Sausage Party : Critique toute dure

Simon Riaux | 29 novembre 2016
Simon Riaux | 29 novembre 2016

Depuis que Seth Rogen a annoncé la mise en production de Sausage Party, on surveille cet ovni, parmi les rares films d’animation visant spécifiquement le public adulte et doté d’un synopsis parfaitement hallucinant. Et son succès américain (qui lui vaut de sortir in extremis en salles dans l’Hexagone) n’a pas menti, Saucisse Party est bien le film le plus déjanté de l’année.

 

Saucisse Fumée

Dans un supermarché comme les Etats-Unis en comptent des milliers, une saucisse industrielle et un pain à hot-dog, chacun dans leur emballage, attendent avec impatience le 4 juillet, jour béni où les dieux se précipiteront dans les rayons pour les retirer de leurs vies monotones, et leur permettre de s’enfiler frénétiquement dans l’Au-delà. Mais les malheureux aliments découvrent rapidement qu’en lieu et place d’une éternelle partouze protéinée, c’est à la dévoration qu’ils sont promis.

Difficile de ne pas sentir les effluves de produits stupéfiants qui ont inspiré à Seth Rogen, Evan Goldberg et Jonah Hill cette histoire azimutée, tant les effluves de THC et proto-champignons impriment le moindre photogramme de l’œuvre. Plutôt qu’un film de défonce, Saucisse Party est un film de défoncés, mais de brillants et hilarants défoncés.

 

bande-annonce

 

 

Knacki Boule

Car si le duo Rogen-Goldberg délaisse la réalisation à Greg Tiernan et Conrad Vernon, c’est pour mieux peaufiner un scénario aux petits oignons. En dépit de son point de départ à mi-chemin entre génie transcendantal et connerie toxique, le métrage se paie le luxe d’une écriture au cordeau, dont le rythme impeccable fait progresser l’intrigue dans des voies totalement inattendues tout en enchaînant les gags avec l’insistance d’un entonnoir dans le gosier d’un canard.

Aussi à l'aise dans la vanne que dans la variation des registres, le métrage fait étal d'une science peu commune de la pop culture. On reste parfois scié par la capacité de l'ensemble à jouer au premier degré l'horreur qui étreint une malheureuse carotte sur le point d'être dévorée, avant de basculer sur les dilemmes priapiques d'une saucisse en mal de fornication, poursuivie par un diabolique nécéssaire à toilette intime. Maniant l’humour gras, la référence salace et les hommages à la pop culture avec une réussite rare – vous découvrirez notamment le point commun entre Stephen Hawking et Terminator – le film est non seulement une des comédies les plus outrancières et effrénées de récente mémoire, mais c’est aussi une des plus politiques.

 

Photo

 

 

Extrême Foodisme

Peut-être libérés par la technique de l’animation, ou simplement moins défoncés que d’habitude, Rogen et Goldberg s’attaquent simultanément au consumérisme occidental mais aussi à la démocratie américaine, dans son approche et sa manière d’adresser les croyances de chacun. De manière évidente, les produits du supermarché sont ces citoyens américains, abreuvés de concepts stupides, les menant à leur perte dans la bonne humeur. Et Saucisse Party de déchiqueter joyeusement communautarisme, petites chapelles étriquées, ghettoisations mentales, sexuelles ou politiques.

Saucisse Party se transforme ainsi en œuvre à la fois régressive, euphorisante, punk, mal-élevée et hédoniste, une partie fine numérique follement enthousiasmante. On espérait se tailler une bonne tranche de gras avec messieurs Rogen et Goldberg, mais c’est à une sublimation de nos zygomatiques que le duo est parvenu.

 

bande-annonce

Résumé

Mal-élevé, hilarant et dopé par un discours politique très corrosif, Saucisse Party est à consommer sans modération.

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commentaires

Cervo
29/11/2016 à 14:43

@Dirty Harry

Comme d'habitude, tu as un peu de mal à dissimuler le fond de ta pensée sous un vernis de spiritualité. En choisissant d'ignorer les arguments des autres, ou de les détourner de leur sens.

Qui t'as dit que la seule valeur du film était son ton libertaire en matière de sexualité ?
Personne.

Le film ne traite-t-il que de ce sujet ?
Aucunement.

Tu ne cours pas derrière un diplome de tolérance ? Mouais, personne ici j'ai l'impression.

Ce qui est marrant avec toi c'est que tu rappelles, sous des airs de pertinence que la tolérance molle, c'est un relativisme dangereux. C'est vrai. Le souci, c'est, curieusement, que cela te conforte toujours dans des prises de positions très claires : pro-catho, pro-tradi, pro-conservateur, pro-hétéro.
C'est étonnant dis donc.

Ah et puis dans le genre de réflexes merdeux issus tout droit de vieux cathéchismes psychotiques, le : "assouvir ses désirs ramène à l'animalité", en plus de ne reposer sur rien, c'est accoler à ton "prochain" un jugement moral plutôt hideux.

Ah oui, mais j'oubliais, tu as une âme, toi.

Stivostine
29/11/2016 à 14:25

film dispo en french canadien HD sur le net donc sans la voix dhanouna

Hasgarn
29/11/2016 à 13:49

@ Pseudo : c'est peut être parce que ce sont de bons films.
On ne va pas pleurer d'avoir de bons films à aller voir, m'enfin !?!

Dirty Harry
29/11/2016 à 13:37

@ Folk : pas sur que Néron, l'Empereur Claude ou bien le Duc D'Orléans avaient du mal à trouver leur satisfaction...(encore une fois la classe sociale est un critère hors de toute orientation sexuelle) et tout voir sous l'angle de l'immense dilatation à obtenir dans sa vie terrestre conduit bien au contraire à plus de frustrations et de soumission à des déterminismes relevant de l'animalité (après libre à vous de vous réduire à une condition de bonobo).
Sinon je ne suis pas né il y a 30 000 ans même si j'aime bien Highlander et je ne cours pas derrière un diplôme de tolérance : je laisse la domestication morale au service du marché culpabiliser les lapins de six semaines qui ne voient pas que derrière ces questions de moeurs se déroule une guerre de religion : celle du veau d'or contre celle de l'âme.

David
29/11/2016 à 12:52

j'adore Seth Rogen mais la il a merdé, car même si son humour est bien la, il ne fait pas mouche.

Pseudo
29/11/2016 à 12:50

En tout cas on retiendra que pour cette année, aucun film d'animation n'a eu de mauvaise note sur Écran large. Et ça se dit pro.

Folk
29/11/2016 à 12:43

@Dirty Harry
Heu bah tout dépend hein. Si tu es un hétéro qui peut vivre sa sexualité peinard depuis 30 000 ans, oui c'est convenu.

Et comme le film parle de politique à différents niveaux, très variés et plus complexes que bcp d'autres productions, je comprends mal ta remarque.

Dirty Harry
29/11/2016 à 11:55

limiter le politique à la sphère sexuelle est ce qu'il y a de plus étroit et convenu politiquement...(vieilleries libertaires digne de Marcuse). Vieux truc pour noyer le rapport de classes derrière les désirs du bas ventre, cet outil majeur de la consommation...
Sinon ça ressemble à du Picha qui aurait signé un contrat chez Pixar (et le design est bien à l'image du propos).

REA
29/11/2016 à 11:55

@bibi

Hélas. C'est la réflexion française qui est à revoir. Toujours à prendre des "célébrités" du moment pour faire rameuter un max de gens dans les salles.

Sauf erreur de ma part, doubleur c'est pas très bien payé. hanouna gagne très bien sa vie, autant donner à une personne qui besoin de ce cachet.

Bibi
30/09/2016 à 09:53

Et une sortie Française encore sabordée avec le choix profondément débile de coller hanouna au doublage. Les distributeurs Français aiment se tirer une balle dans le pied visiblement !

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