Critique : Être là

Par Melissa Blanco
5 novembre 2012
MAJ : 29 septembre 2018
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Des bruits de pas, des portes qui claquent, des clés qui tintent. Au milieu du brouhaha, tenter de communiquer. D'écouter, surtout. Elles sont "psychiatres, infirmières, ergothérapeutes", plusieurs femmes dans un milieu d'homme, au coeur de la maison d'arrêt des Baumettes à Marseille. Des témoins derrière les murs de la prison, là pour soigner les peines, panser les blessures, assurer un soutien psychologique à des prisonniers devenus patients.

Le "là" du titre, c'est évidemment ce lieu, la prison et ses bureaux de fortune aménagés dans d'anciennes cellules. C'est aussi "être là", maintenant, au moment présent, afin d'assurer une aide médicale et créer un lien social. Être là, entre ces murs où plus personne n'écoute vraiment. Sans misérabilisme, Régis Sauder se fait – et nous fait – spectateur du quotidien de ces femmes courage. Des patients, nous ne verrons que les bras abimés, scarifiés, portant des messages pour le monde extérieur; les mains accomplissant des travaux manuels; les pieds tapotant le sol. On en entendra surtout les voix, en hors champ, sur lesquelles viendront se coller les visages de ces femmes attentives, confidentes parfois moralement fatiguées.

Dans la filiation des portraits d'Alain Cavalier, Régis Sauder reconstitue à l'écran par petites touches un métier difficile et mal connu. L'absence volontaire d'unité temporelle en retranscrit la quotidienneté, la répétitivité. L'utilisation du noir et blanc, une sensation de flottement, comme si quelque chose s'était figé. Mais si le temps semble s'être soudainement arrêté pour ces hommes, le monde lui continue de tourner…

Entrecoupé de lectures face caméra de textes écrits et récités à la manière d'un journal intime par l'une des aides soignantes, le film interroge la place des soins et de ces femmes dans un milieu carcéral masculin. Et le réalisateur de remettre l'humain au coeur de la prison, en (re)donnant, sans jugement – le passé criminel des détenus n'est jamais évoqué -, la parole à des hommes qui en sont privés, à des femmes qui épongent – littéralement – la misère et la violence, morale et physique, de ce milieu singulier. Le résultat est saisissant, le documentaire étonnant.

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