A Most Violent Year : critique libérale

Christophe Foltzer | 24 novembre 2021 - MAJ : 24/11/2021 19:56
Christophe Foltzer | 24 novembre 2021 - MAJ : 24/11/2021 19:56

A Most Violent Year, ce soir à 21h05 sur CStar.

En l'espace de deux films, Margin call et All is lostJ.C. Chandor s'est imposé comme l'un des jeunes réalisateurs à surveiller. Alors que son troisième effort arrive sur nos écrans, le réalisateur confirme-t-il, avec son sujet le plus ambitieux, les attentes que nous avions placé en lui ?

HOMO ECONOMICUS

Dans Margin Call, J.C. Chandor observait le libéralisme de l'intérieur, au sein même d'une banque d'investissement, dont les grands fauves commençaient à s'entredévorer alors que se dessinait la crise des subprimes. Le réalisateur remonte le temps à l'occasion de A Most Violent Year, toujours situé à New York, mais dont l'action se déroule 25 ans plus tôt. La mégalopole est alors en crise, en proie aux métamorphoses industrielles consécutives au premier choc pétrolier, ainsi qu'à une vague de violence endémique.

 

Photo Jessica ChastainLa loi de la jungle

 

A most violent year nous invite ainsi à suivre le combat d'un patron d'une société en pleine expansion, pris en tenaille entre sa morale et son désir d'embrasser le rêve américain. La réalité lui rappelle chaque jour avec violence que dans son secteur gangréné par la mafia, tous les coups sont permis. Les idéaux et les sentiments volent en éclat face à un principe de réalité impitoyable. Le récit nous laisse d'abord penser qu'il se voudra une spirale proto-mafieuse, la descente aux enfers d'un patron se salissant les mains, le constat du réalisateur est plus fort, plus intéressant.

Scène après scène, il observe et s'échine à démontrer comme les grands attendus du récit criminel ont des moteurs qui demeurent le plus souvent hors-champ. Concurrents sans scrupules, braqueurs aux abois, politiciens corrupteurs... aucun n'est l'agent d'une force obscure ou amorale. La question ici n'est pas tant éthique, ou criminelle, qu'économique. Un système qui aiguise tous les appétits mais les dissimule, des arbitrages qui poussent les confrères à s'affronter, et finalement, la brutalité à surgir. La mort, les cadavres, les flingues sont ici dépouillés de leurs apparâts de gangsters. Ce sont de simples hochets du libéralisme. La continuation de la guerre par d'autres moyens.

 

A Most Violent Year : Photo, Oscar Isaac, Jessica ChastainSe prendre la tête

 

IL ETAIT UNE FOIS LE DOLLAR

Si le film contient son lot de baisses de rythme et de longueurs, il impressionne par sa facture technique maîtrisée, d'inspiration fortement 70's, et sa mise en scène à priori classique et posée, mais au final plutôt inspirée. Le jeu de dupes opéré par tous les personnages se trouve renforcé par une distribution exemplaire où chaque comédien laisse éclater son talentOscar Isaac évidemment qui, avec les années, s'impose de plus en plus comme l'un des acteurs les plus talentueux de sa génération et qui nous offre ici une composition remarquable, toute en retenue. Jessica Chastain pour sa part, montre encore l'étendue de son talent en explorant des zones d'ombres où l'on ne l'attendait pas forcément.

La seule faiblesse véritable de ce bel ensemble est son relatif confort. Chandor filme avec l'application d'un bon élève, maîtrise ses effets. Tient son récit. Mais une fois établit son équation thématique, le scénario ne surprend pas et nous laisse un peu sur notre faim. Sans doute la volonté du réalisateur était-elle de ne pas tomber dans le manichéisme et le conte moraliste trop appuyé, de coller au plus près des personnages pour nous expliquer qu'à l'origine, il y a toujours un drame humain, une lutte d'ambitions, des visions contraires qui s'entrechoquent.

 

A Most Violent Year : Jessica ChastainLa vengeance d'une blonde

 

On dénombre quantité d'images signifiantes, quoiqu'un peu trop appuyées. Celle d'Isaac rebouchant prestement un trou dans une cuve, causé par la balle qui vient de traverser le crâne d'une de ses connaissances, sans considération aucune pour le cadavre à ses pieds en dit long sur l'économie de la déshumanisation que décrit le cinéaste... et long sur combien il est désireux de surligner le moindre effet. On ne sort pas de A most violent year avec le sourire, car son final, faussement apaisé., nous prouve une nouvelle fois que l'individu n'a pas sa chance face à la machine économique qui le digère et le transforme. Un constat dur et froid, mais essentiel par les temps qui courent.

 

A Most Violent Year : Affiche fr

Résumé

Un peu sage, un peu trop propre sur lui, A Most Violent year n'en demeure pas moins une passionnante tentative de décrypter le régime de violence qui soustend la logique liHOMO ECbérale.

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(4.8)

Votre note ?

commentaires
Hugo Flamingo
27/11/2021 à 01:45

@rintinmachintruxmuche :"relax and have a mimosa''

Royalrabbin
25/11/2021 à 09:28

@rientintinchti On a oublié de te prévenir que ce n’était pas un film pour enfant, navré.

Sanchez
25/11/2021 à 08:27

Oscar Isaac joue Al Pacino pour notre plus grand plaisir

Bilbo
24/11/2021 à 21:32

@rintinchie : tu penses que les sœurs Wachowski auraient fait mieux ?

rientintinchti
24/11/2021 à 19:39

Nullité intersidérale ce film.
Incroyable qu'il ait été porté aux nues comme ça. Long, ennuyeux, interminable.
Une soi-disant belle reconstit bien lisse et fade ne fait pas tout.

Louis XIV
25/01/2015 à 00:09

La critique, elle aussi, devrait être un peu plus poussée. Et l'orthographe amélioré. Sinon, ressenti plutôt fidèle du film.

Chris
14/12/2014 à 09:13

Cool

votre commentaire