Iron Man: de l'armure à l'écran

Damien Virgitti | 3 mai 2008
Damien Virgitti | 3 mai 2008

C’est la bonne surprise du mois : Iron Man est l’adaptation de comics la plus réjouissante depuis le premier Spider-man. Oubliez les calamiteux 4 Fantastiques et autres Ghost Rider. En plus de proposer un film d’action efficace porté par l’interprétation jubilatoire de Robert Downey Jr, Iron Man se paie le luxe d’être une des adaptations la plus fidèle d’un comics à l’écran. Du papier à l’armure en acier trempé, le film tisse par ses grandes scènes un savant mélange de la bd et de ce qui s’est déjà fait en adaptations de comics, tout en laissant des indices prometteurs pour la suite.

 

 

 

 

L’homme dans l’armure : Tony Stark

Un désert afghan aride, une escorte de jeeps militaires, le bon vieux Back in black des AC/DC qui retentit et Tony Stark, un verre d’alcool à la main. Dès son ouverture, le film reprend les premières cases de la bd : Tony Stark supervise une vente d’armes de sa société, avant qu’il ne soit victime d’attentats. Le contexte de cette vente d’armes et de la capture a évidemment évolué au fil du temps, du Vietnam à la Guerre du Golfe pour finalement se poser en Afghanistan. Flambeur, blagueur, séducteur, chef d’entreprise irresponsable et cynique : les premières séquences dépeignent un héros très proche de la bd et certaines répliques lors de l’interview avec la journaliste jouée par Leslie Bibb collent même parfaitement au personnage. Si son background est très bien respecté (jeune héritier de la société de son père, Howard Stark, conspué par ses collègues) son traumatisme après son kidnapping est beaucoup plus marqué dans le film et y perd en nuances par rapport à la bd. Robert Downey Jr passe ainsi d’un vendeur d’armes cynique et salaud qui devient soudainement plein d’idéal et veut sauver le monde. Là où Robert Downey Jr devient un ardent défenseur du bien, le personnage de la bd continue de garder une certaine complexité, assez ambigu dans sa vision de la justice et n’hésitant pas à employer les grands moyens. Mais sa dépendance à l’alcool, rappelée par le premier plan présentant Tony Stark un verre à la main, et sa recherche de reconnaissance publique via ses exploits en armure, devraient davantage figurer dans le deuxième film.

 

 

 

La Guerre des Armures

Les séquences de sa captivité et la construction de son armure montrent aussi une grande fidélité au comics. Là où un autre réalisateur aurait tout de suite voulu montrer l’armure dorée, Jon Favreau préfère la dévoiler progressivement pour mieux épouser les différentes étapes de la série. On passe ainsi de la première armure en boîte de conserve appelée Mark 1, qui rappelle la première couverture de la bd au prototype intermédiaire qu’on a souvent pu voir dans la bd, pour finalement se rapprocher de son design actuel. Un nouveau look, conçu par le dessinateur Adi Granov, qu’on peut admirer dans des albums comme Extremis où Tony Stark est aussi interrogé sur les victimes de son trafic d’armes et dans Iron Man : Viva Las Vegas, écrit par Jon Favreau lui-même.

 

Le changement majeur dans le film est l’apparition d’un chef terroriste qui semble prendre de plus en plus de poids dans l’histoire et qui rappelle aux yeux du fan le pire ennemi du Vengeur doré : le Mandarin.

 

 

 

Le Mandarin

Chef d’un groupe terroriste surnommé « Les Dix Anneaux », le terroriste Raza passe son temps à manipuler sa bague et accède rapidement à la technologie de Tony Stark en retrouvant les restes de sa première armure. Il y voit même une occasion de pouvoir contrôler toute l’Asie. Toutes ces caractéristiques rappellent le Mandarin du comics, un empereur chinois qui veut contrôler le monde à l’aide de dix anneaux mystiques qu’il a trouvé dans un vaisseau spatial. Pour se faire, il détourne souvent la technologie de Tony Stark (comme ses missiles, comme dans le film). Son contexte chinois, très ancré dans l’anti-communisme de l’époque, a été abandonnée pour le remplacer en terroriste afghan qui s’apprête à maîtriser les armes de Stark Industries pour se venger, se rapprochant plus du profil actuel de la bd où le Mandarin est devenu chef d’entreprise et profite de la technologie de Stark pour envahir le monde, associé à d’anciens partenaires de Tony, comme dans le film justement.

 

Le fait que le Mandarin soit déjà à l’origine de l’enlèvement de Stark et son alliance avec Obadiah Stane suggère un immense complot contre les entreprises Stark. Jon Favreau a d’ailleurs déclaré dans plusieurs conventions de Comics que si le Mandarin était prévu pour ce premier film, sa présence est restée suggérée, dans l’ombre, à la manière d’un « Sauron dans le Seigneur des Anneaux ». Ce complot sous-entendu replace en tout cas bien l’univers Iron Man dans son contexte de guerres d’entreprises. Le réalisateur a d’ailleurs pris un malin plaisir à introduire tous les personnages qui gravitent autour de Tony Stark, d’Obadiah au robot Jarvis pour rendre crédible cet univers.

 

 

 

Supporting Cast

A côté du Mandarin, Jon Favreau hésitait entre deux méchants : Iron Monger et Crimson Dynamo. Crimson Dynamo est aussi un robot contrôlé par un agent russe capable de manipuler l’électricité. Mais comme avec l’empereur chinois, Crimson Dynamo a été écarté pour son profil trop anti communistes, au profit d’Iron Monger, l’armure utilisée par Jeff Bridges. A l’origine, Obadiah Stane ne fait pas partie de Stark Industries comme dans le film et dirige au contraire une compagnie concurrente, Stane Industries. Spécialiste des manipulations, Obadiah fait tout pour prendre le contrôle des entreprises Stark et arrive même à posséder la société. C’est notamment à cette période que Stark sombre dans l‘alcoolisme. Une scène similaire peut être aperçue dans le film quand Obadiah paralyse Tony avec une étrange machine, reprenant les capacités manipulatrices du personnages, pour lui voler son cœur. Le film en a donc fait un collègue pour reprendre le schéma classique du méchant très proche du héros qui finit par devenir son reflet inversé. Mais comme dans la BD, Obadiah Stane connaît aussi des difficultés à concevoir son armure parce qu’il ne possède pas le génie de Tony Stark. Ce rapprochement des deux personnages renforce le conflit qui se joue entre eux sur l’usage du pouvoir.

 

Les autres personnages secondaires, pourtant introduits tardivement dans le comics, ont contribué au succès de la série et le réalisateur a tenu à les replacer pour rendre attachant l’univers de Tony.

 

 


 

 

Ce n’est que dans les années 80 que l’on a appris l’existence de Jim Rhodes. Cet ancien pilote rencontre Tony Stark lors de sa fuite dans sa première armure. Jim Rhodes est surtout connu pour avoir remplacé Tony dans le costume d’Iron Man lorsqu’il sombre dans l’alcoolisme suite au rachat d’Obadiah. Plus tard, Tony lui construit sa propre armure, une version grise du costume agrémenté d’armes plus destructrices comme une mitraillette sur l’épaule. Jim Rhodes devient ainsi War Machine. Terrence Howard n’a d’ailleurs jamais caché qu’il avait accepté le rôle pour porter cette armure (comme Billy Dee Williams en Harvey Dent dans le premier Batman qui espérait devenir Double Face, dommage !). Un personnage attendu en forme de gros clin d’œil lorsqu’il regarde l’armure grise et murmure « Next time, baby ! » dans l’entrepôt de Tony. Virginia Pepper Potts, jouée par Gwyneth Paltrow, qui incarne l’intérêt romantique du film, fait plus partie d’un triangle amoureux dans la bd entre Tony et Happy Hogan, le chauffeur de Tony joué par le réalisateur lui-même. Pepper finira d’ailleurs par se  marier avec le chauffeur. Et quand on sait que Jon Favreau a déclaré que son rôle devrait prendre plus d’importance, on se dit qu’on va avoir le premier caméo assumé d’un réalisateur qui se bat contre son acteur pour avoir l’actrice à lui tout seul.

 

Dernier clin d’œil amusant : le robot Jarvis, qui compose un véritable duo comique avec Tony, est en fait un majordome dans la bd, ici réduit à une simple machine pour mieux s’incorporer au contexte scientifique du film et sûrement éviter encore plus la comparaison avec Batman.

 

 

L’Initiative des Vengeurs

La fin du film est un morceau de bravoure dans sa façon de rassembler 40 ans de continuité de la bd. On découvre dans les dernières minutes que l’agent qui harcèle Pepper Potts se révèle travailler pour le SHIELD, une organisation au dessus du Gouvernement, localisée dans le ciel dans un immense porte avion aérien. Un élément primordial dans l’univers Marvel puisque cette organisation interfère souvent dans les actions des superhéros. Tony Stark en est même devenu le directeur dans la série actuelle. La présence de cet agent relie définitivement les actions d’Iron Man à une action gouvernementale, et si les suites explorent bien cette relation, ils devraient apporter une réflexion intéressante sur la vision de la justice et les moyens qu’il faut parfois employer.

 

 

 

 

Un élément important qui continue jusqu’après la fin du film puisqu’une scène post générique permet de voir le caméo tant attendu de Samuel L Jackson en Nick Fury, chef borgne de cette organisation qui vient proposer à Tony de participer à un projet répondant au nom de « l’Initiative des Vengeurs ». LA scène qui met en ce moment en émoi tous les fans du comic book puisque l’acteur désigne ainsi le groupe des superhéros qui rassemble tous les plus grands héros Marvel, en projet d’adaptation à Hollywood. Une manière pour Jon Favreau de manifester encore son intérêt pour le film. Le dernier plan du film est tout aussi scotchant, véritable révolution dans un film de superhéros, et reliant en une phrase les premiers épisodes d’Iron Man à la série actuelle. Car initialement, Tony Stark fait croire à tout le monde qu’Iron Man est en fait son garde du corps. Mais le film balaye cette double identité d’un revers de main pour encore mieux coller au personnage du film, et reprend un épisode paru tout récemment où Tony avoue sa véritable identité. Un final surprenant et un brin frustrant dans la mesure où c’est la dernière scène mais qui donne encore plus l’eau à la bouche sur la suite excitante de la franchise.

 

Damien Virgitti

 

 

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