Only God Forgives : Critique

La Rédaction | 23 mai 2013
La Rédaction | 23 mai 2013

Si Drive avait su séduire l'intégralité de la rédaction au point de remporter la première place de notre top 10 des meilleurs films de l'année 2011, Only God forgives ne fait pas du tout l'unanimité.D'où la présence d'un pour et d'un contre.

POUR

S'il y a un film qui cristallisait toutes les attentes et rumeurs cette année à Cannes, c'est bien Only God Forgives de Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling. Tout et son contraire ont été dits sur le retour du duo gagnant de Drive deux ans après un prix de la mise en scène. Que Thierry Frémaux n'aimait pas vraiment le film, qu'il s'agissait d'un égo-trip ultra violent et limite parodique, que les premiers échos étaient catastrophiques, qu'il se situait plus dans la veine de Bronson et Valhalla Rising que de Drive... des préoccupations que le film renvoie dos à dos, une mandale dans la gueule.

 

 

En effet, Nicolas Winding Refn signe avec Only God Forgives un film dragon, dont le souffle chaud s'engouffre dans chaque décor, plan, scène. Un feu purificateur qui donne l'impression d'assister à une implosion au ralenti. Cette histoire de vengeance entre deux frères et une mère lui importe peu, juste assez pour qu'il la caricature en un concours de bites - littéralement. Il aborde ses thèmes (Oedipe, Orient, Occident), sur le même mode, à la fois symbolique et parodique, comme autant de passages obligés, de passages à l'acte. L'action elle-même explose alors moins qu'elle n'est expédiée : un coup, un cri, un karaoké.

 

 

En revanche, ce que le film travaille en profondeur et en travelling, c'est le lieu et la préparation du combat. Chaque décor devient un ring mental où tout se joue déjà, inconsciemment, au quotidien, à l'instar du samouraï ou du muay-thaï. Mais le tour de force de Refn est de faire disparaître les frontières d'espace et temps, de tradition et modernité, et d'atteindre un état de lost in translation. Cela s'incarne par le fait que Ryan Gosling soit finalement un piètre combattant. Le film agit alors sur les spectateurs comme la Thaïlande sur le réalisateur et son acteur, entre la caisse de résonance et la cloche sous vide. Le feu peut y prendre en une seconde, tout détruire, et s'arrêter la suivante. C'est ce qui se passe avec Only God Forgives. (4/5)

Vincent Julé

 

 

 

CONTRE

Devenu soudainement très populaire grâce au phénomène Drive, Nicolas Winding Refn était très attendu avec ce nouveau film, perçu (ou désiré) comme un Drive 2. Même acteur, même ambiance sous tension et, pourtant, les attentes risquent d’être déçues puisque ce nouveau cru n’a rien à voir avec l’événement de 2011. Si Ryan Gosling est toujours aussi stoïque, cette fois, cela semble être poussé à son paroxysme. Tout comme la mise en scène de Refn qui malheureusement sur-joue ses propres gimmicks. Des personnages qui évoluent avec une démarche déréalisée, des plans sur-signifiants et des silences à outrance opposés à des accès de colère, comme pour mieux souligner la gravité des personnages. Et cela est particulièrement regrettable puisque le réalisateur semble s’enfermer dans un style. On a ainsi l'impression, un peu à la manière d’un Tim Burton avant l’heure, que Refn, ayant parfaitement conscience de l'impact de son style, plonge avec délectation dans une sorte de propre parodie.

 

 

D'autant plus dommageable que l’histoire de Only God survives s'avère plus d'une fois fascinante. Si le synopsis, lui-même, tient sur un demi-mouchoir de poche, puisqu’il s’agit d’un micro-événement dans un microcosme particulier, le film parvient de manière brillante à montrer cette opposition entre Occident et Orient. Only God survives fait ainsi comprendre à cet Occident conquérant, prétentieux, en terre conquise, et ceci par la violence, que l’Orient reste maître sur son domaine. La décadence de cet Occident, gangréné par ses propres complexes, se heurte à un Orient rempli de règles et de lois, incompréhensibles pour le candide, mais qui maintiennent le continent sur équilibre fin et solide à la fois. Pétri de symboliques allant de la mythologie grecque aux dragons chinois, Only God Forgives montre que si Refn a un propos fort, il s'est, et cela est bien dommage, enfermé dans ses propres tics, au point de perdre, parfois, tout sens de la narration. Frustrant ! (2/5)

Perrine Quennesson

Résumé

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commentaires
Vomiton
16/10/2016 à 14:59

Je viens de le visionné et quelle claque dans la gueule !
juste un OVNI

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