Joker : 5 preuves que le film s'est bien inspiré des comics

Arnold Petit | 12 octobre 2019
Arnold Petit | 12 octobre 2019

Le film de Todd Phillips (dont vous pouvez lire notre critique ici) donne une nouvelle origine au Clown Prince du Crime, mais son histoire puise également son inspiration dans certains comics cultes.

Joker a beau être une adaptation de comics différente des autres, qui existe en dehors du DCEU, elle n'en reste pas moins connectée à l'univers du Chevalier Noir. Le film de Todd Phillips comporte avant tout un tas d'hommages et de références à certaines œuvres du cinéma des années 70, comme Taxi Driver ou La Valse des pantins, et ne se rapproche pas autant de l'esprit DC Comics que la plupart des films de super-héros.

Dans une interview à Empire, le réalisateur avait déclaré n'avoir « rien emprunté aux comics et écrit sa propre version de l'origine d'un type comme le Joker ». Mais quand on regarde de plus près, on peut quand même noter des influences notables, dont certaines proviennent des comics les plus cultes autour du Joker et du monde de Batman.

ATTENTION, SPOILERS !

 

photoDr. Fleck et Mister Joker

 

L'HUMORISTE QUI DEVIENT FOU

Dans Joker, Arthur Fleck (Joaquin Phoenix) est un comédien de stand-up raté qui travaille en tant que clown de rue pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa mère, Penny (Frances Conroy) avec qui il vit dans un appartement miteux. Méprisé par la société et humilié par les autres, il bascule petit à petit dans la folie après avoir vécu une série d’événements tragiques, jusqu’à finalement devenir le Joker, un tueur psychotique qui sera érigé en héros par une ville de Gotham en proie à la misère et au désespoir.

 

photo, Frances Conroy, Joaquin PhoenixUn fils qui prend bien soin de sa môman

 

Une histoire qui comporte des similitudes avec The Killing Joke d’Alan Moore et Brian Bolland, un comics culte publié en 1988 dans lequel on apprend que Le Joker était un assistant-laborantin qui a tout plaqué pour poursuivre une carrière d’humoriste, convaincu d’avoir du talent, et qui vivait avec sa femme enceinte dans un immeuble misérable « qui pue le vieux et la pisse de chat ».

Après avoir échoué lamentablement sur les planches et pour essayer de joindre les deux bouts, il accepte peu judicieusement d’aider une bande de mafieux dans un coup qui vise une fabrique de cartes à jouer et qui nécessite de passer par l’ancienne usine dans laquelle il travaillait.

 

photoLa Fête à la maison

 

Rien ne va se passer comme prévu. La veille du casse, la police lui rend visite pour lui apprendre que sa femme est morte dans un incendie. Les voyous s’en fichent et notre comédien raté se retrouve obligé de prendre part au plan. Alors que les trois criminels approchent de l’usine chimique, la police les surprend et commence à tirer sur tout ce qui bouge. Batman débarque et, en essayant de l’arrêter, le contraint en fait à sauter dans un bassin de produits chimiques pour s’échapper. Lorsqu’il ressort, ses cheveux sont devenus verts, son teint a pris une couleur pâle… le Joker est né.

 

photoUne page devenue culte 


Deux origines avec des éléments similaires, comme la carrière de comédien qu’entreprennent Arthur et le personnage de The Killing Joke, qui vivent tous les deux dans la misère, le premier avec sa mère, le deuxième avec sa femme. Lorsqu’Arthur déclare à Sophie (Zazie Beetz) qu’il a « passé une mauvaise journée », ces paroles font écho au comics d’Alan Moore et Brian Bolland où le Joker cherche à montrer en torturant le commissaire Gordon que même le plus équilibré des hommes peut devenir aussi fou que lui en l’espace d’une journée.

 

photoLa folie, un concept relatif selon le Joker

 

LE JOKER DANS UN TALK-SHOW

Depuis toujours, le Joker adore se mettre en scène et ses premières apparitions sont toujours marquantes et se font en grande pompe, à l’image de l’épisode Joyeux Noël Batman dans la série animée de 1992 ou de The Dark Knight de Christopher Nolan. Souvent à la télévision et devant le plus large public possible.

 

photoLe calme avant la tempête

 

Dans le film de Todd Phillips, Arthur fait sa première apparition en tant que Joker dans l’émission de Murray Franklin (Robert De Niro), qui espère se moquer de lui comme il l’a déjà fait quelques jours plus tôt. Désormais habité par son personnage et convaincu qu’il n’a plus rien à perdre, Arthur fait une entrée charismatique sur le plateau avec une petite danse improvisée avant d’attraper l’autre invitée, le Docteur Sally (Sondra James), et de l’embrasser sur la bouche par surprise.

Après une interview qui tourne court, Arthur avoue finalement être le tueur au masque de clown et, après un monologue fallacieux où il se dépeint comme une espèce de héros du peuple, il conclut sa tirade en faisant exploser la cervelle de Murray en direct à la télévision.

 

photoComme une impression de déjà-vu

 

Cette séquence est sans aucun doute une référence directe au comics culte de Frank Miller, The Dark Knight Returns, et à la partie où le Clown Prince du Crime entame sa tuerie. Après une retraite de 10 ans, Batman est de retour à Gotham, ce qui déclenche aussitôt l’intérêt du Joker, qui obtient sa libération de l’asile d’Arkham et souhaite montrer à tous qu’il est désormais sain d’esprit. Invité dans le « David Endocrine Show » pour prouver sa bonne conduite, le Joker ne va pas mettre longtemps à renouer avec ses vieux démons.

 

photoQuand le public est difficile

 

Après une entrée, là aussi derrière un rideau et avec une cigarette à la main, il commence à donner une interview tranquillement installé dans son fauteuil avant de finalement saisir la Docteur Ruth et de l’embrasser avec du rouge à lèvres empoissonné par sa toxine. Le Joker brise ensuite la nuque du présentateur et tue tout le public avec un calme glaçant.

 

photoUn bisou volé ?

 

LE DEUXIÈME FILS DE THOMAS WAYNE

Si Joker explore les origines de l’homme qui va devenir le Clown Prince du Crime dans un Gotham sinistre et misérable, le film de Todd Phillips nous présente également une version plus sombre et froide de Thomas Wayne que ce qui nous avait été montré auparavant. Adieu le gentil docteur qui sauve son fils au fond du puits, bonjour l’enfoiré d’industriel qui balance des droites.

 

photo, Brett Cullen, Thomas WayneUn vrai papa poule ce Thomas Wayne

 

Arthur Fleck vit avec sa mère âgée, Penny, qui souffre d’une maladie et a développé une obsession pour Thomas Wayne (Brett Cullen), le milliardaire désormais candidat à la mairie de Gotham, pour qui elle a travaillé. Depuis des années, Penny lui envoie des lettres, qui restent sans réponse. Arthur finit par ouvrir l’une d’elles un jour et découvre que sa mère aurait eu une liaison avec Thomas Wayne.

Une relation qui aurait engendré un enfant : Arthur. Après cette découverte, il se rend au Manoir Wayne et fait la rencontre de celui qu’il pense être son demi-frère, Bruce (Dante Pereira-Olson), avant qu’Alfred (Douglas Hodge) ne brise ses rêves. Penny n’aurait en réalité jamais couché avec Thomas Wayne et Arthur serait même adopté. Une information corroborée par le dossier de sa mère, qu’il vole à l’asile d’Arkham.

 

photo, Dante Pereira-Olson, Bruce Wayne« Tu connais le coup de la ficelle et de la porte ? »

 

Cette idée que Thomas Wayne ait eu un autre fils n'est pas nouvelle, puisqu'elle date de 1974. Dans World's Finest, alors qu’il est en train de poursuivre le Tueur au Boomerang (ouais, ouais, sans déconner), Batman apprend que le criminel est en fait… son frère, Thomas Wayne Jr.. Bruce Wayne découvre que ses parents ont eu un autre enfant trois ans avant sa naissance, qui a été percuté par une voiture dans un accident.

Selon le docteur, l’enfant souffrait de séquelles cérébrales, le rendant dangereux, aussi bien pour lui que pour les autres (tiens, tiens…). Thomas et Martha Wayne ont finalement choisi de le faire interner à vie, mais seront tués avant de pouvoir le révéler à Bruce.

 

photoL'histoire du fils caché des Wayne

 

Ce Thomas Wayne Jr. n’est pas le seul dans l’univers de DC Comics. Dans la réalité alternative sur Terre-3 présentée dans JLA : Earth 2 de Grant Morrison et Frank Quitely, Bruce Wayne a été tué avec sa mère et Thomas Wayne est devenu le despotique commissaire de la police de Gotham. Thomas Wayne Jr., tient quant à lui son paternel pour responsable et devient un super-vilain : Owlman.

 

photoUn frère aux antipodes de Batman

 

Dans une autre version, Thomas Wayne Jr. organise lui-même le meurtre de ses parents et de son frère Bruce, avec la complicité d’Alfred. Plus récemment, Scott Snyder et Greg Capullo ont réutilisé cette idée avec le personnage de Lincoln March dans La Cour des Hiboux. Le candidat à la mairie de Gotham s’avère en fait être le frère aîné de Bruce Wayne, lui aussi abandonné plus jeune, qui deviendra ensuite un tueur à la solde de la Cour.

 

photoPas facile d'être un Wayne

 

LA SOCIÉTÉ À L’ORIGINE DE LA FOLIE DU JOKER

La fracture sociale qui frappe Gotham est clairement mise en avant dans Joker et participe à la folie d’Arthur Fleck, notamment lorsque les services sociaux sont fermés les uns après les autres faute de subventions. Il ne peut donc plus recevoir ni sa thérapie ni son traitement médical et commence sa série de meurtres.

Arthur est un homme perturbé, brisé par la société et considéré comme un paria par les autres, qui renaît comme une force chaotique et destructrice et devient malgré lui le symbole d’un mouvement séditieux contre l’élite de Gotham qui vise à tuer les vrais criminels que sont les riches, selon lui.

 

photo, Joaquin PhoenixLe visage d'un soulèvement

 

Ces inégalités sont également au cœur de White Knight et Curse of the White Knight de Sean Murphy dans lesquels Jack Napier, désormais débarrassé de son alter ego criminel a mis fin à une partie de la corruption à Gotham en révélant comment les plus riches ont profité des activités illégales de la ville et se sont enrichis grâce aux dégâts causés par les criminels et Batman. Dans ces comics, de vieux secrets sont dévoilés, dont un qui poursuit la famille Wayne depuis des centaines d’années et qui a même donné naissance au Joker.

 

photoDéjà à l'époque, les Wayne étaient embrigadés dans de sales histoires

 

Nous voici donc arrivés en 1685, où l’on fait la rencontre du général Lafayette Arkham et de Lord Edmond Wayne. Les deux hommes sont en plein combat d’épée au milieu du Manoir Arkham. Le premier, surnommé « Laffy », possède un rire semblable au Joker et commence à prétendre que Gotham est maudite, tandis que l’autre essaie de survivre tant bien que mal aux attaques de son assaillant.

L’ancêtre de Bruce Wayne tient bon et réussit finalement à embrocher son adversaire, avant de l’envoyer au fond d’un puits qui sera son tombeau.

 

photoUn rire qui a survécu pendant des siècles

 

Alors qu’il était en train de s’évader, Jack Napier découvre le corps de Laffy Arkham dans les catacombes de l'asile d'Arkham, ainsi que son journal intime. Les secrets qu’il renfermait à propos de la famille Wayne et de la façon dont les riches exploitaient les pauvres ont commencé à le rendre fou de rage. Des révélations qui l’ont transformé pour toujours et ont finalement conduit à la naissance du Joker.

 

photoDes secrets à propos de la famille Wayne et de Gotham qui seraient à l'origine du Joker

 

UN JOKER PARMI LES AUTRES

Et si Arthur Fleck n’était qu’un Joker parmi tant d’autres ? Un symbole du chaos capable non seulement de pousser quelqu’un à tuer les parents de Bruce Wayne, mais aussi d’engendrer la naissance d’un autre Joker ?

 

Photo Joaquin PhoenixUn dernier regard dans le miroir en tant qu'Arthur Fleck

 

Au cours de la guerre contre Darkseid, dans le numéro 42 de Justice League de Geoff Johns et Jason Fabok, Batman a pu s’asseoir sur la chaise de Mobius, qui permet de voyager à travers le temps et l’espace et d’obtenir la réponse à n’importe quelle question. Bruce Wayne réclame d’abord l’identité de l’homme qui a tué ses parents, puis le nom du Joker.

La chaise de Mobius lui donne bien une réponse, mais que l’on découvre que dans le numéro 50 : il n’y a pas un, mais trois Joker.

 

photoPlus on est de fous, plus on rit

 

Le premier semble être celui qui a massacré Jason Todd à coup de pied-de-biche dans Un deuil dans la famille ; le deuxième, avec son appareil photo, a tout l’aide d’être celui qui a paralysé Barbara Gordon et tourmenté son père dans The Killing Joke ; et enfin, le troisième est sans doute celui qui a mis un point d’honneur à tuer Batman dès son introduction : le Joker de Mascarade.

Depuis 2015, aucun développement n’a été apporté et aucun indice n’a été dévoilé. On sait seulement que Geoff Johns et Jason Fabok sont en train de travailler sur une mini-série en trois volumes sobrement intitulée Three Jokers. Elle sera publiée sous le Black Label de DC Comics à une date encore inconnue.

 

photoUn projet obscur et largement attendu

 

Le Joker de Todd Phillips pourrait donc être un quatrième Clown Prince du Crime, du nom d’Arthur Fleck, qui a sa propre origine au sein de l’univers du Chevalier Noir, avec l’histoire qu’on lui connaît. Si n’importe qui de suffisamment courageux peut porter le costume de Batman, pourquoi n’importe qui de suffisamment fou ne pourrait pas devenir le Joker ?

 

Affiche fr

commentaires

La tour de Ba(by)bel
14/10/2019 à 00:35

Rien à dire. Article bien fourni.
Loin des tâcherons de Nocine qui n'ont sûrement jamais lu les comics de DC,eux qui se pavanent à dire que le film n'a aucun lien avec les one shot de Batman.

En revanche three jokers, à ce que j'ai entendu sera un peu comme ''un deuil dans la famille, c'est à dire que la continuité du récit se calquera sur le bon vouloir des lecteurs selon Jason Fabock le dessinateur. A l'instar de Killing Joke en somme. Ce qui est une mauvaise nouvelle en soi. J'espère me tromper.

Godzi le hardy
13/10/2019 à 02:27

Alors je m'adresse à vous et à Corleone, oui le commentateur.

Sincèrement en temps que grand fans des comics Marvel, DC, du DCEU et du MCU, je dis CHAPEAU les gars. Je dois dire que depuis que DC nous a dis qu'il y aurait 3 jokers, j ai BEAUCOUP BEAUCOUP de mal à accepter ce fait, peut être que je découvrirais ces 3 tomes mais je vois le personnage comme une icône unique, aucun complice au même nom, juste 1 joker. D'ailleurs je tiens à dire que la couverture de black label reprend très bien les 3
designs
les + connus du joker, ce qui n'est pas forcément le cas pour le New 52 et les Rebirths je trouve.

J'ai plutôt vu le Joker de Joaquin Phoenix avoir une suite au sein du DCEU, peut être qu'il n'y aura pas moyen mais au moin ça serai faisable si ça reste dans la mythologie de mon héro de comics préféré ¯\_(ツ)_/¯ Vous m'avez impressionner sur ce coup là, je dois dire aussi que vous remontez dans mon estime :]

AH et dernière chose...arrêtez de voir le film Venom comme étant "mauvais", il y a au moin quelques éléments vu dans les comics sur cette nouvelle version du symbiote, vivement qu'il es un lien avec Spidey du MCU X')

corleone
13/10/2019 à 00:39

Chef d'oeuvre rien à dire. D'une originalité rare pour cette triste époque cinématographique, ceux qui ne sont pas contents n'ont qu'à retourner se pignoler sur Venom.

M1pats
12/10/2019 à 23:49

Dutch Schaefer

Hahaha belle blague, arrêtez la branlette les gars

Fethi
12/10/2019 à 23:06

Article éclairant, merci.

Dutch Schaefer
12/10/2019 à 21:00

BRAVO Ecran Large!!!!!!!
Voilà du vrai boulot!!!!!!
JOKER est LE FILM DE 2019!

Bond
12/10/2019 à 17:12

Merci , très bon article ????

votre commentaire