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Jours de Tonnerre : quand Tom Cruise a refait Top Gun… en mieux

Par Antoine Desrues
13 août 2023
MAJ : 21 mai 2024
Jours de Tonnerre : Tom Cruise et Tony Scott refaisaient Top Gun

Après le premier Top GunTony Scott et Tom Cruise se sont associés sur Jours de Tonnerre, film de course automobile intense et grisant.

Le succès de Top Gun : Maverick confirme plus que jamais l’aura de marque de Tom Cruise. Mais la star a très vite conçu sa carrière sur une logique implacable. Même lorsque des cinéastes prestigieux se sont amusés à égratigner son image de jeune premier séduisant (Stanley Kubrick entre autres), l’acteur s’est toujours reposé sur un équilibre passionnant en se mettant en scène via des personnages fantasmatiques, à mi-chemin entre le gendre idéal et le rebelle aux grands rêves.

En bref, Tom Cruise n’a jamais que reflété par ses rôles sa propre niaque, sa soif de succès et de transcendance, comme une sorte de mise en abyme aujourd’hui reconnue par un public bien heureux de le voir faire des cascades improbables pour de vrai. Tom Cruise aime le cinéma, aime divertir ses spectateurs et ceux-ci le lui rendent bien.

L’exemple le plus évident de cette trajectoire est a priori le premier Top Gun, où l’imagerie ultra-stylisée de Tony Scott a servi d’écrin rêvé à Cruise, soudainement canonisé en pilote de la Navy casse-cou. Un pur héros de l’Amérique, encore plus fascinant compte tenu de l’ambiguïté homoérotique distillée par le cinéaste. Après l’immense carton du long-métrage, on comprend ce qui a poussé le duo à remettre le couvert sur Jours de tonnerre.

 

Jours de Tonnerre : photo, Tom CruiseFlash McQueen avant l'heure

 

Sacré Nascar

Lors de sa sortie en 1990, Jours de tonnerre reçoit des critiques assez mitigées, la faute à un sentiment de redite de la part de Cruise et de Scott. En même temps, il est compréhensible qu’un film où la star au sourire Colgate incarne un pilote (cette fois de voitures de course) qui aime aller vite et prouver qu’il est le meilleur évoque forcément Top Gun.

Pourtant, il serait temps de réhabiliter cette suite spirituelle comme étant bien supérieure à son modèle. Top Gun est loin d’être le film le plus abouti du cinéaste, la faute à une mise en scène contrainte de ruser pour filmer ses séquences d’aviation, entre plans de studios dans des cockpits et raccords en extérieur captés par des caméras qui essaient tant bien que mal de suivre le rythme. Scott a su compenser cela par la nervosité de son montage, mais au point où ses séquences d’aviation ne reposent que sur le ressenti, et non sur une quelconque clarté de l’action.

 

Jours de Tonnerre : photoLe box-office de Top Gun : Maverick, allégorie

 

À l’inverse, les scènes de course de Jours de tonnerre arrivent à marier à la perfection les deux. Travellings au milieu des bagnoles, plans fixes qui rendent compte de la vitesse hallucinante des bolides et inserts efficaces sur les visages, les pédales et les volants... Le film façonne avec une véritable orfèvrerie une lisibilité nécessaire pour comprendre la position des véhicules, tout en reconstituant la sensation de danger en nous plongeant au cœur de ce chaos.

Scott aurait pu se contenter d’un filmage distant comme les retransmissions télévisées de la NASCAR, mais il embrasse avec brio la subjectivité des pilotes, si bien d’ailleurs qu’on peut y voir l’inspiration majeure de l’autre grand film sur les courses américaines : Cars. L’introduction quasi abstraite de Pixar, jouant sur l’incapacité des vingt-quatre images par secondes à enregistrer nettement les voitures, s’accorde aux meilleures scènes de Tony Scott, et à leurs images à la sophistication publicitaire, qui ravivent une certaine idée du futurisme italien.

 

Jours de Tonnerre : photo, Tom Cruise, John C. ReillyPetit passage de John C. Reilly dans les stands

 

Les fous du volant

D’ailleurs, Jours de tonnerre atteint finalement le même but que Cars. Cole Trickle (Cruise) est présenté dans un contrôle total de son bolide, au point que le véhicule est personnifié par celui qui le conduit. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’acte sacrificiel ultime de Rowdy (Michael Rooker), le rival de Cole, est de laisser à ce dernier sa voiture pour le grand final du long-métrage. C’est une part de lui, oserait-on dire son corps, qu’il laisse être possédée par l’âme de quelqu’un d’autre.

À maintes reprises, le montage de Scott est tourné vers cette relation privilégiée entre l’homme et la machine. Lors de ses premières courses maladroites, chaque action de Cole lui vaut d’abîmer sa voiture, ce qui engendre une réaction de son coach Harry (Robert Duvall) qui agit comme un médecin en plein diagnostic.

 

Jours de tonnerre : photo, Tom Cruise, Nicole KidmanNicole Kidman a l'air ravi d'être là

 

Jours de tonnerre semble alors plus que précieux, tant il synthétise une époque de cinéma habité par la toute-puissance d’une Amérique qui se sent intouchable. Dans la continuité d’un Top Gun, mais sans les enjeux géopolitiques, le film dépeint un pays en quête de jeunes premiers, de prodiges entreprenants, le tout sous couvert d’une culture de la machine comme extension de la puissance humaine (ou plutôt masculine).

Le plus passionnant là-dedans, c’est que Tom Cruise incarne une métonymie de toute cette philosophie. Il n’est pas seulement le héros américain modèle. Il est l’Amérique, cette terre de tous les possibles, de l’égalité des chances, qu’il représente autant par ses rôles que par sa carrière de star exigeante et plus que jamais indétrônable.

 

Jours de Tonnerre : photo, Robert Duvall"Alors comme ça vous êtes scientologue ?"

 

The Road Warrior

Pas étonnant qu’on parle depuis plusieurs décennies maintenant des "Tom Cruise movies", puisque l’acteur est devenu sa propre marque. Mais bien avant les Mission : Impossible, Jours de tonnerre a sans doute planté les graines de cette systématisation passionnante.

À vrai dire, le célèbre critique américain Roger Ebert ne s’était pas privé à l’époque pour qualifier Jours de tonnerre de "Tom Cruise movie", et pour lister les éléments qu’on retrouve dans les autres films de l’acteur, de Top Gun à Cocktail en passant par La Couleur de l’argent : l’importance d’un talent à fructifier, la femme plus âgée et expérimentée (cette fois jouée par Nicole Kidman), le mentor, ou encore le proto-ennemi, cet adversaire qui finit par devenir l’allié du héros, et le pousse à se dépasser (Iceman dans Top Gun, Rowdy ici).  

 

Jours de Tonnerre : photo, Tom CruiseHomoérotisme, le retour

 

Il y a dans cette démarche une sorte d’oxymore fascinant, comme une insouciance calculée, qui met presque en abyme le propos même du film : vouloir contrôler ce qui ne peut pas l’être. Le film a beau être sorti peu de temps après la fin du mandat de Ronald Reagan, il partage une foi inébranlable dans la puissance de l’individu, et dans sa capacité à s’élever au-dessus de la masse. "J’ai plus peur de n’être rien que d’être blessé", explique Cole au personnage de Nicole Kidman dans un moment de vulnérabilité. En bref, il vaut mieux risquer sa vie que de rester inactif, ce qui résume aussi bien la pensée du héros que de son interprète.

Ça peut paraître rance (et ça l’est en soi) mais on ne pourra jamais enlever à Scott et Cruise leur habileté pour empaqueter cette idéologie dans un délicieux papier cadeau. Outre la photographie sublime de Ward Russell, toute en lumières diffuses et en rétroéclairages (conférant à l’ensemble un aspect cotonneux, voire mélancolique), la musique au synthé d’Hans Zimmer, typique de ces compositions épiques de l’époque, sait accentuer la dimension galvanisante de ce film de sport ultra-maîtrisé, tout à la gloire de son acteur principal. Mine de rien, on en viendrait presque à dire que la réussite de Top Gun : Maverick s’inspire plus des acquis de Jours de tonnerre que du premier Top Gun.

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Redwan78

Jours de tonnerre est plus viril surtout la scène avec Nicole Kidman. Ce film,j’ai du le voir une 20taine de fois. C’est une copie de Top Gun. Pour l’anecdote,Tom Cruise est crédité en tant que scénariste et je crois c’est son 1er film en tant que producteur.

Ethan

@Hocine
Oui tu as raison sur la chanson de berlin. Top Gun c’est la légende de Tom Cruise et d’une certaine manière l’image de l’Amérique qui gagne et pas n’importe laquelle une période récente celle des année 80. Sans ce film on a peut-être pas ses autres classiques. D’ailleurs c’est pas un hasard si le deuxième film fait un carton au cinéma chose que tu revois pas avec les derniers MI. Top Gun c’est l’image éternelle que les gens auront etoujours en tête en pensant à Tom Cruise celle du type levant le pouce devant un f-14.

Le deuxième film est un classique également et la chanson de One republik i ain’t worried vaut plus en émotion que celle de lady gaga en émotion et pour moi le tube number 1 de ce film.

J’aime les deux films mais pour moi le meilleur c’est le premier film peut-être comme tu dis au niveau de l’émotion. Et puis il est jeune, taquin tout ce qu’on aime.

De toute façon les succès de Cruise si on fait bien attention ça s’accompagne toujours d’une bande originale qui envoie le steak. On a tous ces tubes de ces films en tête quand on pense à l’un de ses films

coca

c pour quand Jours de tonnerre 2

Hocine

@Eddie Felson
Color of Money ne fait pas partie des films les plus appréciés de Martin Scorsese. Il se peut qu’il soit même négligé par la critique. Certes, il ne joue pas dans la même cour que L’Arnaqueur de Robert Rossen mais il est intéressant de voir la légende Paul Newman passer le flambeau à un jeune Tom Cruise.

Hocine

@Ethan
Tout à fait d’accord. Top Gun et Cocktail sont deux films qui, malgré leurs imperfections sur le plan artistique, ont néanmoins contribué à définir et confirmer l’image de marque de Tom Cruise dans les années 80. J’irais plus loin en disant que même si Top Gun: Maverick est techniquement supérieur au premier Top Gun, le premier reste plus fort sur le plan émotionnel. C’est probablement très subjectif mais la chanson de Lady Gaga n’a pas la charge émotionnelle du tube Take my breath away.

Altaïr Demantia

@The insider38

« top gun mieux que Jour de tonnerre…

Mais bien sure.. top gun est juste un nanard de luxe !!! Sans Tom Cruise et sans Val Kilmer, c est juste de la merde . »

Faut faire attention à ce qu’on écrit, surtout quand ce ne sont pas des arguments.

The insider38

Jour de tonnerre mieux que top gun…

Mais bien sure.. jour de tonnerre est juste un nanard de luxe !!! Sans Tom Cruise et Kidman, c est juste de la merde .

Altaïr Demantia

J’aime beaucoup ce film même si il est complètement con, ne raconte absolument rien et est un copier/coller de Top gun. Néanmoins, il est techniquement plus abouti que Top gun et aussi plus dynamique. Parce que Top gun c’est un ensemble de plans moches où tout un tas d’acteurs à l’ego démesuré passe son temps à prendre la pause devant la caméra avec des enjeux de cours de récré. Ça, et des plans truqués très laids.

Là, au contraire, c’est fluide, le montage hyper cut rend bien la vitesse des grosses bagnoles américaines bien lourdes. La Nascar est, par définition, sans intérêt. Des mecs qui tournent sur un anneau. Ça a à peu près autant d’intérêt que la constipation. Le film essaie de nous faire croire que c’est très technique et stratégique et toute l’évolution du personnage principal tourne autour de ça. Les pneus, la mécanique à ménager, savoir quand accélérer pour sortir du peloton. On dirait le Tour de France.

Bref, Day of thunder, rapport au bruit que génère une telle course, est bien meilleur que Top gun et Scott affirme son style visuel – un peu écoeurant de prime abord, comme un café trop sucré.

Cruise devrait en faire une suite avec lui vraiment dans la bagnole.

Eddie Felson

@Hocine +1 …et mention particulière à …. « Color of money »;)

Ethan

@Hocine
Ne pas oublier Top Gun et Cocktail 2 classiques des années 80