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Quand Sylvester Stallone fait (presque) sa grande Evasion et entretient sa légende : Haute sécurité

Par Geoffrey Fouillet
26 février 2024
MAJ : 6 mai 2024
Haute sécurité : photo, Sylvester Stallone

Sylvester Stallone déguste méchamment dans Haute sécurité, le film de prison burné et sadique réalisé par John Flynn, et ce n’est pas rien de le dire !   

Parmi tous les gros bras du cinéma hollywoodien, Stallone reste encore aujourd’hui un cas unique en son genre. Entre une carrure à la "Monsieur Univers", titre décroché par son acolyte de toujours, Arnold Schwarzenegger, et une aura de monsieur Tout-le-Monde, l’acteur évolue constamment entre deux eaux. Et si ses rôles les plus iconiques (Rocky et Rambo en tête) carburent à la testostérone, ils l’établissent aussi comme le parfait colosse aux pieds d’argile.

Avec Haute sécurité, Stallone poursuit cette logique et enfonce le clou. Malgré plusieurs nominations aux Razzie Awards (les Oscars du pire), le film repose sur deux pointures dans leur domaine, puisque c’est le très solide John Flynn (adoubé par Tarantino lui-même pour le génial Légitime violence) que l’on retrouve à la caméra, et le non moins talentueux Jeb Stuart, auquel on doit le scénario de Piège de cristal, qui coécrit. Et ensemble, ils réussissent à fragiliser encore davantage cette force de la nature qu’est Stallone.

 

Haute sécurité : photo, Sylvester StalloneUn petit séjour à l’ombre, pourquoi se priver ?

 

L’ÉTALON AU MITARD

Souvent associé à une frange populaire, voire populiste de héros au cinéma, Stallone creuse encore ce sillon ici en interprétant le rôle de Frank Leone, un prisonnier en passe d’obtenir sa libération. Le générique d’ouverture est à ce titre emblématique des attributs prolétaires qu’on lui prête régulièrement, son personnage étant adepte de mécanique automobile et apparaissant les mains dans le cambouis à la faveur de photos-souvenirs, défilant à l’écran pour édifier à la fois l’homme simple et la légende.

Ce n’est qu’au bout de quelques minutes que cette Amérique ouvrière vécue comme un idéal bascule en plein enfer carcéral, lorsque Frank se retrouve transféré de force dans un pénitencier ultra-sécurisé, à la merci du directeur Drumgoole (Donald Sutherland, qu’on adore détester). On passe alors d’une représentation du bonheur vaguement surannée, et même disons-le un peu kitsch, à une peinture nettement plus crue de la réalité, avec son lot de violences et d’humiliations répétées.

 

Haute sécurité : photo, Donald Sutherland Sacré Donald, notre Némésis préférée

 

En digne héritier d’un cinéma à la fibre aussi brutale qu’humaniste (on n’oublie pas qu’il a assisté John Sturges lors du tournage de La Grande Évasion avec Steve McQueen), Flynn immortalise un héros d’action qui perd l’ascendant à force d’être cerné physiquement. D’abord à cause de l’enceinte de la prison et des barreaux de sa cellule, puis à cause des gardiens et des autres détenus qui forment un enclos dans l’enclos. "Tant que tu bouges, tu ne deviens pas une pierre de ce mur", explique Frank à Base, un nouveau venu qu’il prend sous son aile. 

Face au repli que lui impose sa condition de bagnard, Frank réplique non pas avec des mots (même si on lui doit quelques formules très éclairantes en mode Yoda), mais par une remise en mouvement perpétuelle. C’est le sens du match de football américain qu’il va disputer dans la boue, quitte à ramper, pour montrer qu’il est ce bolide lancé à toute allure que rien n’arrête. Et il y a un aspect assez rafraîchissant à voir cohabiter de façon équitable sagesse et combativité chez ce type de personnage, trop souvent réduit au cliché de la brute épaisse.

 

Haute sécurité : photo, Sylvester Stallone La balle est dans son camp

 

ENCAISSE ET TIRE-TOI !

S’il plie, mais ne rompt pas, le héros dit "stallonien" fait figure de survivant indéboulonnable. Parmi les leçons de vie que Frank prodigue à ses acolytes, Base, Éclipse et Dallas (le regretté Tom Sizemore, dans son premier rôle au cinéma), on en retient surtout une qui vaut son pesant d’or : "Rien n’est mort ici-bas tant que ce n’est pas enterré". Alors oui, cela peut prêter à sourire, mais sans mépris de notre part, c’est aussi cette gravitas ultra-sincère du coach en développement personnel qui prend aux tripes chez Stallone.

Une figure de mentor qu’il incarnera des années plus tard en passant de boxeur à entraîneur dans Creed : L’Héritage de Rocky Balboa, et qu’il explore déjà ici en remontant le moral de ses compagnons d'infortune. Toute la séquence où on les voit retaper une vieille Ford Mustang dans l’atelier de la prison est en soi la seule vraie respiration du film, une parenthèse quasi enchantée où Frank, chef de clan tout désigné, restaure la confiance et la solidarité au cœur d’un environnement qui nie justement ces notions.

 

Haute sécurité : photo, Sylvester Stallone, Tom SizemorePartenaires de corvée

 

Bien avant que Dominic Toretto (Vin Diesel), le leader de la saga Fast and Furious, nous gratifie de sa fameuse réplique : "Rien n’est plus fort que la famille", Haute Sécurité faisait appel à un leader d’une tout autre envergure pour consacrer l’importance de la fratrie. C’est là que Flynn justifie la résistance de son héros, dans le soutien et l’admiration que lui portent ses frères de substitution, parfois prêts à un plus grand sacrifice pour l’aider à vaincre en leur nom à tous. 

L’acharnement dont fait preuve Drumgoole à l’égard de Frank fragilise donc autant le principal concerné que ses fidèles codétenus. De fait, le suspense tient alors moins de la probabilité de voir le héros crouler sous les coups qu’au risque d’assister à la dislocation progressive de son "équipe". Au-delà de ses aptitudes physiques, Stallone est devenu ce survivant iconique et souvent tragique du cinéma d’action à cause de son incapacité à sauver les siens, alors qu’il sait très bien se sauver lui-même.

 

Haute sécurité : photo, Sylvester StalloneAppuyer sur le champignon en prison, c’est le début de l’évasion !

 

BLANC COMME NEIGE

Reste que la mise en crise du héros "stallonien" a lieu sur un plan avant tout moral dans Haute Sécurité. Face aux persécutions toujours plus cruelles que son bourreau lui fait subir, Frank est en lutte contre son propre désir de vengeance, et c’est peut-être le combat le plus éprouvant qu’il a à mener. Alors certes, il serait un peu malhonnête de survendre le dilemme du personnage, mais Frank fait partie de cette catégorie assez précieuse de justiciers jamais loin d’imploser.

Dans la seconde moitié du film, l’homme bon et droit qui nous a été présenté manque à plusieurs reprises de passer du côté obscur de la force. Les quelques plans où on le voit scruter son reflet dans un miroir, puis ceux où on le voit s’élancer à toute vitesse vers le ou les coupables de son désespoir traduisent parfaitement ce point de bascule de la colère refoulée à la rage désinhibée (oui, Stallone n’aurait pas démérité en Batman, n’en déplaise aux sceptiques).

 

Haute sécurité : photo, Sylvester StalloneÇa va barder !

 

"Tu me veux, tu vas m’avoir", répète Frank, au moment de vouloir en découdre avec son ennemi juré. Flynn transforme alors certains lieux clés de la prison (la cour, la salle d’exécution…) en arènes de combat, le temps de dérapages musclés où les personnages se donnent en spectacle devant une assemblée soit hystérique (les prisonniers) soit médusée (les gardiens, lors de l’affrontement final). Tout est ainsi configuré pour que les regards soient braqués sur Frank, à l’affût du moindre faux pas.

Le réalisateur s’amuse aussi avec des codes couleurs vieux comme le monde, le héros portant un débardeur blanc le plus souvent tandis que Drumgoole est régulièrement associé au rouge, mais on ne s’en plaint pas, dans la mesure où cette lisibilité graphique des enjeux, aussi manichéenne soit-elle, sert l’efficacité du récit. Et encore une fois, voir Stallone dans tous ses états, et se battre pour garder une conscience sans tache, constitue l’attraction majeure du film.

 

Haute sécurité : photo, Sylvester StalloneSly aux commandes, voilà ce qu'on aime !

 

Pierre un peu oubliée et pourtant essentielle au monument Stallone, Haute Sécurité mérite mieux que d’être traité comme une vulgaire série B. Moins de muscles, plus de sensibilité, voilà l’équation qu’il fallait pour que la star bodybuildée continue de se réinventer, avant Copland entre autres. Et s’il tentera encore de s’échapper de prison dans Évasion des années plus tard, mieux vaut préférer le film de John Flynn, dont la carrière aurait elle aussi mérité d’être réévaluée.

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Commentaires
6 Commentaires
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Mx

cela fait plaisir de voir des cinéphiles, par içi.

Ray, en fait j’ai lu plusieurs articles ou seagal se vantaid d’avoir réalisé lui-même le film, lol, et quand on sait que 3 ans plus tard, il allait passer derrière la caméra pour réaliser cette merveille qu’est terrain miné (qui mérite un dossier à lui tout seul!), cela laisse songeur..

Oldskool

Sly la légende. Point

BATMALIEN

Sympa ce film, vu plusieurs fois, je le classerai dans les Stallone de milieu de gamme. Les « ennemis » (le directeur de prison et les matons) sont particulièrement mémorables, voilà ce qui arrive quand le pouvoir appartient à des sadiques complexés.

Je ne me lasserai jamais de cette douce réplique :
« Je jouerai avec toi plus tard, petite pu** ! »
(voix VF Richard Darbois)

Ray Peterson

Casting de malade pour ce film!
Darlene Fluegel que j’adorais dans le LA de Friedkin, Franck McRae, futur chef de police enfumé des oreilles de Jack Slater et le Trejo que l’on reverra chez Flynn plus tard…

Oui, John Flynn, sacré bonhomme avec de bons films bien fait à son actif.
Tellement d’accord pour Justice Sauvage. Seagal lui doit tellement pour la mise en scène du film!
Pacte avec un tueur est pas mal non plus même s’il a un peu vieilli.
Par contre revu Brainscan y a pas longtemps, c’est quand même assez dispensable!

CInégood

@M.X.

Effectivement, Tom Sizemore est la découverte de cette très bonne série B.
Sans compter la musique de Bill Conti qui propose une très belle partition.

Mx

de loin l’un des meilleurs films de sly, bien mis en scène, porté par un excellent cast (sonny landham, john amos, et le premier vrai rôle de tom sizemore), un excellent film.

en parlant de john flyn, un petit dossier sur justice sauvage serait cool, aussi!!