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Meurtres à Hollywood avec Leonardo DiCaprio : le film de Michael Mann qu’on ne verra jamais

Par Alexandre Janowiak
8 mars 2024
MAJ : 9 mars 2024
Leonardo DiCaprio : Meurtres à Hollywood avec Leonardo DiCaprio : le film de Michael Mann qu'on ne verra jamais

Juste après Collateral et Miami ViceMichael Mann a failli faire un film noir en plein Hollywood avec Leonardo DiCaprio.

Si le réalisateur est enfin de retour au cinéma avec Ferrari, après sept ans d'absence et son très clivant Hacker, son style et ses oeuvres ne font plus autant l'unanimité depuis le milieu des années 2000. Pourtant, entre Heat, Collateral ou encore Révélations, Michael Mann a pondu un certain nombre de chefs-d'oeuvre (ou au moins grand film, chacun a son avis sur la question) durant sa carrière. Et le cinéaste aurait probablement pu en livrer un autre encore plus impressionnant.

En effet, en 2009, l'Américain sortait Public Enemies, qui suivait la dernière année de la vie du bandit John Dillinger dans les années 30. Sur le papier, c'était sans doute le moyen pour Michael Mann d'agrémenter sa riche filmographie d'un autre film d'époque (quelques années après Le Dernier des Mohicans) tout en restant dans le genre du thriller qui lui sied tant. Mais en vérité, on peut imaginer que Public Enemies était aussi le moyen pour Mann d'exorciser son projet de film noir abandonné malgré Leonardo DiCaprio dans le rôle principal et John Logan (GladiatorAviator) en co-scénariste. Retour sur le meilleur film de Michael Mann que vous ne verrez jamais.

 

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un Michael Mann qu'on ne verra jamais

Mai 2007. Variety annonce que Michael Mann va se lancer dans un chantier imposant. Avec son ami John Logan et Leonardo DiCaprio (avec lesquels il avait failli faire Aviator), le cinéaste prépare un ambitieux film noir depuis septembre 2006. Objectif ? Réaliser un métrage dans la veine de Chinatown ou L.A. Confidential tout en plongeant pleinement dans l'industrie hollywoodienne des années 30.

DiCaprio est censé y incarner Harry Slidell, un ancien flic devenu détective privé ou plutôt "fixer" pour le compte de la MGM. Il a une mission en particulier : protéger les stars du studio en étouffant les possibles scandales dans lesquelles elles pourraient baigner, voire en nettoyant leurs dérives plus sordides. Pour être plus précis, il est ici engagé pour savoir si une starlette a assassiné son mari. Le film est censé se dérouler en 1938, pendant la production d'Autant en emporte le vent et du Magicien d'Oz.

 

Shutter Island : photo, Leonardo DiCaprioLeonardo DiCaprio dans la peau d'un détective prêt à tout

 

Au moment de l'annonce, le projet est encore sans titre, mais Michael Mann souhaite un budget d'environ 120 millions de dollars pour financer la production et débuter le tournage en février 2008. Malheureusement, New Line offre seulement 100 millions de dollars à Michael Mann, compromettant le projet. Il faut dire que le studio a peur d'investir autant d'argent sur le film après les nombreux échecs du réalisateur et sa propension à dépenser beaucoup (beaucoup) d'argent.

En effet, son précédent film, Miami Vice, avait coûté 135 millions de dollars à Universal et avait été une énorme déception au box-office mondial (seulement 164,2 millions). Voir Michael Mann réaliser un film d'époque pour moins d'argent était donc sacrément audacieux. À cette période, l'investissement semblait donc dangereux, d'autant plus que DiCaprio n'avait pas encore les épaules pour ramener le public en salles sur son simple nom. Malgré les propositions à d'autres studios, le projet est donc tombé aux oubliettes... jusqu'en 2012 lorsque Slate a dévoilé les détails du scénario.

 

Chinatown : Photo Jack Nicholson La quête du personnage de Nicholson dans Chinatown en ligne de mire

 

hollywood crime

Lors de la course aux Oscars de 2012, qui s'est notamment jouée entre The Artist et Hugo Cabret – deux films explorant l'industrie du cinéma –, Slate a eu la bonne idée de remettre en lumière ce fameux projet maudit (qu'on nommera Hollywood Crime pour se faciliter la vie). Car si les films de Michel Hazanavicius et Martin Scorsese dépeignaient la beauté du cinéma, le film abandonné de Michael Mann aurait, au contraire, montré l'enfer derrière l'usine à rêves.

À la lecture du scénario (épluché par Slate et IndieWire en 2012 donc, nous n'y avons pas eu accès nous-mêmes), c'est une plongée passionnante dans les coulisses hollywoodiennes qui nous attendait. Impossible de tout décrire dans les détails dans ce papier, mais il est facile de comprendre pourquoi le film aurait pu être un grand numéro. Dès son introduction, Hollywood Crime confronte les spectateurs à un meurtre que nettoie le héros incarné par DiCaprio, Harry Slidell. Et pas n'importe quel meurtre : celui de Peter Nielsen, un producteur oscarisé et mari de la star de MGM Ruth Ettis.

 

photoUne enquête palpitante...

 

Très vite, Slidell la soupçonne, d'autant plus que Nielsen la frappait, ce qui lui donnait une bonne raison de le tuer. Toutefois, comme il est payé pour, Slidell efface les traces, soudoie la femme de chambre qui a trouvé le corps et prévient rapidement Louis B. Mayer (le boss de MGM) de ce qu'il vient de faire. Sauf que le célèbre producteur est catégorique : Ruth Ellis n'a pas pu tuer son mari. Il charge donc Slidell de trouver le vrai meurtrier pour éviter toute escalade.

Avant d'approfondir son enquête, Slidell passe par le plateau du Magicien d'Oz où il retrouve Judy Garland (dont on suppose qu'il l'a sortie de nombreuses galères par le passé). Puis, il questionne un peu plus tard Ruth et voit ses soupçons s'effacer peu à peu à force de la fréquenter. Si les motifs semblent évidents, il tombe amoureux de la jeune femme. Et lorsqu'elle lui révèle qu'un corbeau lui fait du chantage en la menaçant de dévoiler des photos d'elle quand elle était une prostituée, Slidell parcourt Los Angeles pour trouver le coupable (qui, a priori, est aussi celui qui a tué son mari).

 

Aviator : Photo Leonardo DiCaprio, Gwen Stefani ... dans la folie des années 30

 

sunset boulevard

Sur le papier, le point de départ n'a rien de spécialement original, mais c'est justement à partir de cette bascule dans l'esprit de Slidell que le récit devient fascinant. Slidell interroge des suspects, poursuit le trafiquant de drogue du mari décédé lors d'une course hippique à Hollywood Park, rencontre Bess Francis, la coriace reine de la pègre angeline obèse, traine avec le mafieux Bugsy Siegel et va même au Mexique pour discuter avec l'ancienne maquerelle de Ruth.

Dans le dernier tiers du scénario, il tabasse carrément un homme déjà à moitié mort, car il vient de déchirer sa veste. Et au milieu de son enquête, on apprend aussi que Judy Garland a écrasé un piéton en étant droguée au volant (clin d'oeil à une légende entourant Clark Gable) et Bugsy Siegel participe à une fusillade sur Sunset Boulevard. Finalement, Slidell découvre un vaste réseau de corruption impliquant de nombreux pontes hollywoodiens. Le climax se déroule carrément sur le plateau de tournage de Autant en emporte le vent pendant la scène d'incendie d'Atlanta lui permettant de se débarrasser d'un corps.

 

Autant en emporte le vent : photo incendie Atlanta Un vrai corps se cachait-il dans le décor durant cette scène ?

 

Avec cette longue quête enivrante, difficile de ne pas voir ce qu'aurait pu en faire Michael Mann, surtout après avoir enchainé Collateral et Miami Vice quelques années avant. Le film porté par Tom Cruise avait fini de sublimer les nuits d'un Los Angeles contemporain au bord du taxi de Jamie Foxx tout en livrant de magnifiques moments oniriques (cette apparition du coyote). Retrouver ce même Los Angeles transposé dans les années 30 au coeur de la voiture de Slidell aurait sans doute eu une sacrée gueule.

Et dans la même veine que Miami Vice et sa petite escapade cubaine ensoleillée, le passage de Slidell par le Mexique aurait probablement pu livrer un moment aussi hors du temps avec les révélations de la tenancière de bordel sur son nouvel amour Ruth. La relation de Sildell avec Ruth aurait d'ailleurs pu reprendre la douce rêverie romantique se jouant entre Sonny (Colin Farrell) et Isabella (Gong Li) dans Miami Vice, les deux se baladant dans les nuits de LA pour apprendre à mieux se connaître. Et comme le cinéaste est un grand fan des boites de nuit, son Hollywood Crime devait plonger au coeur d'une fête déchainée au Café Trocadéro de Sunset Strip, repère des stars de l'époque.

 

Le Magicien d'Oz : Photo Judy GarlandUn petit caméo de Judy Garland, protégée de Slidell

 

autant en emporte l'argent

Il suffit d'imaginer une grande soirée de débauche à la Babylon en version Mann où le détective scruterait certaines personnes et certains mouvements pour avoir l'eau à la bouche. Ainsi, l'investigation de Slidell aurait pu être pleine d'un certain spleen propre au Michael Mann de l'époque (Miami Vice encore et toujours) tout en étant ponctuée de quelques saillies de violence bien senties. Alors que le cinéaste a d'ores et déjà filmé une fusillade légendaire dans son Heat en pleine rue angeline, on peut clairement regretter de ne pas pouvoir découvrir le résultat d'un affrontement armé sur Sunset Boulevard.

Bien sûr, le scénario n'était pas parfait et comme souvent avec Michael Mann, l'atmosphère tenait a priori une plus grande place que la finalité du récit. Une chose est sûre, entre ce détective Slidell (faux-héros caractéristique du réalisateur), ce Los Angeles tant apprécié par la caméra de Michael Mann, cette histoire dénonçant la cruauté du milieu envers les femmes et l'âge d'or hollywoodien en toile de fond pouvant mêler clins d'oeil au 7e art, argent sale et opulence glamour, c'était très séduisant. Cela restera cependant un fantasme de cinéma puisque malgré ces révélations alléchantes de Slate et IndieWire en 2012, aucun studio n'a souhaité s'aligner sur le budget demandé par Michael Mann.

 

Le Solitaire : photoUn mirage dans la nuit

 

Le cinéaste semble de toute façon avoir fait une croix dessus et on le comprend. Depuis, il a préféré concrétiser Ferrari, projet qu'il avait en tête depuis 1993 (avec Robert De Niro dans le rôle principal à l'époque). Et on ne devrait pas attendre trop longtemps pour le retrouver au cinéma puisque la suite-prequel de son film culte, Heat 2, est déjà bien avancée (le scénario étant quasi-terminé). Mais qui sait, peut-être que Hollywood Crime tombera un jour entre les mains d'un autre cinéaste aussi talentueux que Mann.

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