Star Wars : L'Ascension de Skywalker - une conclusion très, très ratée de la saga ?

La Rédaction | 19 décembre 2019 - MAJ : 20/12/2019 10:29
La Rédaction | 19 décembre 2019 - MAJ : 20/12/2019 10:29

L'Épisode IX est là, et il va forcément déchaîner les passions. On revient en détail sur les raisons d'aimer, et surtout être déçu, avec spoilers.

Après Le Réveil de la Force qui a relancé la machine nostalgique, et Les Derniers Jedi qui nourrit encore des débats fous deux ans après, Star Wars : l'Ascension de Skywalker a la lourde et impossible mission de calmer et réunir tout le monde, tout en clôturant trois trilogies. Autant dire que Kathleen Kennedy, J.J. Abrams et leurs équipes avaient un chantier immense.

Après la critique sans spoilers, et après avoir remis en perspective l'accueil critique des précédentes trilogies, place donc à un avis détaillé avec spoilers, sur ce qui fonctionne, et surtout ne fonctionne pas dans le film. Le meilleur, le pire et le moyen de cette Ascension, c'est par ici.

 

ATTENTION SPOILERS

 

 

LE MEILLEUR

 

C'EST BEAU

Les films de J.J. Abrams ont souvent divisé les spectateurs, mais s’il y a bien quelque chose qu’on ne peut pas enlever au réalisateur, c’est bien son investissement total dans la narration, le soin maniaque avec lequel il s’immerge dans les univers qu’il aborde. Pour contenter des fans plus que sceptiques, le réalisateur a tout donné. L’attention qu’il apporte aux détails de toutes les séquences est assez impressionnant, et d’autant plus réjouissant que rares sont les blockbusters actuels à se donner autant de mal pour incarner un univers.

Il y parvient notamment grâce à son collaborateur de longue date, le très bon chef opérateur Daniel Mindel. Ce dernier retrouve une patine qui évoque les grandes heures du 35mm, nous replonge dans ses teintes chaudes, ses carnations si marquées, et dévoile une palette chromatique affolante. La finesse de l’image, notamment lors de ses scènes les plus sombres (l’introduction par exemple), est vraiment saisissante.

Chaque décor recèle son lot de détails, le bestiaire est varié, les textures envahissent chaque photogramme jusqu’à le saturer. L’univers de Star Wars s’anime et prend vie, alors que les effets spéciaux ne sont quasiment jamais pris en défaut. J.J. Abrams, s’il se montre déficient sitôt que l’action s’emballe, ne se laisse pas abattre lors des multiples dialogues ou scènes d’exposition. Multipliant les angles de vue, variant son découpage, il fait preuve d’une créativité folle pour électriser son récit et soutenir son rythme dément. L'Ascension de Skywalker est souvent très beau. Beau, et organique, comme lors du duel dans les ruines de L’étoile de la Mort, où le son des vagues, la force des embruns, occupent autant la caméra que le formidable décor.

 

photo, Adam DriverC'est beau, mais ça pique

 

QUELQUES SCÈNES MARQUANTES....

Rien que les premières minutes du film imposent une ambiance et une direction artistique saisissantes. Quand Kylo Ren extermine ses adversaires, puis arrive sur Exegol dans un temple sombre frappé par des éclairs, le film est magnifique, et vend du rêve pour la suite. La photo de Daniel Mindel (collaborateur de J.J. Abrams sur Le Réveil de la Force et Star Trek) est belle, soigne les clairs-obscurs, et repose sur une jolie palette de couleurs. Et ce, sans courir après les extrêmes saturés et tape-à-l'oeil, sans craindre le noir et le gris.

De Mission : Impossible 3 à Super 8, J.J. Abrams a démontré son savoir-faire, et sa maîtrise des techniques et outils du cinéma hollywoodien. Hier présenté comme un petit génie, aujourd'hui considéré par certains comme une facette du diable mainstream, il se situe plutôt entre les deux, et le rappelle avec ce Star Wars. Rien que la grande scène tant teasée, où Rey et Kylo Ren s'affrontent sur une épave au milieu d'un océan déchaîné, l'illustre : le choix d'un tel cadre confère à ce duel des dimensions homériques, et l'absence de grande musique dramatique montre un désir de ne pas faire dans la facilité attendue.

Il y a donc des moments destinés à être marquants dans cet Épisode IX. Sauf que...

 

photo, Adam Driver, Daisy RidleyUne très belle scène... qui ne mène pas à grand-chose

LE MOYEN

 

... MAIS MAL EXPLOITÉES

... sauf que ces scènes sont rarement à la hauteur en termes d'enjeux, rythme et impact. Le duel sur l'épave frappée par les vagues est aussi beau que décevant, et n'est clairement pas le grand combat de sabre laser attendu. C'est le parfait exemple des limites de L'Ascension de Skywalker, qui ne parvient à peu près jamais à emballer des moments mythiques, marquants, susceptibles de rejoindre les scènes cultes de la saga.

J.J. Abrams a le budget, les compétences, les acteurs et les talents autour de lui, mais tout semble constamment freiné, empêché par un scénario faible, et une vision absolument pas claire et forte de cette conclusion. Le réalisateur peut arranger et penser la mise en scène autant qu'il veut, il est incapable d'en tirer grand-chose. Jusqu'au grand final, étonnamment facile, calme, où le feu d'artifice final est un pétard mouillé.

Et ce ne sont pas les quelques scènes d'action à droite à gauche (comme la poursuite des Stormtroopers en mode Mad Max : Fury Road avec le désert, les véhicules, les voltiges et même une explosion de couleur) amusantes, mais insignifiantes, qui vont arranger tout ça.

 

photoMad Wars : Fury Stormtrooper

 

LEIA

Si la question de la préparation et improvisation de cette trilogie ne pourra être évitée, il est nécessaire de se souvenir que la mort de Carrie Fisher à la fin du tournage des Derniers Jedi a eu un impact sur cette conclusion. L'équipe a déclaré que Leia devait être centrale dans l'Épisode IX, et c'est logique : Han était le coeur du Réveil de la Force et Luke, des Derniers Jedi. En accord avec la famille (notamment Billie Lourd, sa fille, qui a un petit rôle dans cette trilogie), l'équipe a ainsi rafistolé des scènes coupées de l'Épisode VII, et bricolé autour pour que Leia soit présente et importante dans l'intrigue.

Mais difficile de ne pas être gêné par le résultat. La rigidité de ces scènes est évidente, ce qui réduit les dialogues à quelques échanges vagues et surtout des silences censés être lourds de sens. Le trouble vient du rôle mineur qu'occupe concrètement Carrie Fisher (elle n'a que quelques scènes anodines, et très tôt dans le film), et de l'accent mis sur Leia dans l'intrigue (elle se sacrifie pour sauver Rey, et donc Kylo Ren). J.J. Abrams a utilisé pas mal d'artifices pour assembler tout ça (changer les arrière-plans, vieillir un peu son allure), notamment en tournant la mort du personnage dans l'obscurité, pour que la silhouette seulement se dessine.

Et si le désir de rendre justice au personnage au lieu de par exemple la laisser disparue dans une ellipse, est louable, le film a bien du mal à s'en sortir. Qu'un flashback explique qu'elle a été formée par Luke pour être une Jedi, et ainsi entraîner Rey, rend tout ça encore plus frustrant et triste.

 

photo, Carrie FisherAdieu, éternelle princesse

 

UN PREMIER-DERNIER ORDRE TOUJOURS FADE

Le Premier Ordre n’a jamais réussi à exister. Assimilé visuellement à l’Empire dès Le Réveil de la Force, il n’en est qu’un écho, qui manque de caractère, de sens, ou d’un projet propre. Et si le Général Hux est un rôle secondaire comique assez efficacement écrit, ses élans de ridicule interdisent de prendre ses troupes au sérieux. Et ce n’est pas le destin expéditif du Capitaine Phasma dans les deux épisodes précédents qui aura fait penser le contraire ni celui du Suprême Balourd Snoke.

Par conséquent, avec ses airs de reboot non-assumé, L'Ascension de Skywalker achève de flinguer le Premier Ordre, d’abord noyé dans les troupes de l’Empereur, puis assimilé au Dernier Ordre. Ce dernier n’étant qu’un recyclage massif de vieux Destroyers spatiaux, on aura bien du mal à lui trouver quoi que ce soit de spécial. Les forces du côté obscur souffrent donc bien de la confusion et des ténèbres où le scénario les jette, empêchant de distinguer leurs objectifs ou leurs contours.

Dans ce contexte on attendait beaucoup des Chevaliers de Ren. Ils ont le mérite de permettre à Kylo d’utiliser la Force de manière rigolote, de varier son style de combat et de nous donner la seule scène de baston valable de ce chapitre. Mais pour le reste, il s’agit d’une troupe scénaristiquement inutile (ils pourraient être remplacés par des troopers classiques sans que cela change quoi que ce soit), au look de groupe de métal finnois, aux styles outrés, jamais justifiés par aucun élément mythologique, qui fait d'eux l'équivalent spatial des survivants de la mouvance émo.

 

photoLes Chevaliers de Rien

 

FINN

Dire qu'il était le premier visage dévoilé dans le premier teaser du retour de Star Wars, avec Le Réveil de la Force. Trois films après, le personnage de John Boyega est sans nul doute le plus faible du trio. Alors que Rey l'héroïne est évidemment restée au premier plan, et que Poe a gagné une dimension moins niaise avec son côté tête brûlée confronté à son orgueil et son destin de leader dans cette conclusion, Finn, lui, tourne en rond.

Son passé de Stormtrooper en faisait pourtant un personnage unique au premier abord, et la haine de Captain Phasma à son égard promettait une revanche du passé, et un arc qui allait le ramener à ses origines et sa rébellion. Sauf que Les Derniers Jedi a évacué tout ça très vite, sans aucune satisfaction, tout en offrant à Finn une romance bien niaise avec Rose. Dans L'Ascension, Rose est dégagée et Finn rencontre Jannah, pour vivre une version alternative de sa petite aventure solo sentimentale. La preuve flagrante du manque de vision sur ce personnage.

Et ce n'est pas en lui offrant un ultime moment de bravoure, une pseudo complicité avec l'héroïne (mais que voulait-il dire à Rey bon sang ?), deux répliques sur un "feeling" lié à la Force, et une place de co-leader avec Poe, qu'il a pu gagné une quelconque dimension. Finn pourrait quasiment être retiré de cet Épisode IX sans que ça ne change grand-chose, à l'image de sa tentative de venir en aide à Rey sur Endor... avant qu'elle ne le jette et continue sa vie.

 

photo, John BoyegaQuelqu'un a pensé à l'abandonner dans le désert sinon ?

 

HUX

L’Ascension de Skywalker restera comme la véritable Marvelisation de Disney. Alors que les deux précédentes trilogies, et même Les Derniers Jedi, ne redoutaient pas une vraie ambition tragique, et savaient que pour donner de l’impact à un récit ambitieux, il fallait lui permettre de mettre ses personnages en danger, la conclusion a pris une position contraire. Alors que le script nous vend les morts de Chewie et celle d’une amie de longue date de Poe, introduite dans l’Eisode 9. Mais ces deux éléments se révéleront de stupides hameçons émotionnels, quand ils auraient permis de donner du sens et du poids aux actes des héros.

Hux est pour ainsi dire le seul membre de l’aventure à connaître un destin funeste. Veule traître à l’Empire, il se fait bien sûr griller et exécuter sur-le-champ, par le dévot général Pryde. La scène, à la fois comique et assez surprenante, offre à un personnage imparfait, parfois peu crédible, un des rares destins surprenants et surtout à la hauteur des enjeux, où chacun joue pour assurer sa survie.

Il doit énormément à son interprète, qui transcende souvent une partition assez médiocre. Domhnall Gleeson distille dans son jeu un mélange de veulerie, de bassesse et de détestation de lui-même qui en fait un adversaire paradoxal, et étonnamment touchant, malgré l'écriture volontiers caricaturale de sa personnalité.

 

Photo Domhnall GleesonLe général Starsky et Hux

 

DE NOUVEAUX PERSONNAGES INUTILES

Keri Russell est une excellente actrice, et Zorii Bliss a un certain style, tendance Mandalorien. Naomi Ackie est inconnue, mais se défend bien pour exister dans le blockbuster, et Jannah a elle aussi fière allure sur sa monture alien. Mais Star Wars avait-il besoin de créer de nouveaux personnages, dans un dernier mouvement censé conclure, rendre justice et rassembler ?

A priori, non. Surtout vu ce que Zorii et Jannah ont à faire ici. La première est au centre d'une parenthèse dans l'intrigue, et surtout un levier pour creuser le personnage de Poe, afin de lui donner une dimension émotionnelle, un passé, bref l'illusion d'une quelconque profondeur. Qu'elle passe en quelques minutes de l'envie de lui éclater la cervelle à un sacrifice pour lui offrir son ticket de sortie si précieux, témoigne de la vitesse absurde à laquelle tout est traité ici. C'est d'autant plus flagrant que l'allure de cette Zorii a été très (trop) soignée, qu'elle a tout d'une combattante hors pair, et que ses yeux ne sont montrés qu'une fois, en faisant un personnage très intrigant.

Jannah, elle, se contente de suivre les héros, comme une Rose-bis collée à Finn. Là encore, elle peut être retirée du film sans aucune conséquence réelle. Sauf la petite gêne face à son échange avec Lando, qui ressemble soit à une étrange drague post-victoire, ou le lancement d'un spin-off que PERSONNE ne veut voir où le vieux emmène la jeune sur les traces de son passé.

Au-delà de ces deux personnages, le petit réparateur Babu Frik est un autre exemple de babiole numérique pas indispensable. Alors que Maz Kanata (avec Lupita Nyong'o en performance capture, ce n'est pas rien) est figurante depuis le début et n'a RIEN à faire, le film amène un autre alien, qui aura trois lignes de dialogue et une apparition dans le combat final pour soutirer un rire.

 

photo, Keri RussellLa classe ne suffit pas



LE PIRE

LE RAFISTOLAGE DE L'INTRIGUE

Si les vraies questions au centre de cette trilogie (les parents de Rey, la trajectoire de Kylo Ren, la valeur Skywalker du titre) sont traitées, c'est après que le film ait ouvert et refermé quantité de petites portes pour occuper l'espace. Palpatine le retour du clone-machine-machin, Exegol la planète QG des Siths, et le bidule pour trouver son emplacement sont au centre du film, et ressemblent à des jokers sortis des manches des scénaristes.  Rien n'avait préparé tout ça, et le texte d'introduction se retrouve d'ailleurs à lourdement réintroduire l'Empereur, pour donner l'impression que ce n'est pas sorti de nulle part et que oui, bien sûr, tout était là depuis le début dans cette trilogie. Même Luke et Leia savaient, la preuve ils l'affirment ici.

Au lieu d'embrasser les enjeux déjà en place, Star Wars : l'Ascension de Skywalker préfère lancer de nouveaux axes, quitte à artificiellement remplir, ralentir, relancer et rhabiller l'univers. Quitte aussi à rétropédaler sur quelques éléments.

Snoke a beau avoir été tué, laissant place à l'affrontement entre Rey et Kylo Ren, Palpatine débarque pour reprendre le rôle de l'homme dans l'ombre, susceptible de réunir ou diviser les deux personnages.

 

photo, Daisy Ridley"Je t'assure, je sais où on va"

 

DÉFAIRE LES DERNIERS JEDI ?

On l’a évoqué dans plusieurs parties ci-dessus, mais il faut ici rassembler ces données pour leur conférer une cohérence. Une grande partie des choix hasardeux ou aberrants opérés dans l'Ascension de Skywalker ne répond à aucune autre exigence qu’un cahier des charges navrant : défaire tout ce que mettait en place Les Derniers Jedi. De la romance de Finn en passant par la Force à nouveau pensée comme une lignée quasi-aristocratique, tout est passé à la moulinette pour être repensé, dénoué, oblitéré, écrasé.

Cette orientation stérile est incarnée dans une séquence pensée comme un gros bisou aux fans toxiques de la marque, et un doigt d’honneur au travail de Rian Johnson. Il s’agit bien sûr de la scène dans laquelle Luke se renie, et définit l’écriture de son personnage dans le précédent film comme « irrespectueuse ». Ce moment purement méta, pensé comme une soumission au public, plutôt qu’une proposition, est emblématique de tout ce qui se dérègle dans cette conclusion. Ou quand Hollywood confond faire et défaire.

Un film peut-il se passer de satisfaire son public ? Non, bien sûr, mais s’il veut le marquer, le surprendre il doit accepter de prendre des risques, appréhender le fait que sa réception va évoluer dans le temps (nombreux sont les spectateurs qui ont déjà réévalué le film de Rian Johnson) afin de se réserver la possibilité de surprendre et de créer. Car confondre l'expression des fans, leur désir, et la durée de vie de ce dernier, c'est se condamner à transformer son récit en une liste de doléance dénuée de la moindre vie. Sans compter que le premier geste d'écrasement, le retour de Palpatine et l'arrivée de sa super-armada, est aussi celui qui condamne cet Episode 9 à l'incohérence et au ridicule. Comment nous expliquer à présent que tout le monde s'est agité pendant des mois à la suite d'une base Starkiller, puis s'est tapé sur la face dans toute la galaxie, alors qu'en parallèle Palpatine faisait la sieste, assis sur un tas de super-canons dont personne n'a eu l'idée de se servir ?

 

photoBon bah on va remettre le masque hein

 

PALPATINE

Cruel destin que celui de Palpatine. Terrifiante figure du Mal dans la trilogie originale, devenu un politicien à peu près aussi subtil que François Hollande dans la prélogie, il est ici transformé en gelée de placenta diabolique, accroché à un bras mécanique, et riant grassement sitôt qu’il énonce son diabolique plan tout pété. Le film aimerait le traiter comme un monstre ultime, une créature horrifique, mais son arrivée est si absurde, contraire à tout ce qui a précédé, qu’il en perd beaucoup d’impact, et la seule dimension envisageable pour lui donner un semblant de réalité eût été d’incarner un peu ce mystérieux concept de « clones », évoqué par une réplique et un unique plan.

Mais non, on verra à peine cet antagoniste supposé conclure la plus grande saga contemporaine. On ne comprendra jamais la nature de son plan, ni pourquoi il le dévoile si tardivement, comme on ne comprend pas pourquoi il ne tente pas de sécuriser son lien avec Kylo en l’informant de son plan. Et enfin, pourquoi ramener ce vieux méchant fatigué, s’il n’a même pas droit à un combat final digne de ce nom. Un coup de jus et puis s’en va, soit le climax le plus déceptif de toute la franchise, et sans doute l’affrontement le plus expéditif. On le comprend, Palpatine n’a d’autre justification qu’une piteuse excuse thématique, visant à créer une cohérence artificielle entre 3 trilogies conçues pour des publics radicalement différents. Le procédé est grossier, sa réussite inexistante.

On aurait bien voulu en découvrir un peu plus sur son gros bocal à Snokes. Comprendre qui sont les fans en pyjama qui se pressent autour de lui. Ou même paner quelque chose à son plan, savoir d'où il tire cette puissance si phénoménale qu'il n'a jamais jugé bon de l'utiliser. Bref, Palpatine prétend être toujours parmi nous, mais il n'est qu'un fantôme de plus une silhouette morne, hantant un film sur le point de s'écrouler.

 

photo"I'll be back !"

 

DES HÉROS INTOUCHABLES

L'idée de voir Chewbacca accidentellement tué par Rey, qui découvre l'étendue de ses pouvoirs, est aussi intéressante que forte à bien des niveaux. Sauf que Chewwie n'est pas mort. L'idée de voir Rey tuer Kylo Ren, plus ou moins grâce à Leia et avant le climax, est intéressante. Sauf qu'elle le sauve avec la Force juste après. L'idée que la Résistance prenne une sévère trempe avant l'assaut final contre les Destroyers, est intéressante. Sauf qu'aucun personnage réellement identifié n'y passe.

L'aventure ressemble donc à une promenade de santé pour tout ce petit monde, qui échappe trop de fois aux dangers les plus énormes pour ne pas ressembler à des super-héros protégés par la Force du Saint-Esprit des scénaristes flemmards. Que Poe ait le bras égratigné après les tirs de deux douzaines de Stormtoopers myopes, et que Kylo Ren traîne une patte après être tombé dans un ravin des enfers, sont les signes les plus extrêmes du risque.

 

photo, Daisy RidleyPersonne ne meurt dans cette image

 

LE FINAL TROP SIMPLE

L'écriture lourdingue et les enjeux forcés sur la présence évidemment programmée de Palpatine auraient pu passer s'ils avaient été digérés pour donner lieu à un climax grandiose, puissant et épique. Et sur le papier, tout est réuni : dans les airs, la résistance affronte des dizaines de Destroyers et tente de les arrêter avec un plan dangereux, tandis que Rey est au sol face à Palpatine, bientôt appuyée par Kylo Ren qui prouve qu'il a rejoint le bon côté de la Force. Poe mène la résistance en attendant un soutien qui semble de moins en moins possible, Rey et Kylo Ren s'unissent face à l'Empereur bionique, puis l'héroïne l'affronte seule pour l'anéantir en digne représentante de tous les Jedi.

Mais à part quelques plans, comme ceux de ces Siths mystérieux tapis dans l'ombre, ou la vision d'un ciel apocalyptique lorsque Rey semble vaincue, le grand final est bien facile. Le programme attendu d'un climax hollywoodien est respecté, sans éclat de génie, et surtout sans être à la hauteur des enjeux, à savoir conclure trois trilogies, et marquer un grand coup dans la mythologie.

Là encore, tout semble traité trop vite, rehaussé par quelques coups artificiels (le moment de bravoure de Finn pour créer l'illusion d'un sacrifice, la disparition de Kylo Ren dans un ravin, les voix lointaines des Jedi connus...). L'arrivée de tous ces vaisseaux pour aider la Résistance est peut-être le moment le plus fort de ce final, mais il n'a rien d'inédit ou de surprenant.

 

photo, Daisy RidleyLe réalisateur rencontre les boss de Disney et Lucasfilm

 

LE MANQUE D'ÉMOTION

La trilogie originale achevait chacun de ses chapitres sur un raz-de-marée émotionnel. La prélogie eut du mal à réitérer l’exploit, mais une partie des spectateurs a bien été bouleversée par l’affrontement entre Obi-Wan et Anakin. En la matière, L'Ascension de Skywalker est plus que chiche. Tout simplement parce que le film a choisi de quasi-rebooter sa trilogie, jetant aux toilettes les acquis des deux précédents segments, se retrouve dès lors obligé de narrer son récit sur un rythme infernal, qui interdit totalement l’émotion.

Nos héros apprennent que Chewie a été grillé vif puis écrasé sous des tonnes de métal en fusion par la colère de Rey ? La caméra ne s’attarde même pas sur leur réaction. Chewie, ressuscité par la magie Disney, apprend que la Princesse Leïa a avalé son bulletin de naissance ? Il sera relégué à l’arrière-plan, et c’est à peine si on aperçoit Poe plisser les yeux.

Et il en va ainsi de tous les évènements possiblement porteurs d’émotion. Pire, lors de son climax, J.J. Abrams veut nous arracher des larmes à coups de pelle, quand il transforme Kylo en Prince charmant et Rey en Padawan au bois dormant, mais le procédé est bien trop mécanique, et sa dimension dramatique si épaisse (oubliez Marion Cotillard et son décès gargouillant dans The Dark Knight Rises).  Bref, les seules larmes qui vous attendent sont des larmes de frustration.

 

Star Wars"ça en fait des larmes de fans"

 

ROSE ET JANNAH

Que Rose, personnage ô combien critiqué des Derniers Jedi, soit reléguée au troisième plan et quasi-figurante dans cet épisode, n'est pas un problème. Son rôle dans le précédent opus n'était pas une franche réussite, puisqu'elle était motrice d'une sous-intrigue faiblarde sur Canto Bight et d'une scène légèrement ridicule dans le climax. Que sa romance forcée avec Finn soit oubliée, pourquoi pas. Mais que le film amène un nouveau personnage féminin pour quasiment reprendre ce rôle, ressemble presque à une blague.

 

photo, Kelly Marie TranComment ça je sers à rien et je peux partir plus tôt ?

 

Incarnée par Naomi Ackie, Jannah vit sur Endor, où elle aide les héros à trouver la carcasse de l'Etoile de la mort. Et elle noue vite un lien intime avec Finn, notamment lorsqu'ils partagent leur expérience commune de Stormtrooper enrôlé par le Premier Ordre, avant de se rebeller. Comme Rose, elle partage une connexion avec Finn. Comme Rose, elle l'aide dans une mission risquée et passe à deux doigts de la mort dans le climax. Comme Rose, elle semble finalement trouver une place parmi les résistants. Et comme Rose, elle a une caractérisation trop en surface, pour réellement intéresser.

Dans un film qui introduit de nouveaux personnages, ramène d'anciens personnages, tente de clore bien des intrigues et donner du sens à tout ça, créer un nouveau personnage au lieu de creuser un préexistant, a tout d'une mauvaise décision. Ou d'un désir un peu stérile d'écraser Les Derniers Jedi (Kelly Marie Tran est tellement inutile qu'elle a une place proche de Billie Lourd ici), et faire sa propre version de "Finn a une vie indépendante et des émotions".

 

photo, Naomi AckiePersonnage oubliable numéro 12

 

LUKE, HAN, LANDO

Le Réveil de la Force et Les Derniers Jedi avaient organisé la passation entre les générations, les deux films annonçant que les gardiens du temple devaient disparaître ou se sacrifier pour permettre aux nouvelles générations de s’emparer de leur destin et de ré-enchanter un vieux monde engoncé dans des mythes épuisés. Manque de pot, L’Ascension de Skywalker abandonne ce positionnement et préfère au contraire statufier ses héros d’hier, en rappelant le plus grand nombre à la barre.

Évidemment, le scénario ne peut pas grand-chose contre le décès de Carrie Fisher, accordant à Leïa un repos bien mérité. Luke ne peut pas en dire autant, lui qui nous revient comme un vieux reflux gastrique, pimpé au gloss bleu, avec un brushing tout neuf et un sourire bright totalement contradictoire avec le film précédent. Il est moins pathétique que Han Solo, dont l’interprète semble avoir bien du mal à supporter le poids de sa propre perruque, le temps d’une scène qui ne peut que rejouer la confrontation entre Driver et Ford, au ralenti.

Mais la palme de l’embarras revient sans doute à ce malheureux Lando Calrissian, convoqué pour jouer les Pépé Malin de l’espace, moustache dégarnie et œil de satyre en prime. Le pauvre ne se contente pas seulement de faire perdre du temps à l’intrigue générale, il doit en plus se fader une conclusion absconse avec Jannah, qui a de faux airs de teaser de série Disney+. Voir ces vieux de la vieille s'accrocher à univers qui n'a plus besoin d'eux et dont on sent qu'ils attendent d'être débarrassés (Ford semble à deux doigts de se jeter à la flotte pour s'assurer qu'on ne fasse plus jamais appel à lui), a quelque chose d'infiniment déprimant.

 

photo, Billy Dee WilliamsNon, ce n'est pas un hommage à Shining

 

Pour retrouver notre critique de Star Wars 9, c'est par ici.

Notre dossier en défense des Derniers Jedi, c'est de ce côté.

 

Affiche française

commentaires

Ced
16/04/2020 à 02:41

Je suis un fan de la première heure de la saga. Celà fait 35ans que j'ai vu mon premier épisode et lorsque la 2eme trilogie est sortie au cinéma, j'ai vu chaque opus 3 fois consécutivement !!!
Ce dernier film est techniquement et decorativement bien finit MAIS il manque 1 bonne heure de temps pour développer tous les problèmes liés au scénario ! Du coup IL EST À CHIER ! J'en ai les larmes aux yeux et Georges Lucas aussi j'imagine !

Math39
20/03/2020 à 12:00

Je pourrais disserter des heures sur le sujet mais je vais essayer de me focaliser sur l'essentiel:
J'aime beaucoup Starwars mais je ne me décrirais pas comme un fan.
J'ai regretté le manque d'originalité de l'épisode VII
Je n'ai pas aimé l'épisode VIII
J'ai adoré l'épisode IX
Vous reprochez à l'épisode IX de piétiner l'épisode VIII; c'est oublier que l'épisode VIII a fait la même chose avec l'épisode VII.
Je ne me considère pas comme un fan, encore moins comme un fan toxique, et pourtant cette scène que vous décriez ou Luke demande plus de respect, elle m'a mis le sourire jusqu'aux oreilles car j'ai absolument détesté la façon dont Rian Johnson a piétiné (le mot est faible) la tension dramatique qu'avait créé JJ à la fin de l'épisode VII.
Certains des arguments présentés me paraissent malhonnêtes, comme par exemple les reproches fait au personnage de Léïa: l'actrice est morte... Alors c'est bien beau de critiquer mais comment fallait-il s'y prendre? C'est un peu facile d'attaquer le film là-dessus. Je trouve au contraire qu'ils s'en sont plutôt bien sortis (la scène de l'entraînement avec Luke, j'ai trouvé ça génial).
Donc au final, ce dernier épisode m'a beaucoup plus. Je regrette juste un certain manque d'originalité de cette nouvelle trilogie qui nous a quand même resservi un peu la même sauce que la trilogie originale.
Je n'ose imaginer la cohérence de l'ensemble si Colin Trevorrow était rester aux manettes de l'épisode IX...
Merci JJ!

Azzurrini
12/01/2020 à 22:15

Très bonne analyse/critique en général.
Le film est visuelement beau, il y a de l'humour entre poe, finn et rey, ou encore avec la réinitialisation de c3po.
Mais effectivement l'épisode 9 annule le 8, exit snoke, exit l'amertume de Luke envers les Jedi, come back palpatine si fort et si liquide à la fois...
Et puis trop de personnages secondaires sans intérêt ou pas bien amené. .. et et et encore des droides ! Sérieusement r2d2 et c3po n'ont plus d'utilité.

Question : il y avait vraiment besoin de cette 3ème trilogie ? L'épisode 6 me va très bien en solde de tout compte.

Diestadt
12/01/2020 à 18:37

Certainement la meilleure analyse que j'ai pu lire. Merci à vous pour ce travail d'écriture juste et tempéré..Pourquoi disney ne vous a pas montré le film avant de le commercialiser ? On est au milliard de recette pour un film fade et sans âme....avec un scénario on triplait le box office....

Tintin
11/01/2020 à 13:59

Excellent commentaire d'écran large...même si la déception et la frustration l'emporte pour ma part pour cette trilogie...( l'épisode 9 étant le plus "mauvais") Pas besoin d'écrire de nouveau scénarios, Disney les avaient dans les doigts avec les romans de T.Zhan. Pour une nouvelle trilogie, il fallait se donner du temps pour obtenir une histoire avec du sens. ( et confier cette trilogie en intégralité à JJ Abrams..Snoke avait un rôle plus crucial pour ce réalisateur).. Alors oui c'est beau, c'est du blockbuster plein d'action, d'images magnifiques mais au service d'un scénario très superficiel...quant au retour de Palpatine sous perfusion dans sa maison de retraite..pfff. Le film part dans tous les sens sans vraiment , des personnages inutiles..il y avait de quoi et bien faire ..c'est à côté du sujet et largement

Kylo Rey
10/01/2020 à 20:40

La meilleure critique que j'ai jamais lue, d'accord à 100% avec chaque mot.

Kay1
27/12/2019 à 13:41

Je l’ai enfin vu au cinéma , je n’attendais rien , et j’avais déjà été spoilé. Mais bizarrement j’ai bien aimé. Attention c’est un mauvais film bourrée d’incohérences, mais je pense que JJ Abrams a tenté de faire son possible pour corriger les erreurs du 8 , et essaye malgré tout d’introduire une continuité.

Les bons points
_ Kylo Ren qui en impose enfin , c'était le gros problème des films précédents, Kylo et son comportement d’enfant me prenait la tête . Ici il ressemble bien plus à la figure imposante qu’il aurait du être depuis le début .
_Finn : John Boyega est un sacré acteur , il n’a pas grand chose à dire ni à faire , mais il le fait bien .
_L’action qui ressemble enfin à du Star Wars , on se faisait pas mal chier dans les deux précédents films , là on a une multitude des bonnes scènes d’actions ( pas génial non plus , mais assez pour que je ne m’endorme pas comme sur le 8)
_La direction artistique avec une photographie magnifique, on pourra pas reprocher à JJ d’avoir voulu en mettre plein les mirettes .
_Luke qui revient et qu’il explique à Rey qu’il avait tort ( cette scène montre un certain respect de ce qu’a fait son prédécesseur je trouve )

Le mauvais
_ Palpatine : Son plan est contradictoire vis a vis de la base Starkiller . Introduit comme un cheveu dans le soupe , il n’y a pas d’explication à sa survie . Mais ce défaut tient plus de la mort de Snoke tué dans le 8 pour le grand plaisir de Rian Johnson ( et notre malheur). Il fallait un méchant emblématique mais impossible d’en créer pour conclure une trilogie .
_ La force est complement cheaté dans ce film . Bon il y’a certaines prises de risques intéressantes mais on dépasse son cadre pour se retrouver dans Naruto ( JJ inspiré par les jeux vidéos et Naruto pour le 9 )
_Snoke et l’explication torchée
_Leia aurait du mourir dans le 8 vu son inutilité
_Les fausses morts : c’est ce que déteste le plus . La mort de Chewbacca avait l’air prévue, mais on voit directement que le film a été remonté avec les scènes suivantes pour justifier une péripétie inutile . Un peu le syndrome du film précédent.

Bref des gros défauts rattrapés par une bonne mise en scène, le meilleur des trois films, mais cette trilogie n’est pas canon pour moi .

Slade
27/12/2019 à 07:16

Quitte à en faire un film d’aventure sans aucun complexe quant à ses twists narratifs sans aucun fondement et l’invincibilité de ses héros, ils auraient du y aller bien plus à fond. D’accord avec vous: nous ne sommes même pas rassasiés par ce grand huit finalement et étrangement bien dénué d’émotion qui en loupe toutes les opportunités (ils aurait pu et auraient dû, vu qu’on est à fond dans la surenchère de toute façon, nous ramener Qui Gon, Obi Wan, Mace, Yoda, etc..pour le grand combat final qui aurait dû durer 10min). En fin de compte je trouve le film pas assez debile pour être satisfaisant. Juste débile. C’est con ;) Et en effet Lando, punaise...est très dérangeant.

Eléonore
26/12/2019 à 12:19

D'accord avec toi Poppie, ton commentaire est très lucide !! J'en ai marre des ouin ouin aussi lol !!
Néanmoins, même si j'ai aimé cette nouvelle trilogie aussi, je ne suis pas en désaccord avec certaines critiques, surtout l'impression que JJ Abrams se l'est joué vieux rageux qd il a re récupéré le bébé pour le 9. Je trouve dommage qu'il n'est pas suivi certaines idées de Johnson.
Et je suis déçue que Finn ait été mis de côté comme ça, alors que c'était un bon personnage.

Mais sinon oui, faut arrêter de chouiner et accepter qu'aucun film et surtout aucune suite ne peut plaire à tout le monde !

Poppie
25/12/2019 à 23:37

J'ai adoré la nouvelle trilogie. Je suis un fan de la 1ère heure.
Comme d habitude je vois des critiques s'arracher les cheveux sur starwars.
M'enfin, chaque film starwars est conçu et à toujours été conçu en blockbuster.
Je rappelle que Lucas à été autant critiqué que Disney sur sa prélogie.
Tous les épisodes contiennent beaucoup de choses inutiles et chaque épisode contient son lot de n'importe quoi : remise de médailles kitsch, ewoks, mitochondries, jar jar Binks, un roi crapaud tout vert, des chevaliers jedis transformés en ardents défenseurs de la première heure de l'empire dans l'épisode 2 avant d'être zigouillés dans l'épisode 3, des jedis sans aucune force car incapable de découvrir que Palpatine est un sith etc.

Je pense que Lucas n'aurait pas fait mieux si on est un minimum lucide et objectif.
Starwars est un divertissement et un spectacle. C'est tout.
Arrêtons d'attendre de starwars ce qu'il ne sera jamais c'est à dire un film de réflexion profond ou un chef d'oeuvre du 7ème art.

J'ai adoré le 9 ....

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