Smashed : Critique

Jérémy Ponthieux | 22 février 2013
Jérémy Ponthieux | 22 février 2013

Aussi malheureuse soit-elle, l'addiction dans sa généralité se prête très bien à une dramaturgie de cinéma. Les extrêmes auxquelles elle pousse et son caractère imprévisible auront fait le lot de nombreux récits, tout comme elle aura alimentée jusqu'à une véritable fontaine d'anecdotes du quotidien, comme Lee Marvin et son caprice sur le capot d'une voiture. En cela, Smashed s'impose comme une petite surprise en son genre puisque d'un pitch aussi propice à l'excès, James Ponsoldt - réalisateur et coscénariste -  tire une douceur et une tendresse retenues.

Tiré pour parti des expériences vécues par sa coscénariste, le scénario se penche sur Kate Hannah, maitresse d'école et alcoolique invétérée qui après deux cuites sévères songent sérieusement à lâcher la boisson pour l'eau plate. On pourrait légitimement imaginer que Kate va se réveiller un jour d'une violente ivresse avec une révélation soudaine, quitte à y ajouter un petit accident de voiture par-ci ou une engueulade irréparable par-là. Il n'en est en fait rien, puisque c'est une certaine lassitude et une petite dose de coïncidences qui entrainent Kate vers une fragile guérison, sans qu'il ne soit fait appel à de grands mouvements dramaturgiques. Au violon mielleux, Ponsoldt préfère la guitare acoustique, signe d'un metteur en scène qui feint de faire petit pour mieux amener sa sauce à ébullition. Car plus le récit progresse plus on finit par s'attacher à des personnages peu antipathiques mais humains, donc maladroits, habités d'une sourde détresse qui n'est ni gravissime ni légère comme le vent. Et plus le film progresse vers sa phase terminale plus des contradictions se font jour, dans un désordre organisé qui est un peu celui de la vie. 

 

 

En somme, il ne se passe rien de follement palpitant dans ce Smashed, si ce n'est un climax tendu comme un string. On reste pourtant l'attention portée haute à ce récit traversé par des rancoeurs multiples, familiales quand elles ne sont pas relationnelles voire personnelles, quand le dégoût provient de soi d'abord. L'aspect moralisateur de ce chemin de croix est habilement détourné par l'authenticité apportée par la mise en scène, système de caméra-épaule un peu facile mais très efficace. Et puisque cet outil reste focalisé à presque cent pour cent sur son actrice principale, rendons à César ce qui lui appartient.

 

 

En incarnation totale avec son personnage, Mary Elizabeth Winstead s'y révèle bouleversante, évitant avec un grand talent l'écueil des scènes de cuite où il serait pourtant vite facile de se montrer cabotin. Mieux, son interprétation est d'une telle subtilité qu'elle rend gracieuse une femme plongée dans des situations sordides, sans que cela ne porte atteinte à la véracité du personnage même. En face, Aaron Paul démontre une belle sensibilité, délivrant lui aussi une performance lumineuse en dépit des noirceurs de son rôle. L'alchimie qui se fabrique entre les deux est une des grandes réussites de ce beau petit film, qui délivre une musique qui fuit les lieux communs pour aller droit au cœur.

 

 

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