celui dont le monde se souvient, c'est Christopher Lee, le seul et unique Comte Dracula pour bon nombre de cinéphiles. Par sa seule présence, sa voix caverneuse, sa haute stature, il dégage un charisme menaçant. Animal, agressif, mystérieux, ce Dracula n'a aucun état d'âme. C'est juste un tueur parfait, d'une grande intelligence, dénuée de passion ou de pitié.

Si Dracula choisit Lucy comme victime en la découvrant sur les photos de Jonathan Harker, c'est par pur instinct de prédateur. La métaphore érotique est évidente, mais elle ne cache jamais la barbarie du vampire. Les monstres sont prêts à tout pour assouvir leur soif. Que la pulpeuse maîtresse de Dracula vienne chercher secours auprès d'Harker ou que Lucy entraîne une fillette presque dans la tombe, le vampire n'a aucun remord. Au-delà de visions d'horreur explicites, c'est la menace permanente qui plane dans chaque scène du Cauchemar de Dracula qui en fait un chef-d'œuvre du genre. Aspect implacable renforcé par un thème musical violent et répétitif signé par James Bernard.

 

Les quelques scènes chocs, très sanglantes pour l'époque, firent sensation et le film écopa d'un classement X en Angleterre. Il reste interdit aux moins de 12 ans dans de nombreux pays, dont la France, chose rare pour une œuvre ayant plus d'un demi-siècle. Il faut dire que pour la première fois, les vampires laissaient apparaître des canines proéminentes, souvent couvertes d'hémoglobine.  Cette esthétique fit école et annonça l'explosion du cinéma gore, une décennie plus tard.

 

Notons à présent les différences principales entre Le Cauchemar de Dracula et le roman de Bram Stoker. Le manoir de Dracula est situé à Klausenburg en Allemagne à seulement quelques kilomètres de la ville habitée par les Holmwood. Il n'y a plus le voyage de la Transylvanie vers l'Angleterre, moment clef du livre. Jonathan Harker est chez Fisher un chasseur de vampire confirmé qui travaille en collaboration depuis longtemps avec Van Helsing. Contrairement au roman, Harker meurt et devient un vampire dès le début de l'histoire. D'autres personnages sont soient absents (Renfield, Quincey Morris) soit totalement différents (Mina Harker est la femme d'Arthur Holmwood et Lucy est la fiancée de Jonathan). De même le comte Dracula n'a qu'une seule fiancée, au lieu de trois, elle est détruite par Harker en lieu et place de Van Helsing. Enfin, Dracula ne rajeunit pas et n'a pas la capacité de se métamorphoser. Ces dernières différences s'expliquent en partie par le manque de moyens ainsi que par la crainte du ridicule (ce qui plomba d'ailleurs la version de Coppola).

 

La Hammer profita du succès du Cauchemar de Dracula pour continuer dans la veine vampirique, mais contrairement à ce que l'on croit, le comte demeura poussière durant 6 ans. La suite fut offerte aux Maîtresses de Dracula en 1960, sans la présence du vampire en chef. Puis ce fut l'abondance, grâce au très réussi Dracula, prince des ténèbres (1966). Christopher Lee participa encore à 6 autres films dédiés au Comte pour la Hammer : Dracula et les femmes (1968), Une messe pour Dracula (1970), le brutal Les Cicatrices de Dracula (1970), l'embarrassant Dracula 73 (1972), Dracula vit toujours à Londres (1974) et enfin Les 7 vampires d'or (1974). Mais les variations furent légions, en particulier The Vampire Lovers (1970) et Capitaine Kronos, tueur de vampires (1972).

Par son utilisation de la couleur, son casting et la froide détermination de son script, Le Cauchemar de Dracula demeure une référence. Certes, même en 1h20 quelques longueurs s'installent, et le manque de moyens se fait parfois sentir (quatre décors, cinq acteurs, pas beaucoup plus que cela), mais son aspect révolutionnaire est difficile à nier. Comme il est tout aussi difficile de nier que Christopher Lee demeure l'un des monstres les plus troublants et impressionnants du 7e art.


 

 

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