Films

Repo Men : le Blade Runner presque pas nul avec Jude Law et Forest Whitaker

Par Lino Cassinat
24 septembre 2022
MAJ : 21 mai 2024
Repo men : photo, Jude Law, Forest Whitaker

Vous l'avez oublié, on s'en souvient pour vous : Repo Men, avec Jude Law et Forest Whitaker. Un gros sci-fi flick qui aurait pu ne pas être nul.

Vous vous souvenez de Minority Report ? C'était bien, hein. Ce qui est moins bien, c'est la petite mode que Steven Spielberg a (re)lancée avec son film (avec aussi I,Robot), à savoir la série B de science-fiction à la Philip K. Dick avec une grosse star à l'affiche. Parce qu'entre Time Out, Babylon A.D et autre The Island, on ne peut pas dire qu'on a été gâtés.

"Heureusement", malgré son énorme bide au box-office, l'oublié Repo men de Miguel Sapochnik avec Jude Law et Forest Whitaker a presque relevé le niveau en étant proche de ne pas être nul.

 

Repo men : photo, Jude Law Mettons les mains là-dedans 

 

BLADE RIPPER 

Tout est dans le conditionnel ici, puisque dès son exposition, Repo men affiche clairement l'un de ses plus gros défauts : son univers, aussi brouillon qu'invraisemblable. Car voyez-vous, dans le futur de Repo men, à peu près tout le monde dispose d'un organe artificiel - sauf les personnages principaux du récit, curieusement. Sauf que ces organes artificiels qui sauvent des vies sont fabriqués et vendus par une entreprise, et coûtent extrêmement cher, si bien qu'il faut souvent prendre un crédit. Et en cas de non-paiement, l'Union envoie son service de récupérateurs (les repo men) pour récupérer (logique) leur bien, directement sur la bête, et tant pis si elle meurt au passage. Mais que fait la police ?    

Bonne question, puisque les Repo men ont également tout l'attirail et les fonctions classiques de la police (contrôles d'identité, douanes, etc.), mais ne font que de la recherche d'organes. Comme si c'était le seul et unique crime possible dans ce monde, qui a pourtant connu une sorte de conflit mondial. Conflit mondial qui aurait causé le besoin et la demande mondiale en organes artificiels ?

Bref, on ne sait pas trop. On vous jure qu'on n'y a mis de la bonne volonté, mais rien n'est clairement établi et tout à l'air de sortir d'un générateur de clichés dystopiques aléatoires des années 2000, ceux établis par Blade Runner en tête.

 

Repo men : photo, Jude Law, Alice BragaRick Deckard veut técupérer son manteau

 

Et pourtant, malgré un prologue à dormir debout, la première heure de Repo men s'avère en fait prenante, voire assez passionnante. À condition de parvenir à fermer les yeux sur les béances (et encore) de la toile de fond, Repo men démarre son récit avec une approche intéressante à plus d'un titre. Nous suivons en effet Jude Law, un repo talentueux qui forme un duo du tonnerre avec son poto depuis toujours, Forest Whitaker. Sauf que Jude Law fait un boulot de bon gros enfoiré, à savoir moissonner des organes sur des nécessiteux – tant pis s'ils en meurent – qu'il charcute à même le sol et en prenant à peine le soin de les endormir. 

Et si Jude Law aime son travail et les primes que cela lui apporte, sa femme apprécie moins et s'inquiète du modèle que son mari projette sur leur fils, au point de le quitter. Et là, coup de génie : pour un film réalisé en 2010, Repo men fait montre d'une certaine modernité dans sa description de la violence masculine, de son exaltation et de sa transmission. Métaphoriquement, les violences et le harcèlement policier sont également assez bien retranscrits. Tout cela principalement grâce à une forme de surjeu dosé de Jude Law et Forest Whitaker qui, par leur diction et leur langage corporel, donne une vie et une certaine couleur à des dialogues et des situations pourtant sur le papier assez grossiers dans la satire.

 

Repo men : photo, Jude Law, Forest WhitakerTuer des innocents en rigolant, un plaisir

 

EN GORE ET EN GORE

Il en résulte que Repo men contient en son sein plusieurs scènes qui alternent entre, voire combinent cynisme et glauque, et qu'il est aussi rare que surprenant de voir à l'écran – à fortiori dans une production hollywoodienne – des séquences pleinement malfaisantes et quasiment sans aucune sécurité pour le spectateur. Une scène d'action retient particulièrement l'attention, celle de la sinistre grosse descente de Jude Law et Forest Whitaker sur un cargo rempli d'individus en défaut de paiement.    

Malgré l'imaginaire "trafiquant d'organes / réfugiés" (avec un tantinet de racisme au passage) qui tente de faire passer la pilule, nous voyons bien à l'écran deux acteurs hollywoodiens charcler de pauvres civils qui ne leur opposent pas de résistance et ne sont même pas armés. Et le pire, c'est qu'ils prennent leur pied sur de la musique techno. Deux authentiques salauds – du moins, avant la "rédemption" pour Jude Law qui se retrouvera greffé de force –, dont Repo men amplifie encore la violence en les filmant comme des héros d'action hollywoodiens "normaux", avec une mise en scène ni exagérément iconique, ni froidement clinique.

 

Image 462506, Jude LawJude Law, version vraiment pas sympa

 

Et comme le film est mis en scène par l'excellent technicien Miguel Sapochnik, réalisateur sur Game of Thrones et showrunner de House of the Dragon, on aurait tendance à penser que cette drôle d'ambiguïté morale n'est pas totalement un accident. D'autant que, pour parfaire cet étrange attelage, Repo men finit de le peindre avec moult gerbes de sang et cartilages éclatés. Logique pour un film qui se voudrait traversé de thématiques Cronenbergiennes et qui voudrait donner à réfléchir sur notre rapport au corps. Et puis bon, on est toujours content d'avoir un peu de viande sur les murs, et une certaine scène de réparation de genou devrait ravir ceux qui prennent plaisir à être dégoutés.    

Et tant mieux, car si le film frappe dans ses moments posément gores, il assomme tant dans ses scènes d'action qu'il fallait bien compenser quelque part. Question technique, hormis une photographie datée, c'est surtout là que le bât blesse. Les chorégraphies, celles des comédiens comme de la caméra, en gunfight ou au corps-à-corps, sont poussives, pour ne pas dire pénibles à en mourir. Curieux paradoxe : c'est quand Repo men s'emballe le plus qu'il est le plus mou. Et bien évidemment, poussée par la logique du grand spectacle, sa deuxième heure plus pyrotechnique aura vite fait de complètement saboter les efforts fournis par sa première heure.

 

Image 462509, Forest WhitakerTout ça pour ça

 

LA RATE QUI SE DILATE ET LE FOIE qu'est pas droit

Car il existe un univers alternatif où Repo men est une série B tout à fait honnête et regardable. Malheureusement, nous vivons dans la timeline où il s'agit bien d'un demi-navet, dont l'intérêt retombe complètement passé la première heure. Rattrapé par sa logique industrielle, Repo men s'y enfonce bien entendu dans une enfilade de poncifs débiles et surtout de passages obligatoires ridicules, sans même prendre soin d'essayer de les agencer logiquement. Mais bon, comme c'est un rêve, pas besoin de cohérence, pas vrai ?   

Ah oui pardon : spoiler, en plus de tous les clichés les plus ennuyeux du cinéma dystopique – le passage de poste de sécurité incognito, le raid armé sur une communauté anar' habillée en guenilles, la grande corporation avec ses travailleurs et son hangar colossal tout blanc, le héros qui doit se sacrifier pour le reste de l'humanité parce que pourquoi pas, l'adjuvente-vagin sur patte (adjuvagin ?) – Repo men commet également le péché ultime de tout mauvais film de SF qui se respecte. À savoir s'achever sur un twist flashy Dickien complètement pété, voire pire : sur plusieurs.

 

Image 462493, Alice Braga Pauvre Alice Braga, coincée dans un rôle idiot

 

Repo men termine sur un enchaînement de retournements si endiablés et si sauvages qu'on croirait voir l'écran danser le twist sous nos yeux. C'est si nul qu'on trouve le même ultime rebondissement en mieux dans 99 francs, et qu'à force de jouer au plus malin, Repo men finit par rendre son propos complètement illisible. Tout y passe, du méchant derrière le méchant à "t'étais mon meilleur pote, mais oui, mais non" à "ceci n'est pas la réalité".    

Seul motif de satisfaction, de cet abondant festival de scènes toutes plus neuneu les unes que les autres naît une formidable mutation de Repo men de demi-navet à demi-nanar. Revoyez la messianique scène de moisson d'organe finale pour sauver l'humanité, avec un Jude Law en pleine révélation raëlienne, son ridicule vaut le détour. Ci-gît d'ailleurs la probable explication de l'échec du film, puisqu’il s'est pris un mur sacrément violent au box-office : 18 millions de dollars de recettes pour un budget de 32 millions de dollars. Même pas de quoi se payer une jambe de bois ou une vessie de porc.

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7 Commentaires
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Solstice

On en parle de repo the genetic opera X »)?

Simon Riaux

@sylvinception

Je crains que vous ne pensiez un peu plus fréquemment à moi que je mes pensées ne s’égarent aux abords de ce pauvre Villeneuve.

sylvinception

souleater aka simon riaux. 🙂

souleater34

Pour ma part, je l’ai trouvé moins pire que Blade Runner 2049 ( franchement, une gynoïde qui donne naissance à une « messie robotique » et avec Jared Leto qui surjoue le Méchant?

alulu

Je l’ai vu comme un postulat, on l’accepte ou pas. Pour ma part, j’ai apprécié ce film.

J83

Il est excellent ce film. Mais faut pas oublier que t’es sûr écranlarge, et que c’est des ânes…

Hank Hulé

J’en garde un bon souvenir
A revoir sur Netflix