Films

Elle l’adore : critique qui bosse

Par Sandy Gillet
8 juillet 2017
MAJ : 21 mai 2024
1 commentaire

C’est toujours compliqué un premier film. On y met souvent beaucoup de soi que l’on jette en pâture d’abord aux critiques puis surtout à des spectateurs encore plus promptes à dégainer leur mauvaise foi, leur déception ou leur enthousiasme. Compliqué quand on sait que la gestation peut-être longue. Ici, il aura fallu 10 ans de réflexion à la réalisatrice Jeanne Herry (fille de l’actrice Miou-Miou et du chanteur Julien Clerc) pour accoucher d’Elle l’adore, comédie à la frontière du drame et du film policier qui si elle ne convainc pas tout à fait mérite que l’on s’y attarde un peu.

photo

À FLEUR DE PEAU

Ne serait-ce que pour l’extrême raffinement de l’emballage avec une photo assez sensuelle (tirant vers le bleu anthracite) et des cadres travaillés, pensés et forcément signifiants, Elle l’adore mérite les louanges. On est dans un univers qui privilégie le confort visuel et la tessiture des grains. Celui de l’image donc mais aussi de la peau souvent filmée en plans serrés pour mieux capter les moindres palpitations des personnages. En cela Jeanne Herry digère et régurgite un cinéma classique mais toujours aussi efficace où il est question de « serrer » ses acteurs dans un cadre certes douillet mais dont il est difficile de se soustraire.

 

Laurent Lafitte

SON AMOUR SON TRÉSOR ?

Un sentiment prolongé par le scénario qui se veut implacable alors qu’il n’est qu’au mieux linéaire et gentiment roublard. Il y est question d’un chanteur de variété au sommet des charts qui demande à sa plus grande fan de l’aider à faire disparaître le corps de sa femme qu’il a accidentellement tuée lors d’une dispute domestique. Le problème c’est que le déroulé des péripéties nous conforte dans une impression de déjà vu à peine maquillée alors qu’à l’écran Laurent Lafitte et Sandrine Kiberlain se donnent beaucoup de mal pour élaguer la faiblesse de certaines séquences et le côté plaqué de certains dialogues.

 

Sandrine Kiberlain

 

Au fond, ce n’est pas l’incongruité du postulat de départ qui gêne, il est plutôt rigolo et bien vu, mais cette évidente propension à ne pas trop savoir quoi véritablement en faire sinon à se réfugier derrière des certitudes formelles qui finissent par étouffer toute idée d’un cinéma ouvert et dans l’exploration. C’est dommage pour un premier film mais qui reste typique de la production actuelle qui oscille entre conformisme et fausse originalité.

 

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Rédacteurs :
Résumé

Premier film et travail typique de première de la classe. Genre grosse bosseuse mais sans génie.

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Flo

Un film qui réussit à trouver un équilibre entre ses personnages pour nous donner quelque chose de drôle… pas dans le sens « comique », mais dans l’insolite.
Juste parce-que les protagonistes de Jeanne Herry, échappant à tout jugement, sont tout le temps dans un décalage par rapport à l’histoire criminelle principale :
Laurent Laffite (un fantasme cauchemardesque de Julien Clerc ?) arrivant à être plus torturé par sa conscience qu’à être une ordure arrogante…
Sandrine Kiberlain (une projection loufoque de Miou-Miou ?) arrivant à ne pas être une simple fanatique déséquilibrée et trop dépendante…
Et le couple de flics Pascal Demolon/Olivia Côte (doublement citée avec sa complice Judith Siboni) existant au sein de leur propre espace narratif conflictuel.
De sorte que le nombre incroyable de coups de malchance (à moins que ça ne soient des coups de bol ?) et autres incongruités qui surgissent ponctuellement ça crée une impasse à l’enquête du film, laissant ce dernier dans un état de sidération complet.
Drôle de film oui, mais doucement savoureux.