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Kong : Skull Island – critique à la Kong

Par Simon Riaux
7 mai 2023
MAJ : 16 avril 2024
53 commentaires

Après un fabuleux Godzilla, quelle ne fut pas la surprise du monde entier d’apprendre qu’un univers étendu allait être créé autour de la bestioles et de… King Kong. En voici donc la première extension, Kong : Skull Island.

Affiche

PUTAIN KONG

À bien des égards, Skull Island avait toutes les cartes en mains pour faire de son héros, un des monstres matriciels du cinéma, le nouvel empereur d’Hollywood. Poussé par la volonté du studio d’hybrider cet emblème du cinéma fantastique avec Godzilla, le projet avait donné durant sa promotion de nombreux gages tant de sa volonté de respecter le mythe que de lui accoler l’imagerie bienvenue du Vietnam en général, et d’Apocalypse Now en particulier.

De ces nobles intentions, il reste bien deux ou trois éclats dans le film de Jordan Vogt-Roberts, mais à la manière du funeste Suicide Squad, le gouffre entre l’œuvre qu’on nous a vendue et le produit projeté en salles est abyssal. On appréciera la poignée de plans iconiques que recèle le film, autant d’images travaillées avec soin, composées à la perfection, qui tentent régulièrement de nous faire croire au magnétisme quasi divin exercé par Kong sur la nature environnante.

 

King KongFaut vraiment y retourner ?

 

Mais ces instants fugaces, s’ils constituent une collection de fonds d’écran plutôt plaisants, soulignent cruellement l’incompétence générale qui préside au projet, et ce dès son écriture. C’est bien simple : dans Kong : Skull Island, à peu près tout ce qui peut tourner au vinaigre vire à la piquette cramoisie.

 

Photo Tom HiddlestonAttention au scénario hein

 

KONG ME SOFTLY

Le premier élément problématique n’est autre que Kong lui-même, dont le traitement est incompréhensible. On pouvait regretter que Gareth Edwards dissimule son Godzilla dans le blockbuster éponyme, mais cette démarche suivait une logique, qu’épousait toute la mise en scène du métrage. Ici, Kong a beau apparaître régulièrement, il est renvoyé au rang de figurant de luxe et de deus ex machina grossier.

Puisque sa relation romanesque et fatale avec une femme blonde n’est plus l’ancrage émotionnel du récit, on s’attendait à ce que le scénario lui substitue un autre arc narratif. Mais non, Kong : Skull Island se contente de dérouler la trame déjà vue mille fois d’un régiment de bidasses génériques se baladant en milieu hostile, tandis qu’un singe géant rugit de temps à autre. Ce dernier, désormais totalement dépourvu de sentiments, est renvoyé au même rang que ses adversaires, simili-lézards affamés ou araignées-crabes empaleuses.

 

Photo Jason Mitchell, Shea Whigham, Thomas MannAttention au tonnerre sous les tropiques

 

Non pas que la faune de Kong : Skull Island soit totalement ratée – certaines bébêtes vous arracheront sans mal un rire ou un frisson -, mais une fois encore, le rythme de l’aventure progresse selon une logique totalement incohérente. L’ensemble s’étalant sur moins de deux heures, tout est mené au pas de course et si les scènes d’action sont nombreuses, aucune ne dure plus d’une quarantaine de secondes.

À ce titre, le climax mollasson est particulièrement embarrassant. Obligé de singer la version de 2005 pour trouver une poignée d’idées cinégénique, cet affrontement rachitique où les personnages humains sont réduits au rang de spectateurs – Tom Hiddleston y est littéralement humilié par la caméra de Vogt-Roberts – évoque une scène de transition de Peter Jackson, tant il est expédié sans la plus petite once de créativité.

 

Photo John Goodman« Courir ? Ah non les mecs, c’est pas dans mon contrat ! »

  

L’ODEUR DU KONG AU PETIT MATIN

Et qu’en est-il de la parenté revendiquée jusque dans les affiches de film avec le cinéma du Vietnam et la référence à Apocalypse Now ? Kong : Skull Island se voulait un hommage appuyé au chef-d’œuvre de Francis Ford Coppola, mais la faute à un script goguenard et des personnages écrits sans queue ni tête, il n’en est qu’une parodie grotesque.

Imaginez Martin Sheen qui, remontant le fleuve à la recherche de Kurtz, tomberait sur un Dennis Hopper pétomane à la tête d’un club de retraités fans du Cirque du Soleil, et vous aurez une idée du je-m’en-foutisme absolu avec lequel Warner a traité King Kong et ses ressorts mythiques. Complètement schizophrène, l’écriture tente de marier un humour bouffon (celui-là même qui a gangréné Marvel ces dernières années) et une pluie de répliques badass complètement artificielles.

 

Photo Samuel L. JacksonSamuel L. Jackson n’arrange rien

 

Car pour que des punchlines aussi rances que « la cavalerie, c’est bibi » soient efficaces, il faut qu’elles sortent de la bouche de personnages forts, incarnés par des comédiens investis. Et de ce côté aussi, Kong tient plus de la Fête de la Saucisse que de l’épopée fondatrice. La faute à Samuel L. Jackson et John Goodman, dont la mise en scène ne parvient pas à dissimuler qu’ils passent tout le film assis, à se chatouiller la couenne, tandis que Tom Hiddleston essaie de faire pire qu’Adrien Brody dans Predators, sous les yeux exorbités de Brie Larson, qui fait son possible pour incarner une reporter anti-guerre.

 

PhotoBeaucoup de bruit

 

KONG : DEBILE WAR

Trop superficiel pour proposer une relecture de son icône, pas assez débile et sincère pour provoquer l’amusement et jamais totalement spectaculaire, Kong : Skull Island souffre paradoxalement de sa réussite. Car après une dizaine de minutes de blagues grasses et d’explosions numériques, il apparaît clairement que le film n’est pas tant une aventure qu’une interminable bande-annonce.

 

Photo Tom HiddlestonTommy s’en va-t-en-guerre

 

Doté d’une administration secrète découverte dans Godzilla qui lorgne désormais clairement du côté du SHIELD, repoussant jusque dans sa séquence post-générique la satisfaction du spectateur, Skull Island n’a aucune envie de bouleverser une nouvelle fois les cinéphiles avec une icône première, mais cherche à fidéliser le public qui se rue encore devant les blockbusters super-héroïques.

Et à ce titre, il accomplit sa mission sans encombre. En à peine plus d’une heure quarante, le récit n’ennuie jamais, et se paie ponctuellement le luxe d’offrir une belle image, voire un ricanement, pour qui n’en demande pas trop niveau blagounette. Sorte de toucher rectal effectué avec un indéniable doigté, le film est aussi détestable pour le cinéphile averti et fan des précédentes versions, que doucement supportable pour qui cherche à se rayer la rétine en se limant l’œsophage au pop-corn.

 

Affiche

Rédacteurs :
Résumé

Vendu comme un shot pulp réhaussé d'une goutte d'Apocalypse Now, Kong : Skull Island n'est finalement qu'une parodie grotesque qui lorgne opportunément vers la recette Marvel.

Autres avis
  • Geoffrey Crété

    Hormis quelques amusantes idées et une envie de film d'aventure old school parfois charmante, Kong : Skull Island se résume à un blockbuster sans saveur, sans âme, et sans grande passion.

  • Mathieu Jaborska

    Souffrant forcément de la comparaison avec la version de Peter Jackson et blindé de défauts, ce Kong trouve un équilibre entre premier et second degré parfois franchement fendard, d'autant qu'il est quand même bien généreux. Et juste pour la mort de Shea Whigham...

Tout savoir sur Kong : Skull Island
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Commentaires
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Cassius

Depuis le début des ba je vois juste un bon film d’action bien débile.
C’est le cas apparemment, j’irais le voir.

Arnaud

Votre critique me deprime …. j’avoue que j’esperais vraiment que le film soit bon

Roro

Tout comme Arnaud… J’étais impatience, mais là c’est la douche froide.

Broly

Qu’est ce qui va pas chez Warner? Tous leurs films depuis quelques temps ont un pb d’écriture du scénario, des personnages et dans le rythme de narration. Depuis Interstellar, j’ai plus vu un seul vrai bon film de ce studio( la version longue de BvS est pas mal mais…). J’ai de plus en plus peur que les rumeurs (négatives) sur WonderWoman soient vraies.

Y Boy

Aucune surprise en ce qui me concerne. Une parodie produite avec un cynisme effarant envers le matériau de base. Sa rencontre avec Gros-zilla promet des sommets de lobotomie.
Mais bon, du moment que les spectateurs avalent leur pop-corn sans sourciller… bon appétit à tous !