Cannes 2006 – Jour 6

Par Vincent Julé
24 mai 2006
MAJ : 15 septembre 2018
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À la conférence de presse du Shortbus de John Cameron Mitchell, un journaliste américain s’est levé pour confier qu’il n’avait jamais vu autant de sexe à Cannes depuis… depuis quand déjà ? Et quelques minutes plus tard à un autre d’ajouter qu’il n’avait jamais vu ça sur un grand écran ? Mais vu quoi ? En effet, avec la présence de réalisateurs tels que Jean-Claude Brisseau, HPG, Larry Clark ou Gaspar Noé, cette 59e édition pouvait à tout moment partir… en couilles.

Après un premier film en compétition sexué – le chinois Summer Palace -, beaucoup de festivaliers se sont mis en tête de trouver le successeur à la fellation de Chloé Sevigny dans The Brown Bunny de Vincent Gallo. Des échos ont mentionné un long cunnilingus dans un film, que je n’ai, pauvre de moi, pas encore réussi à identifier. Mais de toute façon, la projection du Shortbus de John Cameron Mitchell a vite mis tout le monde d’accord. Avant, peut-être, que nos metteurs en scène érotomanes préférés ne dégainent à leur tour

John Cameron Mitchell
Dans son prologue, il enchaîne un couple testant les positions du Kamasutra, un autre adepte du SM et enfin un homme faisant l’amour… avec lui-même. Entendez une scène d’auto-fellation hallucinante où l’acteur, Paul Dawson, finit par s’auto-inséminer. Un drôle de numéro d’acrobate à la fois fascinant et repoussant. Mais pas le temps d’avaler de travers, car en faisant du sexe une métaphore de l’amour, de la peur et des sentiments, il remet le sexe en scène. Et son tour de force est que même en filmant l’acte frontalement, crûment, il ne tombe jamais dans le travers de la chair triste à la 9 Songs ou à la Romance. Tout simplement car le sexe est ici un vecteur de plaisir, de découverte et d’épanouissement non seulement pour les personnages mais aussi pour les acteurs qui les interprètent. En effet, après un long casting, les huit comédiens se sont fréquentés pendant plus d’un an, selon l’expression « workshop process », dans un loft de New York. Ils y apprenaient à jouer, à écrire, à s’embrasser, à devenir leurs personnages – ou eux-mêmes – dans une immersion totale et organique. Ainsi, Peter Stickles explique qu’il était terrifié à l’idée de vivre dans cet appartement. Il aimait le sexe, mais jusqu’à quel point. Au final, il a passé le pas, laissé les affinités se faire et alors qu’il se trouvait ennuyeux, il peut aujourd’hui tout faire. L’expression « une aventure humaine » pour décrire un film n’a alors jamais eu autant de sens, et celle-ci n’a été possible que grâce à une seule, et tous les acteurs s’accordent à le dire, à le défendre : une totale confiance en John Cameron Mitchell, et suite logique, entre eux ! Ainsi, après un final festif et sensuel, le sexe est la dernière chose à laquelle pense le spectateur. Vivre par contre…
Note : 9/10


Jean-Claude Brisseau

Au-delà de l’affaire de harcèlements sexuels et son écho dans le film, Les Anges exterminateurs parle bien évidement essentiellement de sexe, de désir, d’interdits, de tabous… ces choses secrètes qui chez Brisseau sont l’apanage exclusif de la femme. Voire même de la fille. En effet, pour ce nouveau film, le metteur en scène semble avoir rajeuni son casting, toutes les actrices ayant maximum vingt ans qu’elles se dévêtissent ou pas. Les voir passer des auditions, se mettre à nu (au propre comme au figuré), se sentir toute chose devant le réalisateur et avoir un orgasme pour la première fois crée une mise en abyme troublante, entre naïveté, malhonnêteté et perversité. Mieux/Pire, il réussit par moments à nous titiller, à faire de nous le prédateur qu’il se défend d’être. Pourtant, il ne convainc ni dans sa pseudo réflexion sur le désir féminin, ni dans son illustration proche d’un ancien téléfilm du dimanche soir sur M6. Ces maladresses participent paradoxalement à mettre en valeur ses actrices et surtout une, Maroussia Dubreuil, dont le visage et la plastique ont fait tourner plus d’une tête chez les festivaliers.
Note : 7/10


HPG

Une bonne campagne d’affichage, des retours tièdes, amusés ou enthousiastes mais jamais négatifs, un personnage déglingué et attachant, peut-être que certains attendaient du premier long-métrage du hardeur HPG le scandale de Cannes. Il n’en est rien. Entre la potacherie, la mise en abyme et le cri du cœur, son film est inoffensif. Et histoire de se la jouer au Petit cochon de Première, sachez juste que vous y croiserez une Nina Roberts philosophe, une LZA rose bonbon et un Condoman la main dans le pantalon. Sinon, pour une vraie critique, c’est par .
Note : 5/10


Destricted

Sous ce titre austère se cache le deuxième film collectif du festival après Paris je t’aime, sorte de Cannes je t’encule. En effet, sept metteurs en scène se sont vus demander de livrer leur vision du sexe et de la pornographie. Pendant que Matthew Barney (DR9, cycle Cremaster) continue de faire du Barney, et bien, le scénariste Richard Price (Kiss of death, La Couleur de l’argent) prend un film X existant et très seventies et le passe dans sa moulinette visuelle et sonore. Et alors qu’un homme se branle en vain dans Death Valley de Sam Taylor Wood, Marco Brambilla (Demolition Man, yeah !!) compile en deux minutes des milliers d’images, et des dizaines d’années, de forniquage. L’actrice et réalisatrice Marina Abramovic s’intéresse à la vie sexuelle dans les Balkans avec un segment irrésistible, surréaliste s’achevant sur des plans fixes de soldats au « garde-à-vous ».
Note : 6/10


Gaspar Noé

Mais la présence du film à Cannes doit beaucoup à la présence de Gaspar Noé au générique et à son de titre de parrain de la semaine de la critique. Clôturant cette compilation, son métrage s’inscrit directement dans le sillage d’Irréversible ou de son clip pour Placebo. Soit de longs plans séquences virevoltants pendant une demi-heure avec pour seul propos le parallèle entre une jeune fille innocente, une poupée gonflable maltraitée et Katsumi à la télévision. Rien de transcendant, juste une expérimentation de mise en scène de plus (la même ?) avec pour seule originalité, l’effet stroboscopique déjà utilisé à la fin d’Irréversible. Accolé à toute la durée du segment, il se révèle au final intéressant de par son couplage avec une sourde respiration et des pleurs d’enfant. Oui, c’est tout, et il nous refait le coup du « Temps détruit tout » avec « We Fuck Alone ».
Note : 5/10


Larry Clark

Par contre, le réalisateur du récent Wassup Rockers semble le seul à s’être vraiment interrogé sur la problématique du film : sexe et pornographie. Alors que les autres privilégient l’esthétique, et parfois l’angle pornographique, Larry Clark pose avant toute chose la question du lien entre le sexe et la pornographie. Qu’est-ce que le porno, ou plutôt à quoi sert-il, à qui s’adresse-t-il ? C’est ainsi qu’il passe une annonce sur Internet pour trouver des garçons intéressés pour coucher avec une pornstar !! Les réponses affluent et le casting peut commencer. Ainsi, le spectateur voit défiler de jeunes américains sur qui le X se révèle avoir la même influence, les mêmes dégâts (rasage de poils, adepte de la performance, curieux de la sodomie, pas contre un peu de « j’te bouscule »). Suit le casting de l’actrice X, de la forcenée du sexe à la victime traumatisée en passant par celle dans le besoin ou la quadragénaire qui se la joue « je la veux entière » même dans la vie. Seul point commun à toutes ou presque, une réticence à laisser entrer quiconque dans leur jardin secret. Sans surprise, l’heureux élu choisit la femme expérimentée et fantasme de ses jeunes années pour une séance de jambes en l’air dont il se souviendrait, tout comme le spectateur. D’un, elle garde ses affreuses baskets tout du long, de deux, elle s’administre un joli lavement en plein ébat et – oups – en laisse un peu dégouliner sur notre apprenti comédien. Ce Impaled (pas besoin de traduire) est à la fois une vraie leçon de cinéma vérité, et un grand moment de rigolade
Note : 8/10

Bruno Dumont avec Flandres (2006, France) – Compétition
Réalisateur du fascinant et terrible L’Humanité, Bruno Dumont revient, après une errance américaine et cannibale avec Twentynine Palmes, en terre connue, le Nord de la France, et retrouve alors sa mise en scène froide et cruelle. En suivant Demester, bon gars du pays puis soldat dans un conflit lointain, dans ses mœurs étranges avec la jeune Barbe ou en vadrouille morbide dans un pays étranger, il vide petit à petit le sexe de son sens, ses valeurs et ses vocations. La petite mort comme on l’appelle. Sauf qu’ici, l’acte sexuel devient aussi mortel, malsain, intolérable qu’une balle dans la tête. Ni rachat, ni pardon, et surtout pas pour les femmes, dont le sexe « semble » – j’insiste fortement sur les guillemets – redevenir, comme à l’époque de Freud, source de folie et d’hystérie. Rien n’est affirmé ou sous-malentendu, mais l’idée traverse l’esprit (meurtri et malmené) du spectateur.
Note : 7/10


Bonus :

Jesse Jane, Janine Lindemulder, Carmen Luvana
Juste pour dire qu’un seul et unique film porno se trimballe au Marché du film. Sorti en septembre 2005 et réalisé par Joone, Pirates n’est rien de moins qu’une parodie à gros budget (cf. le casting et non les effets tout nazes) de Pirates des Caraïbes. Difficile d’en savoir plus sur l’histoire (nan, j’déconne) mais le film compte beaucoup sur son casting qui réunit trois des plus grosses stars en activité : la nouvelle venue et goulue Jesse Jane, la rompue Carmen Luvana et la lesbienne – mais plus trop car il faut manger – Janine.

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