Films

Nebraska : Critique

Par Chris Huby
23 mai 2013
MAJ : 13 octobre 2018
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Le dernier film d’Alexander Payne, Nebraska, fait encore plus référence au cinéma qu’il affectionne. Non seulement il redonne un rôle immense à Bruce Dern, mais il s’obstine également à travailler la route, la perdition, le détachement, une symbolique tirée directement du cinéma des années 60 et 70 lorsque les Coppola, Rafelson, Ashby, Schatzberg ou Ritchie s’acharnaient dans le même sens.

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Toute l’œuvre de Payne tient dans la recherche d’identité mélancolique, à l’heure des questionnements, coincée aujourd’hui dans un monde et une nation qui subit une crise économique et financière très importante. Le metteur en scène se paye le luxe de filmer le tout dans un noir et blanc somptueux, très contrasté, allant même jusqu’à chercher des portraits à la Robert Frank lorsque ce dernier se chargeait d’aller photographier les américains. Les gens simples y sont encore une fois les protagonistes, les victimes d’un système qu’ils ne maîtrisent plus depuis longtemps et avec lequel ils ne font que composer.

 

 

L’histoire est un modèle d’écriture de scénario comme toujours chez cet auteur. Les personnages sont campés très justement, les situations sonnent vraies et ce qui pourrait passer pour simpliste chez un autre metteur en scène devient ici intense, drôle et raffiné. Bruce Dern incarne un père de famille lunaire, ronchon et un peu aux fraises. Ayant reçu un misérable papier publicitaire qui lui fait croire qu’il a gagné un million de dollars dans le Nebraska, il décide d’aller le chercher lui-même, contre l’avis de sa femme et à pied s’il le faut. Son fils, un vendeur Hi-Fi en pleine séparation, a beau lui expliquer qu’il ne s’agît que d’un leurre, il n’en fait qu’à sa tête. Le vieil homme part ainsi à la première occasion alors que tout le monde a conscience qu’il est fragile, alcoolique et presque grabataire. Touché par l’obsession de son père et par ses rêves oubliés, le fils entreprend alors de l’aider dans sa mission pathétique. Les voici embarqués sur une route où les souvenirs et les espoirs brisés vont se manifester à chaque carrefour.

 

 

Très vite avec Nebraska on se souvient des deux films maîtres de Payne, soit Sideways et Mr Schmidt. Déjà, il y cultivait une écriture douce-amère et géniale par bien des côtés. Dans tous ses films, les répliques font mouche, les caractères sont extrêmement bien trempés et l’émotion est à son comble. Fer de lance du nouveau cinéma indépendant, le cinéma de Payne se concentre sur l’Amérique des WASP, des pauvres et des écrasés. Ici il campe une histoire où l’on comprend son message principal : les habitants des petites villes du centre ou du nord de certains états subissent une misère qui a cessé d’être invisible, habillée par des bars moisis, des églises qui s’écroulent, des lieux abandonnés, des publicités antédiluviennes sans oublier les banques installées à chaque coin de rue mais fermées par on ne sait quelle décision sociale. Les lieux sentent l’abandon, l’oubli, la maladie et la mort. Au milieu de tout ça surnagent des peuples sans éducation, si ce n’est celle du foot, de la bagnole, des ragots ou de l’alcool. Véritables victimes d’un système qui est en bout de course, ces personnes ne demandent qu’à vivre simplement, sans problème et en famille. Ces dernières sont malheureusement délitées, en manque d’affection et en crise constante. C’est à peine si on sait ce qu’est l’amour comme l’explique une scène du film. Les héros du métrage passent ainsi d’incompréhensions en découvertes, mais toujours à distance du rêve américain qui est tendu un peu partout sur la longue route qui règle les espoirs et les croyances de chacun.

 

Rédacteurs :
Résumé

Payne réussit amplement ce film qui parle de sa région natale. Une fois de plus, on rit et on s’émeut constamment. Entre les images des sombres nuages et la route qui découpe les champs, il subsiste encore un maigre espoir de compréhension entre les gens. Nul doute qu’il s’agit ici d’un sujet très américain, aux problématiques très ancrées dans le quotidien de l’après-crise des subprimes. Toujours est-il que le fond reste universel, sensible et maîtrisé.

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