Critique : Bethléem

Chris Huby | 20 février 2014
Chris Huby | 20 février 2014
Le film de Yuval Adler règle d’entrée de jeu une problématique que les films israélo palestiniens ont l’habitude d’entretenir bien malgré eux. En général, on constate que les films locaux sont soit partis prenantes, soit ils posent un lourd didactisme qui plombe l’histoire. Mais ne jetons pas la pierre aux cinéastes qui s’y essaient sans relâche. L’analyse politique de la région le prouve, il est clairement difficile de rester impartial. Mais heureusement ici, ce ne sont pas les règles géopolitiques qui régentent le scénario. Nous avons plus affaire à un film d’espionnage épuré et qui fait plaisir.
 
Le réalisateur choisit en effet de se focaliser sur ses personnages, ce qui rend l’intrigue parfaitement universelle. Les choix cornéliens auxquels sont confrontés les héros pourraient tout aussi bien se dérouler pendant la première guerre mondiale qu’au milieu du conflit rwandais. L’écriture est simple, mais fonctionne à merveille. A ce titre, les scènes de dialogues sont d’une efficacité redoutable, et rien ne dépasse. C’est avant tout du vrai cinéma.
 
Sanfur, le héros, vit sous une double influence néfaste. Son frère aîné est membre des brigades Al-Aqsa du Fatah. Ce combattant palestinien organise des actions violentes à Jérusalem et lui demande de ramener l’argent que lui propose en parallèle le Hamas. De l’autre il y a Razi, un agent israélien, qui manipule ses sentiments avec une telle maitrise qu’il joue pour lui le rôle d'un frère et parvient à en extraire des informations vitales. Sanfur est ainsi tiraillé de part et d’autre par les deux camps jusqu’à devoir faire des choix qui mettront en péril la vie de tous ses proches.
 
Rédigé au cordeau comme un thriller in situ, Bethleem impressionne par sa maitrise. Très bien mise en scène, c’est surtout le choix des acteurs qui fait la différence. Les comédiens non professionnels sont tous excellents, de bout en bout, et rendent crédible une histoire shakespearienne absolument retors. La réflexion se fait au final beaucoup sur l’humain pris dans la grande histoire que l’inverse. Un choix intelligent qui rend ce long métrage accessible à tous, sans que le spectateur ait besoin de connaître d’emblée l’analyse et tous les aboutissants du problème israélo palestinien. Un film à connaître sans aucun doute et qui laisse augurer le meilleur pour la suite de la carrière du metteur en scène.

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