The Ryan Initiative : critique Fuck Yeah America

Simon Riaux | 7 février 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 7 février 2018 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Esquissé par Alec Baldwin, immortalisé par Harrison Ford, mutilé par Ben Affleck (puis estropié par John Krasinski), Jack Ryan est un espion à part, qui aura peu marqué le grand public mais bien mené une petite révolution dans l'archétype de l'espion dans les années 90. En cette période de recyclage permanent, rien d'étonnant donc à ce que le personnage se voit réinventé à l'occasion de The Ryan Initiative de Kenneth Branagh.

MATE FEED KILL REPEAT

 

On se demande encore comment un acteur doué tout droit sorti de l'âge d'or des studios (Chris Pine), un metteur en scène surestimé qui n'a rien réalisé de regardable depuis quinze ans (Kenneth Branagh) et la volonté hollywoodienne de rebooter un personnage d'espion tombé dans l'oubli ont pu se rencontrer. Sans doute faut-il voir là le fruit de la mondialisation et de la financiarisation d'une économie obsédée par les profits, thème que le film agite pour feindre la modernité, mais se refuse systématiquement à incarner.

 

 

photo, Kevin CostnerKevin Costner et Chris Pine

 

C'est là tout l'échec de The Ryan Initiative : dérouler une suite d'intentions, plus ou moins bonnes, pour n'en jamais rien faire et toujours rejoindre le giron tiédasse des productions standardisées. Photographie, découpage énervé et direction artistique convoquent l'héritage de Bourne et de Casino Royale quand ils ne le pillent pas, mais le patriotisme débilitant de l'ensemble lui interdit tout semblant de modernité.

 

Difficile de supporter un personnage principal aussi bêtement programmatique : le nouveau Jack Ryan est brillant, mathématicien, soldat, espion, combattant, bon chef d'équipe, veut absolument se marier et protéger sa nation d'un nouveau 11/09, quand son adversaire est alcoolique, coureur de jupon, meurtrier, cruel, destructeur et souffre d'un accent made in Kenneth Branagh (oui c'est lui) parfaitement ridicule. Le summum de la bêtise anachronique culmine lors d'un dialogue surréaliste où un confrère trader de Jack Ryan lui conseille de se méfier des financiers russes, trop cupides pour être respectables, initiant ainsi la tonalité eighties d'un film en permanent décalage avec l'univers qu'il dépeint.

 

photo, Chris PineJack Ryan, homme parfait

 

Si le spectacle était au rendez-vous, au moins aurait-on la possibilité de débrancher son cerveau et d'apprécier la chose au second degré. Il n'en sera rien, puisque le sérieux papal de l'entreprise comme de ses modèles formels l'oblige à une certaine retenue dans l'action. Tout au plus échange-t-on quelques coups de poings entre deux course-poursuites, jusqu'à un final complètement hors sujet, qui convoque en quatrième vitesse les vieux oripeaux de l'attentat anti-américain.

 

Si l'abattage de Chris Pine est pour beaucoup dans la survie du public, on ne peut pas en dire autant de la pauvre Keira Knightley, ridiculisée par des scènes de ménage qu'on jurerait sorties d'un film de Will Ferrell. Il convient de remercier l'excellent Kevin Costner d'y mettre fin, bien tard hélas. Une séquence qui illustre terriblement la nature de ce film mutant, qui tente de convoquer et de réconcilier d'impossibles influences et objectifs commerciaux, de plier un personnage, ses attributs à un modèle idéologique et économique auquel il n'appartient pas.

 

 

Affiche officielle

Résumé

On retourne à Kenneth Branagh la réplique emblématique de son personnage de vilain terroriste bouffi : Vous vous croyez franc, mais peut-être n'êtes-vous que grossièreté.

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