Star Wars : L'Ascension de Skywalker - y a-t-il quelque chose à sauver dans cette cata ?

La Rédaction | 2 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
La Rédaction | 2 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Star Wars : L'Ascension de Skywalker, ce soir à 21h sur Canal+

Star Wars : L'Ascension de Skywalker est-il totalement nul et raté ? On revient en détail sur les raisons d'aimer, et surtout être déçu, avec spoilers.

Après Le Réveil de la Force qui a relancé la machine nostalgique, et Les Derniers Jedi qui nourrit encore des débats fous deux ans après, Star Wars : l'Ascension de Skywalker a la lourde et impossible mission de calmer et réunir tout le monde, tout en clôturant trois trilogies. Autant dire que Kathleen Kennedy, J.J. Abrams et leurs équipes avaient un chantier immense.

Après la critique sans spoilers, et après avoir remis en perspective l'accueil critique des précédentes trilogies, place donc à un avis détaillé avec spoilers, sur ce qui fonctionne, et surtout ne fonctionne pas dans le film. Le meilleur, le pire et le moyen de cette Ascension, c'est par ici.

 

ATTENTION SPOILERS

 

 

LE MEILLEUR

 

C'EST BEAU

Les films de J.J. Abrams ont souvent divisé les spectateurs, mais s’il y a bien quelque chose qu’on ne peut pas enlever au réalisateur, c’est bien son investissement total dans la narration, le soin maniaque avec lequel il s’immerge dans les univers qu’il aborde. Pour contenter des fans plus que sceptiques, le réalisateur a tout donné. L’attention qu’il apporte aux détails de toutes les séquences est assez impressionnant, et d’autant plus réjouissant que rares sont les blockbusters actuels à se donner autant de mal pour incarner un univers.

Il y parvient notamment grâce à son collaborateur de longue date, le très bon chef opérateur Daniel Mindel. Ce dernier retrouve une patine qui évoque les grandes heures du 35mm, nous replonge dans ses teintes chaudes, ses carnations si marquées, et dévoile une palette chromatique affolante. La finesse de l’image, notamment lors de ses scènes les plus sombres (l’introduction par exemple), est vraiment saisissante.

Chaque décor recèle son lot de détails, le bestiaire est varié, les textures envahissent chaque photogramme jusqu’à le saturer. L’univers de Star Wars s’anime et prend vie, alors que les effets spéciaux ne sont quasiment jamais pris en défaut. J.J. Abrams, s’il se montre déficient sitôt que l’action s’emballe, ne se laisse pas abattre lors des multiples dialogues ou scènes d’exposition. Multipliant les angles de vue, variant son découpage, il fait preuve d’une créativité folle pour électriser son récit et soutenir son rythme dément. L'Ascension de Skywalker est souvent très beau. Beau, et organique, comme lors du duel dans les ruines de L’étoile de la Mort, où le son des vagues, la force des embruns, occupent autant la caméra que le formidable décor.

 

photo, Adam DriverC'est beau, mais ça pique

 

QUELQUES SCÈNES MARQUANTES....

Rien que les premières minutes du film imposent une ambiance et une direction artistique saisissantes. Quand Kylo Ren extermine ses adversaires, puis arrive sur Exegol dans un temple sombre frappé par des éclairs, le film est magnifique, et vend du rêve pour la suite. La photo de Daniel Mindel (collaborateur de J.J. Abrams sur Le Réveil de la Force et Star Trek) est belle, soigne les clairs-obscurs, et repose sur une jolie palette de couleurs. Et ce, sans courir après les extrêmes saturés et tape-à-l'oeil, sans craindre le noir et le gris.

De Mission : Impossible 3 à Super 8, J.J. Abrams a démontré son savoir-faire, et sa maîtrise des techniques et outils du cinéma hollywoodien. Hier présenté comme un petit génie, aujourd'hui considéré par certains comme une facette du diable mainstream, il se situe plutôt entre les deux, et le rappelle avec ce Star Wars. Rien que la grande scène tant teasée, où Rey et Kylo Ren s'affrontent sur une épave au milieu d'un océan déchaîné, l'illustre : le choix d'un tel cadre confère à ce duel des dimensions homériques, et l'absence de grande musique dramatique montre un désir de ne pas faire dans la facilité attendue.

Il y a donc des moments destinés à être marquants dans cet Épisode IX. Sauf que...

 

photo, Adam Driver, Daisy RidleyUne très belle scène... qui ne mène pas à grand-chose

LE MOYEN

 

... MAIS MAL EXPLOITÉES

... sauf que ces scènes sont rarement à la hauteur en termes d'enjeux, rythme et impact. Le duel sur l'épave frappée par les vagues est aussi beau que décevant, et n'est clairement pas le grand combat de sabre laser attendu. C'est le parfait exemple des limites de L'Ascension de Skywalker, qui ne parvient à peu près jamais à emballer des moments mythiques, marquants, susceptibles de rejoindre les scènes cultes de la saga.

J.J. Abrams a le budget, les compétences, les acteurs et les talents autour de lui, mais tout semble constamment freiné, empêché par un scénario faible, et une vision absolument pas claire et forte de cette conclusion. Le réalisateur peut arranger et penser la mise en scène autant qu'il veut, il est incapable d'en tirer grand-chose. Jusqu'au grand final, étonnamment facile, calme, où le feu d'artifice final est un pétard mouillé.

Et ce ne sont pas les quelques scènes d'action à droite à gauche (comme la poursuite des Stormtroopers en mode Mad Max : Fury Road avec le désert, les véhicules, les voltiges et même une explosion de couleur) amusantes, mais insignifiantes, qui vont arranger tout ça.

 

photoMad Wars : Fury Stormtrooper

 

LEIA

Si la question de la préparation et improvisation de cette trilogie ne pourra être évitée, il est nécessaire de se souvenir que la mort de Carrie Fisher à la fin du tournage des Derniers Jedi a eu un impact sur cette conclusion. L'équipe a déclaré que Leia devait être centrale dans l'Épisode IX, et c'est logique : Han était le coeur du Réveil de la Force et Luke, des Derniers Jedi. En accord avec la famille (notamment Billie Lourd, sa fille, qui a un petit rôle dans cette trilogie), l'équipe a ainsi rafistolé des scènes coupées de l'Épisode VII, et bricolé autour pour que Leia soit présente et importante dans l'intrigue.

Mais difficile de ne pas être gêné par le résultat. La rigidité de ces scènes est évidente, ce qui réduit les dialogues à quelques échanges vagues et surtout des silences censés être lourds de sens. Le trouble vient du rôle mineur qu'occupe concrètement Carrie Fisher (elle n'a que quelques scènes anodines, et très tôt dans le film), et de l'accent mis sur Leia dans l'intrigue (elle se sacrifie pour sauver Rey, et donc Kylo Ren). J.J. Abrams a utilisé pas mal d'artifices pour assembler tout ça (changer les arrière-plans, vieillir un peu son allure), notamment en tournant la mort du personnage dans l'obscurité, pour que la silhouette seulement se dessine.

Et si le désir de rendre justice au personnage au lieu de par exemple la laisser disparue dans une ellipse, est louable, le film a bien du mal à s'en sortir. Qu'un flashback explique qu'elle a été formée par Luke pour être une Jedi, et ainsi entraîner Rey, rend tout ça encore plus frustrant et triste.

 

photo, Carrie FisherAdieu, éternelle princesse

 

UN PREMIER-DERNIER ORDRE TOUJOURS FADE

Le Premier Ordre n’a jamais réussi à exister. Assimilé visuellement à l’Empire dès Le Réveil de la Force, il n’en est qu’un écho, qui manque de caractère, de sens, ou d’un projet propre. Et si le Général Hux est un rôle secondaire comique assez efficacement écrit, ses élans de ridicule interdisent de prendre ses troupes au sérieux. Et ce n’est pas le destin expéditif du Capitaine Phasma dans les deux épisodes précédents qui aura fait penser le contraire ni celui du Suprême Balourd Snoke.

Par conséquent, avec ses airs de reboot non-assumé, L'Ascension de Skywalker achève de flinguer le Premier Ordre, d’abord noyé dans les troupes de l’Empereur, puis assimilé au Dernier Ordre. Ce dernier n’étant qu’un recyclage massif de vieux Destroyers spatiaux, on aura bien du mal à lui trouver quoi que ce soit de spécial. Les forces du côté obscur souffrent donc bien de la confusion et des ténèbres où le scénario les jette, empêchant de distinguer leurs objectifs ou leurs contours.

Dans ce contexte on attendait beaucoup des Chevaliers de Ren. Ils ont le mérite de permettre à Kylo d’utiliser la Force de manière rigolote, de varier son style de combat et de nous donner la seule scène de baston valable de ce chapitre. Mais pour le reste, il s’agit d’une troupe scénaristiquement inutile (ils pourraient être remplacés par des troopers classiques sans que cela change quoi que ce soit), au look de groupe de métal finnois, aux styles outrés, jamais justifiés par aucun élément mythologique, qui fait d'eux l'équivalent spatial des survivants de la mouvance émo.

 

photoLes Chevaliers de Rien

 

FINN

Dire qu'il était le premier visage dévoilé dans le premier teaser du retour de Star Wars, avec Le Réveil de la Force. Trois films après, le personnage de John Boyega est sans nul doute le plus faible du trio. Alors que Rey l'héroïne est évidemment restée au premier plan, et que Poe a gagné une dimension moins niaise avec son côté tête brûlée confronté à son orgueil et son destin de leader dans cette conclusion, Finn, lui, tourne en rond.

Son passé de Stormtrooper en faisait pourtant un personnage unique au premier abord, et la haine de Captain Phasma à son égard promettait une revanche du passé, et un arc qui allait le ramener à ses origines et sa rébellion. Sauf que Les Derniers Jedi a évacué tout ça très vite, sans aucune satisfaction, tout en offrant à Finn une romance bien niaise avec Rose. Dans L'Ascension, Rose est dégagée et Finn rencontre Jannah, pour vivre une version alternative de sa petite aventure solo sentimentale. La preuve flagrante du manque de vision sur ce personnage.

Et ce n'est pas en lui offrant un ultime moment de bravoure, une pseudo complicité avec l'héroïne (mais que voulait-il dire à Rey bon sang ?), deux répliques sur un "feeling" lié à la Force, et une place de co-leader avec Poe, qu'il a pu gagné une quelconque dimension. Finn pourrait quasiment être retiré de cet Épisode IX sans que ça ne change grand-chose, à l'image de sa tentative de venir en aide à Rey sur Endor... avant qu'elle ne le jette et continue sa vie.

 

photo, John BoyegaQuelqu'un a pensé à l'abandonner dans le désert sinon ?

 

HUX

L’Ascension de Skywalker restera comme la véritable Marvelisation de Disney. Alors que les deux précédentes trilogies, et même Les Derniers Jedi, ne redoutaient pas une vraie ambition tragique, et savaient que pour donner de l’impact à un récit ambitieux, il fallait lui permettre de mettre ses personnages en danger, la conclusion a pris une position contraire. Alors que le script nous vend les morts de Chewie et celle d’une amie de longue date de Poe, introduite dans l’Eisode 9. Mais ces deux éléments se révéleront de stupides hameçons émotionnels, quand ils auraient permis de donner du sens et du poids aux actes des héros.

Hux est pour ainsi dire le seul membre de l’aventure à connaître un destin funeste. Veule traître à l’Empire, il se fait bien sûr griller et exécuter sur-le-champ, par le dévot général Pryde. La scène, à la fois comique et assez surprenante, offre à un personnage imparfait, parfois peu crédible, un des rares destins surprenants et surtout à la hauteur des enjeux, où chacun joue pour assurer sa survie.

Il doit énormément à son interprète, qui transcende souvent une partition assez médiocre. Domhnall Gleeson distille dans son jeu un mélange de veulerie, de bassesse et de détestation de lui-même qui en fait un adversaire paradoxal, et étonnamment touchant, malgré l'écriture volontiers caricaturale de sa personnalité.

 

Photo Domhnall GleesonLe général Starsky et Hux

 

DE NOUVEAUX PERSONNAGES INUTILES

Keri Russell est une excellente actrice, et Zorii Bliss a un certain style, tendance Mandalorien. Naomi Ackie est inconnue, mais se défend bien pour exister dans le blockbuster, et Jannah a elle aussi fière allure sur sa monture alien. Mais Star Wars avait-il besoin de créer de nouveaux personnages, dans un dernier mouvement censé conclure, rendre justice et rassembler ?

A priori, non. Surtout vu ce que Zorii et Jannah ont à faire ici. La première est au centre d'une parenthèse dans l'intrigue, et surtout un levier pour creuser le personnage de Poe, afin de lui donner une dimension émotionnelle, un passé, bref l'illusion d'une quelconque profondeur. Qu'elle passe en quelques minutes de l'envie de lui éclater la cervelle à un sacrifice pour lui offrir son ticket de sortie si précieux, témoigne de la vitesse absurde à laquelle tout est traité ici. C'est d'autant plus flagrant que l'allure de cette Zorii a été très (trop) soignée, qu'elle a tout d'une combattante hors pair, et que ses yeux ne sont montrés qu'une fois, en faisant un personnage très intrigant.

Jannah, elle, se contente de suivre les héros, comme une Rose-bis collée à Finn. Là encore, elle peut être retirée du film sans aucune conséquence réelle. Sauf la petite gêne face à son échange avec Lando, qui ressemble soit à une étrange drague post-victoire, ou le lancement d'un spin-off que PERSONNE ne veut voir où le vieux emmène la jeune sur les traces de son passé.

Au-delà de ces deux personnages, le petit réparateur Babu Frik est un autre exemple de babiole numérique pas indispensable. Alors que Maz Kanata (avec Lupita Nyong'o en performance capture, ce n'est pas rien) est figurante depuis le début et n'a RIEN à faire, le film amène un autre alien, qui aura trois lignes de dialogue et une apparition dans le combat final pour soutirer un rire.

 

photo, Keri RussellLa classe ne suffit pas



LE PIRE

LE RAFISTOLAGE DE L'INTRIGUE

Si les vraies questions au centre de cette trilogie (les parents de Rey, la trajectoire de Kylo Ren, la valeur Skywalker du titre) sont traitées, c'est après que le film ait ouvert et refermé quantité de petites portes pour occuper l'espace. Palpatine le retour du clone-machine-machin, Exegol la planète QG des Siths, et le bidule pour trouver son emplacement sont au centre du film, et ressemblent à des jokers sortis des manches des scénaristes.  Rien n'avait préparé tout ça, et le texte d'introduction se retrouve d'ailleurs à lourdement réintroduire l'Empereur, pour donner l'impression que ce n'est pas sorti de nulle part et que oui, bien sûr, tout était là depuis le début dans cette trilogie. Même Luke et Leia savaient, la preuve ils l'affirment ici.

Au lieu d'embrasser les enjeux déjà en place, Star Wars : l'Ascension de Skywalker préfère lancer de nouveaux axes, quitte à artificiellement remplir, ralentir, relancer et rhabiller l'univers. Quitte aussi à rétropédaler sur quelques éléments.

Snoke a beau avoir été tué, laissant place à l'affrontement entre Rey et Kylo Ren, Palpatine débarque pour reprendre le rôle de l'homme dans l'ombre, susceptible de réunir ou diviser les deux personnages.

 

photo, Daisy Ridley"Je t'assure, je sais où on va"

 

DÉFAIRE LES DERNIERS JEDI ?

On l’a évoqué dans plusieurs parties ci-dessus, mais il faut ici rassembler ces données pour leur conférer une cohérence. Une grande partie des choix hasardeux ou aberrants opérés dans l'Ascension de Skywalker ne répond à aucune autre exigence qu’un cahier des charges navrant : défaire tout ce que mettait en place Les Derniers Jedi. De la romance de Finn en passant par la Force à nouveau pensée comme une lignée quasi-aristocratique, tout est passé à la moulinette pour être repensé, dénoué, oblitéré, écrasé.

Cette orientation stérile est incarnée dans une séquence pensée comme un gros bisou aux fans toxiques de la marque, et un doigt d’honneur au travail de Rian Johnson. Il s’agit bien sûr de la scène dans laquelle Luke se renie, et définit l’écriture de son personnage dans le précédent film comme « irrespectueuse ». Ce moment purement méta, pensé comme une soumission au public, plutôt qu’une proposition, est emblématique de tout ce qui se dérègle dans cette conclusion. Ou quand Hollywood confond faire et défaire.

Un film peut-il se passer de satisfaire son public ? Non, bien sûr, mais s’il veut le marquer, le surprendre il doit accepter de prendre des risques, appréhender le fait que sa réception va évoluer dans le temps (nombreux sont les spectateurs qui ont déjà réévalué le film de Rian Johnson) afin de se réserver la possibilité de surprendre et de créer. Car confondre l'expression des fans, leur désir, et la durée de vie de ce dernier, c'est se condamner à transformer son récit en une liste de doléance dénuée de la moindre vie. Sans compter que le premier geste d'écrasement, le retour de Palpatine et l'arrivée de sa super-armada, est aussi celui qui condamne cet Episode 9 à l'incohérence et au ridicule. Comment nous expliquer à présent que tout le monde s'est agité pendant des mois à la suite d'une base Starkiller, puis s'est tapé sur la face dans toute la galaxie, alors qu'en parallèle Palpatine faisait la sieste, assis sur un tas de super-canons dont personne n'a eu l'idée de se servir ?

 

photoBon bah on va remettre le masque hein

 

PALPATINE

Cruel destin que celui de Palpatine. Terrifiante figure du Mal dans la trilogie originale, devenu un politicien à peu près aussi subtil que François Hollande dans la prélogie, il est ici transformé en gelée de placenta diabolique, accroché à un bras mécanique, et riant grassement sitôt qu’il énonce son diabolique plan tout pété. Le film aimerait le traiter comme un monstre ultime, une créature horrifique, mais son arrivée est si absurde, contraire à tout ce qui a précédé, qu’il en perd beaucoup d’impact, et la seule dimension envisageable pour lui donner un semblant de réalité eût été d’incarner un peu ce mystérieux concept de « clones », évoqué par une réplique et un unique plan.

Mais non, on verra à peine cet antagoniste supposé conclure la plus grande saga contemporaine. On ne comprendra jamais la nature de son plan, ni pourquoi il le dévoile si tardivement, comme on ne comprend pas pourquoi il ne tente pas de sécuriser son lien avec Kylo en l’informant de son plan. Et enfin, pourquoi ramener ce vieux méchant fatigué, s’il n’a même pas droit à un combat final digne de ce nom. Un coup de jus et puis s’en va, soit le climax le plus déceptif de toute la franchise, et sans doute l’affrontement le plus expéditif. On le comprend, Palpatine n’a d’autre justification qu’une piteuse excuse thématique, visant à créer une cohérence artificielle entre 3 trilogies conçues pour des publics radicalement différents. Le procédé est grossier, sa réussite inexistante.

On aurait bien voulu en découvrir un peu plus sur son gros bocal à Snokes. Comprendre qui sont les fans en pyjama qui se pressent autour de lui. Ou même paner quelque chose à son plan, savoir d'où il tire cette puissance si phénoménale qu'il n'a jamais jugé bon de l'utiliser. Bref, Palpatine prétend être toujours parmi nous, mais il n'est qu'un fantôme de plus une silhouette morne, hantant un film sur le point de s'écrouler.

 

photo"I'll be back !"

 

DES HÉROS INTOUCHABLES

L'idée de voir Chewbacca accidentellement tué par Rey, qui découvre l'étendue de ses pouvoirs, est aussi intéressante que forte à bien des niveaux. Sauf que Chewwie n'est pas mort. L'idée de voir Rey tuer Kylo Ren, plus ou moins grâce à Leia et avant le climax, est intéressante. Sauf qu'elle le sauve avec la Force juste après. L'idée que la Résistance prenne une sévère trempe avant l'assaut final contre les Destroyers, est intéressante. Sauf qu'aucun personnage réellement identifié n'y passe.

L'aventure ressemble donc à une promenade de santé pour tout ce petit monde, qui échappe trop de fois aux dangers les plus énormes pour ne pas ressembler à des super-héros protégés par la Force du Saint-Esprit des scénaristes flemmards. Que Poe ait le bras égratigné après les tirs de deux douzaines de Stormtoopers myopes, et que Kylo Ren traîne une patte après être tombé dans un ravin des enfers, sont les signes les plus extrêmes du risque.

 

photo, Daisy RidleyPersonne ne meurt dans cette image

 

LE FINAL TROP SIMPLE

L'écriture lourdingue et les enjeux forcés sur la présence évidemment programmée de Palpatine auraient pu passer s'ils avaient été digérés pour donner lieu à un climax grandiose, puissant et épique. Et sur le papier, tout est réuni : dans les airs, la résistance affronte des dizaines de Destroyers et tente de les arrêter avec un plan dangereux, tandis que Rey est au sol face à Palpatine, bientôt appuyée par Kylo Ren qui prouve qu'il a rejoint le bon côté de la Force. Poe mène la résistance en attendant un soutien qui semble de moins en moins possible, Rey et Kylo Ren s'unissent face à l'Empereur bionique, puis l'héroïne l'affronte seule pour l'anéantir en digne représentante de tous les Jedi.

Mais à part quelques plans, comme ceux de ces Siths mystérieux tapis dans l'ombre, ou la vision d'un ciel apocalyptique lorsque Rey semble vaincue, le grand final est bien facile. Le programme attendu d'un climax hollywoodien est respecté, sans éclat de génie, et surtout sans être à la hauteur des enjeux, à savoir conclure trois trilogies, et marquer un grand coup dans la mythologie.

Là encore, tout semble traité trop vite, rehaussé par quelques coups artificiels (le moment de bravoure de Finn pour créer l'illusion d'un sacrifice, la disparition de Kylo Ren dans un ravin, les voix lointaines des Jedi connus...). L'arrivée de tous ces vaisseaux pour aider la Résistance est peut-être le moment le plus fort de ce final, mais il n'a rien d'inédit ou de surprenant.

 

photo, Daisy RidleyLe réalisateur rencontre les boss de Disney et Lucasfilm

 

LE MANQUE D'ÉMOTION

La trilogie originale achevait chacun de ses chapitres sur un raz-de-marée émotionnel. La prélogie eut du mal à réitérer l’exploit, mais une partie des spectateurs a bien été bouleversée par l’affrontement entre Obi-Wan et Anakin. En la matière, L'Ascension de Skywalker est plus que chiche. Tout simplement parce que le film a choisi de quasi-rebooter sa trilogie, jetant aux toilettes les acquis des deux précédents segments, se retrouve dès lors obligé de narrer son récit sur un rythme infernal, qui interdit totalement l’émotion.

Nos héros apprennent que Chewie a été grillé vif puis écrasé sous des tonnes de métal en fusion par la colère de Rey ? La caméra ne s’attarde même pas sur leur réaction. Chewie, ressuscité par la magie Disney, apprend que la Princesse Leïa a avalé son bulletin de naissance ? Il sera relégué à l’arrière-plan, et c’est à peine si on aperçoit Poe plisser les yeux.

Et il en va ainsi de tous les évènements possiblement porteurs d’émotion. Pire, lors de son climax, J.J. Abrams veut nous arracher des larmes à coups de pelle, quand il transforme Kylo en Prince charmant et Rey en Padawan au bois dormant, mais le procédé est bien trop mécanique, et sa dimension dramatique si épaisse (oubliez Marion Cotillard et son décès gargouillant dans The Dark Knight Rises).  Bref, les seules larmes qui vous attendent sont des larmes de frustration.

 

Star Wars"ça en fait des larmes de fans"

 

ROSE ET JANNAH

Que Rose, personnage ô combien critiqué des Derniers Jedi, soit reléguée au troisième plan et quasi-figurante dans cet épisode, n'est pas un problème. Son rôle dans le précédent opus n'était pas une franche réussite, puisqu'elle était motrice d'une sous-intrigue faiblarde sur Canto Bight et d'une scène légèrement ridicule dans le climax. Que sa romance forcée avec Finn soit oubliée, pourquoi pas. Mais que le film amène un nouveau personnage féminin pour quasiment reprendre ce rôle, ressemble presque à une blague.

 

photo, Kelly Marie TranComment ça je sers à rien et je peux partir plus tôt ?

 

Incarnée par Naomi Ackie, Jannah vit sur Endor, où elle aide les héros à trouver la carcasse de l'Etoile de la mort. Et elle noue vite un lien intime avec Finn, notamment lorsqu'ils partagent leur expérience commune de Stormtrooper enrôlé par le Premier Ordre, avant de se rebeller. Comme Rose, elle partage une connexion avec Finn. Comme Rose, elle l'aide dans une mission risquée et passe à deux doigts de la mort dans le climax. Comme Rose, elle semble finalement trouver une place parmi les résistants. Et comme Rose, elle a une caractérisation trop en surface, pour réellement intéresser.

Dans un film qui introduit de nouveaux personnages, ramène d'anciens personnages, tente de clore bien des intrigues et donner du sens à tout ça, créer un nouveau personnage au lieu de creuser un préexistant, a tout d'une mauvaise décision. Ou d'un désir un peu stérile d'écraser Les Derniers Jedi (Kelly Marie Tran est tellement inutile qu'elle a une place proche de Billie Lourd ici), et faire sa propre version de "Finn a une vie indépendante et des émotions".

 

photo, Naomi AckiePersonnage oubliable numéro 12

 

LUKE, HAN, LANDO

Le Réveil de la Force et Les Derniers Jedi avaient organisé la passation entre les générations, les deux films annonçant que les gardiens du temple devaient disparaître ou se sacrifier pour permettre aux nouvelles générations de s’emparer de leur destin et de ré-enchanter un vieux monde engoncé dans des mythes épuisés. Manque de pot, L’Ascension de Skywalker abandonne ce positionnement et préfère au contraire statufier ses héros d’hier, en rappelant le plus grand nombre à la barre.

Évidemment, le scénario ne peut pas grand-chose contre le décès de Carrie Fisher, accordant à Leïa un repos bien mérité. Luke ne peut pas en dire autant, lui qui nous revient comme un vieux reflux gastrique, pimpé au gloss bleu, avec un brushing tout neuf et un sourire bright totalement contradictoire avec le film précédent. Il est moins pathétique que Han Solo, dont l’interprète semble avoir bien du mal à supporter le poids de sa propre perruque, le temps d’une scène qui ne peut que rejouer la confrontation entre Driver et Ford, au ralenti.

Mais la palme de l’embarras revient sans doute à ce malheureux Lando Calrissian, convoqué pour jouer les Pépé Malin de l’espace, moustache dégarnie et œil de satyre en prime. Le pauvre ne se contente pas seulement de faire perdre du temps à l’intrigue générale, il doit en plus se fader une conclusion absconse avec Jannah, qui a de faux airs de teaser de série Disney+. Voir ces vieux de la vieille s'accrocher à univers qui n'a plus besoin d'eux et dont on sent qu'ils attendent d'être débarrassés (Ford semble à deux doigts de se jeter à la flotte pour s'assurer qu'on ne fasse plus jamais appel à lui), a quelque chose d'infiniment déprimant.

 

photo, Billy Dee WilliamsNon, ce n'est pas un hommage à Shining

 

Pour retrouver notre critique de Star Wars 9, c'est par ici.

Notre dossier en défense des Derniers Jedi, c'est de ce côté.

 

Affiche française

Tout savoir sur Star Wars : L'Ascension de Skywalker

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commentaires
Zels1977
31/01/2021 à 21:31

Le seul personnage valable dans cette postlogie c'est Kylo Ren/Ben Solo incarné par Adam Driver.
Honnêtement j'ai regardé les épisodes VIII et IX pour voir comment va évoluer ces personnages.
Dommage qu'il n'y ait pas eu un film uniquement sur Kylo Ren.
D'abord dans la trilogie et la prelogie ce sont des héros masculins. Rey n'est pas une Skywalker donc je vois pas pourquoi ça devrait être elle l'héroïne. Heureusement qu'il y avait Adam Driver dans cette postlogie c'est le seul grand acteur.

Akyra
08/11/2020 à 21:25

Quelle honte !
Je ne vais pas énuméré l'abysse de cette trilogie.. En revenche le pire du pire :

1.Snoke tué en un coup de Lazer et puis s'en va mais où est sa force ou sont passés ses puissants pouvoirs ???
2.Kylo Ren aurai pu tué 100 fois Rey car bcp plus puissant et expérimenté ! Luke sont maître avait l'intention de le tuer pendant son sommeil pour la force obscure incommensurable qu'il avait ressenti en lui ..
3.Palpatine tué comme un insecte en moins d'une minute.. Le foutage de geule ultime...
Il aurai été tellement plus risqué et intelligent de faire basculer Rey une bonne fois pour toute dans le côté obscur !!
Une niaiserie, le monde de bisounours avec des sabres de confetti.. La puissance des sith finalement c'est de la pisse...

Charlsy1138
05/10/2020 à 15:34

Je trouve toujours extraordinaire ces gens qui peuvent lire dans les pensées d'autres personnes et donc connaissent tout de leurs intentions...
Fan de Star Wars depuis 43 ans, j'ai adoré The Last Jedi, et si je trouve The Rise of Skywalker plutôt bancal (on ne va pas le nier, recycler Palpatine comme grand méchant, c'est un peu excessif dans la facilité!), j'ai beaucoup aimé le film, qui comporte à mon sens,de très beaux moments. Et oui, peut-être que réellement sacrifier Chewie aurait été courageux et audacieux, mais après avoir dû encaisser la mort de Han Solo, celle de Luke, et devoir digérer celle de Leia, personnellement je dis stop !
Une fois le point de départ du film accepté, il suffit de se laisser porter. Et je trouve que cet épisode IX recèle de très beaux moments, notamment ce duel Rey/Ben, miroir glacé de celui entre Anakin et Obi Wan, où les geysers d'eau remplacent les jaillissements de lave. Et là où Obi Wan n'a pas choisi d'achever son "fils/frère", Rey choisit de rendre la vie à son "jumeau".
Quant à la fin, voir Rey et Ben côte à côte brandissant les 2 sabres Skywalker, puis Rey seule croisant ces deux même lames pour éliminer son diabolique grand-père, et finalement ensevelissant ces deux sabres ensembles, réunissant enfin dans une inhumation très symbolique et simple les deux jumeaux Skywalker, personnellement ça m'a profondément touchée et bouleversée.
Oui, The Rise of Skywalker est très loin de ce qu'il aurait pu être. Surtout arrivant après ce quasi chef d'œuvre qu'est The Last Jedi. Oui, le scénario a joué la facilité. Et oui, je l'ai malgré ses défauts aimé, et je pense personnellement qu'il clôt avec une certaine élégance et parfois un certain panache, une Saga qui domine ma vie depuis 43 ans. Et si j'ai beaucoup pleuré en le regardant, c'est moins à cause de ses défauts que parce qu'il a marqué la fin de 42 années de ma vie et obligé à dire adieu à des personnages que j'aime plus que certains vivants !
Mais par la grâce de M. Bluray, je sais que je peux à ma guise retourner dans cette galaxie lointaine, très lointaine... Voyage que j'entreprendrai régulièrement. Et qui sait... Rian Johnson nous livrera peut-être quelque chose de nouveau et intéressant avec sa future trilogie...

spotincubus
05/10/2020 à 10:29

Palpatine, devenu un politicien à peu près aussi subtil que François Hollande dans la prélogie…

Pardon ??!

Sébastien
05/10/2020 à 03:42

@Thewitcher007

Rassure-moi, tu as 12 ans?

Thewitcher007
04/10/2020 à 21:32

C'est fou comment les gens sont fin fans les critiques et comment ils sont incohérent.... Faudrait vraiment qu'un jour les gens aprennent et essaye de connaitre leurs sujet sérieux...
Et surtout quand on dit que un film est merdique... Faudrait arrêté d'en parlé et le laisser tranquille, pourtant ce sont ceux que vous mettez en valeur....

Non franchement tous ceux qui critiqué ces films vous connaissez pas votre sujet, vous essayer même pas de comprendre.... En gros juste con...
Juste a voir les gens qui disent que le retour de palpatine est incohérent....
La rédemption de ben nul ??? MDR
Pourquoi rey ce fait appelé Skywalker.... Pfffff vous êtes vraiment vraiment stupide.... Clairement vous connaissez rien.... Et vous avez les réponses sous les yeux.... Mais vous chercher pas a comprendre ou n'ecouter pas.... Very good... Ça resume la mentalité des gens de notre époque....

Ced
04/10/2020 à 19:33

Une bonne image de pleins de trucs : tout pourri à force de pas vouloir prendre de risques. Mais c est vrai qu on s habitue pas bien à des trucs comme H Ford mal chirurgisé qui ramène sa fraise...Heureusement qu il reste plus rien à abîmer dans nos petits coeurs meurtris !

Sego
04/10/2020 à 18:05

Déceptif?

Kino
04/10/2020 à 17:48

Pfff... Les trois quarts des reproches faites peuvent l'être sur pratiquement les huits épisodes précédents... Si la première trilogie a fait son effet lors de sa sortie, il n'y a pas de quoi non plus crier au chef d'oeuvre. Sûrement la série de films la plus surcôtée du cinéma...

Phillipe
04/10/2020 à 10:54

Très sincèrement, je pense que même la beauté visuelle du film est relative. Parfois car elle est sous-exploitée et d'autres fois parce qu'il y a clairement de l'incompétence ou du laisser-aller derrière. Le film est bourré de faux raccords, de défauts de montage et de plan mal cadré. Il n'est même pas bien fait, à croire que les millions de dollars du budget étaient juste là pour la frime. Rien que la scène d'introduction, où on voit Kylo Ren se battre, a des faux raccords, où sur un plan, on le voit baissé et en train de pointer son sabre vers ses ennemis et le plan d'après, il est debout, en train de se battre. Alors, on pourra me dire que c'est des sauts dans le sauf que le rythme et les découpages nous laisse plusieurs actions entières à d'autres moments. Soit se sont des faux raccords, soit une décision qui n'a pas été clairement prise et où on a fait un compromis mais je n'ai pas vu de professionnel à travers ça.
Et pour les plans mal cadrés, quand Rey voit Kylo Ren à bord du vaisseau (en communiquant avec la force) : le plan où on voit Kylo Ren, il film quoi ? Parce que Kylo Ren est totalement décalé et on a plus l'impression de devoir regarder un truc blanc au milieu, dont on n'a aucune idée de l'utilité.
Bref, j'ai encore BEAUCOUP d'exemples pour dire que se film est mal fait et qu'on a l'impression que les professionnels ont fait appel à des amateurs pour les remplacer. Et oui, il y a pleins de Blockbusters qui ont des défauts de montage et des faux raccords mais là, c'est à peine caché. Même Transformers cache mieux ses problèmes.

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