Le premier se situe derrière la caméra. C’est que Mona Achache n’avait sur son CV cinéma que la réalisation peu convaincante du Hérisson, adapté du best-seller au titre éponyme. La métamorphose est de taille avec la découverte ici d’une grammaire visuelle détonante, pleine de peps et portée par un scénario d’une rare densité, qu’elle a co-écrit (avec son excellente interprète principale). Autre écueil si admirablement contourné qu’il en devient un atout : la galerie de personnages.
Il a beau être question de trentenaires abandonnées ou ayant rejetées leur conjoint, qui se reconstruisent dans la joie vaguement dépressive et la bonne humeur forcée, le récit n’est jamais contaminé par l’aigreur qui menace. Nos gazelles pas encore couguars dessinent un portrait en creux de notre société urbaine où la recherche de l’autre n’est plus une fin en soi mais un pis aller pour tromper la solitude d’une vie normée et calculée. Un paradoxe qui n’en est finalement pas un comme le démontre ce film décidément à part dans le paysage standardisé de la comédie française contemporaine.
Pas certain d’ailleurs que l’on puisse qualifier Les gazelles de comédie tant l’amertume, la mélancolie et la furie ici déchainés ne peuvent s’accommoder d’une qualification trop réductrice. Le film capte l’air d’un temps qui n’est plus celui de Bridget Jones avec pour seul danger qu’il se soit totalement évaporé dans dix ans. Les gazelles sera peut-être alors ce film éphémère que n’aurait pas renié un Cyril Collard et ses Nuits fauves mais qui restera comme une tentative désespérément aboutie de s’accommoder d’une réalité grisonnante par le slapstick et la force des dialogues. Un joli tour de force en quelque sorte que l’on n’espère non sans lendemain.