M’exposer un peu plus au soleil
On avait repéré Rúnar Rúnarsson avec son film Sparrows, coming of age sensible en terres islandaises. La froideur et l’immensité des paysages, filmés avec délicatesse, embrassaient le mal-être de son protagoniste adolescent en pleine crise identitaire. Pour sûr, Rúnarsson sait capturer la beauté de son pays, comme en attestent les premières minutes de When the Light Breaks.
Avec sa photographie aux teintes pastel (obtenues avec un 16mm qui embrasse à merveille les textures des corps et les rares couleurs chaudes de l’environnement), il s’attarde sur un coucher de soleil en bord de plage, alors que se détachent les silhouettes de Una (Elín Hall) et de son amant Diddi (Baldur Einarsson).

Le couple se fait des promesses. Diddi doit quitter son actuelle petite amie, qu’il n’aime plus depuis longtemps. Il n’aura pas le temps de le faire. Au travers d’un travelling envoûtant, mouvement abstrait sur les lumières diffuses d’un tunnel routier, tout bascule. La structure s’écroule, et l’accident fait de nombreux morts, dont Diddi.
De ce concept simple, When the Light Breaks puise son impressionnante pureté. Il est d’abord question d’un traumatisme collectif, que le réalisateur capte avec beaucoup de minutie. Au-delà d’Una, tous les amis de Diddi se retrouvent à l’hôpital, à tournoyer, à s’enlacer, à se rassurer. Le cinéaste observe un tissu social essentiel, une solidarité dans l’adversité qui ne force jamais une dramatisation outrancière.
Cette jeunesse sait s’entourer et se soutenir, afin de mieux ressentir et accepter ce deuil déchirant. Seulement voilà, Klara (Katla Njálsdóttir), la copine de Diddi, se greffe au groupe, empêchant Una de pleinement exprimer son chagrin. Ce non-dit, aussi bouleversant qu’étouffant, est magnifiquement introduit dans la séquence où l’héroïne apprend la terrible nouvelle. Dans ce couloir d’hôpital bondé, la caméra serpente avec elle, presque à contre-courant du reste de la foule, avant de s’arrêter sur son visage. Seule, Una fait face, en même temps que le spectateur, à la violence du contrechamp, qui révèle ses amis en train de pleurer.

Le jour où tout a basculé
Émerge de cette douleur silencieuse un puissant film de performance. C’est bien simple : When the Light Breaks est une œuvre merveilleuse autour du gros plan, échelle dont la valeur et la beauté n’avaient pas paru aussi signifiantes depuis longtemps. L’ensemble est d’ailleurs soutenu par la direction d’acteurs fabuleuse de Rúnar Rúnarsson, qui nous ferait suivre Elín Hall jusqu’au bout du monde.
Inévitablement, l’étau se resserre autour d’Una et de Klara, deux faces d’une même pièce qui se retrouvent prises dans un jeu de miroir fascinant. On pourrait reprocher au cinéaste d’expliciter un peu trop cette dimension métaphorique, mais ses touches de stylisation sont toujours au service de cette souffrance adolescente, qui se définit avant tout par leur langage corporel.

À la fois tendre, charnel et pudique, le long-métrage trouve un équilibre rare pour évoquer les sentiments contradictoires de la perte. Comment retrouver du sens face à l’absurde ? Comment aller de l’avant quand le meilleur est derrière soi ?
On en revient au miroir, au moment où l’obscurité du tunnel laisse apparaître la lumière. When the Light Breaks débute sur un coucher de soleil. Il se termine sur le même motif, et encapsule par ces deux extrémités le passage du temps sur cette journée qui semble pourtant en être déconnecté. Ce plan final s’impose d’ores et déjà comme l’un des plus beaux de l’année, conclusion solaire d’un film bouleversant.

Merci pour la critique. Un cinéma beaucoup trop terre à terre pour moi…
La plupart de ceux qui ont vécu ce genre d’événement savent qu’on ne retourne pas là dedans par plaisir. bien heureux sont ceux qui trouveront du plaisir à aimer des films qui relatent ce genres de tragédies… en live, et sans le 16mm, c’est beaucoup moins poétique.
Mais il en faut pour tous les goûts et certains pourront certainement y trouver une forme d’exutoire à leur peine intérieure.