L’année 2014 aura vu apparaître nombre de longs métrages axés autour d’une pathologie « à la mode », à savoir la perversion narcissique. Mal de l’époque résumé par cette expression globalisante, le cinéma met ici le doigt sur les manipulations destructrices qui minent amours, familles et amitiés. Gone Girl, Captives, Party Girl, le Septième Art ausculte depuis peu cette figure de l’amour vache. Le script sur une amitié grandissante entre deux adolescentes devient alors l’occasion de porter un regard analytique sur ce type de comportement.
L’écriture des personnages est limpide, riche d’une foule de petits détails qui font de l’ensemble une subtile étude de caractères. Les dialogues sont taillés à la virgule près, ce qui rend la relation entre le bourreau et sa victime parfaitement crédible. Pour ce qui est de l’explication de fond, Mélanie Laurent s’appuie sur la généalogie : père abusif, mère alcoolique, parents absents, mère dépressive, autant d’êtres qui se manipulent les uns les autres sans le réaliser.
Les deux actrices principales, Joséphine Jappy et Lou De Laâge sont dirigées de main de maitre. On sent que la réalisatrice sait où elle va avec ses deux comédiennes, au point que l’on se demande si le récit relève du vécu tant il y a de matière à l’écran. Le film fait la part belle à leur composition et il y a fort à parier que ces deux lumineuses révélations n’ont pas fini de faire parler d’elles. Les personnages secondaires ne sont pas en reste, notamment Isabelle Carré, qui campe une mère perdue et elle-même en recherche de repères affectifs.
Enfin, pour la mise en image, l’efficacité du montage et du découpage impressionnent. De solaire bascule doucement doucement dans l’ombre. Les choix de mise en scène amène le spectateur à ressentir l’abandon de son héroïne, d’un quotidien limpide pour un univers trouble. Voilà un film qui risque de valoir quelques César à sa réalisatrice et devenir l’une des références sur un thème de société contemporain.
Quasiment le contrepoint du premier film de Mélanie Laurent, où cette fois le clan féminin fait l’inverse de se serrer les coudes : stérilement soutenues par quelques proches, mère et fille adolescente encaissent les humiliations de la part d’individus toxiques mais intimes – ex mari, meilleure amie… cette dernière (Lou de Laâge, vamp) entreprenant une domination sur l’héroïne principale (Joséphine Japy, si mignonne).
Et tout est d’une évidence folle dans ce film, adapté du roman de Anne-Sophie Brasme : un titre qui conjugue l’asthme de Charlène avec l’oppression qu’elle va lentement subir… L’atmosphère lourde et de plus en plus en huis clos… Une méchante aux dents longues face à une gentille petite souris.
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Jusqu’à ce que, à la fin (qui est le début dans le roman, devenu ici linéaire)…
L’emprise est implacable, le spectateur impuissant se fait happer, l’antagoniste invincible a beau avoir quelques circonstances atténuantes, elle reste inarrêtable.
C’est peut-être là que se trouvent les limites du film, dans cette la volonté de ne pas tomber dans le pur thriller et de se contenter du drame plein d’amertume, alors qu’il y avait de quoi muscler la tension – par exemple avec une scène de traque en vue subjective, puis en plan-séquence, bien mise en scène… on aurait pu en avoir plus.
Parce que la finalité du film, sera surtout de prévenir du harcèlement scolaire, enfants ou adultes. Mais où un regard face caméra comptera moins qu’une bouleversante scène de panique, où l’on arrive à reprendre peu à peu sa respiration.
quand allez-vous ajouter aux critiques un résumé du film ainsi que les principales responsabilités techniques et artistiques (réal., scénariste, acteurs) ???