Abraham Lincoln, chasseur de vampires : Critique divisée

Laurent Pécha | 8 août 2012
Laurent Pécha | 8 août 2012

POUR :

 

L’épate visuelle au mépris d’une quelconque recherche narrative et esthétique, c’est un peu la marque de fabrique de Timur Bekmambetov depuis ses débuts remarqués avec les vampires de Night watch. Des vampires qu’il retrouve ici avec le plus grand plaisir après avoir fait faire des cabrioles insensées à Angelina Jolie dans Wanted…Sauf que cette fois-ci, les buveurs de sang ont un sacré ennemi à éliminer en la personne du (futur) président des Etats-Unis, Abraham Lincoln.

Et c’est parti pour une grande séance de n’importe quoi où l’Histoire américaine va être revisitée avec un goût pour la dérision (Gettysburg en tête) et le grand guignolesque qui risque d’en laisser plus d’un sur le carreau. Mais il est comme ça Timur, le toujours plus ne l’a jamais freiné. Bien au contraire ! Alors quand on lui offre la possibilité d’adapter un comic book ultra graphique, il ne faut pas s’étonner de se retrouver avec des séquences « overt the top » où un futur maître du monde saute de cheval en cheval au bord d’un précipice pour aller tenter de décapiter l’assassin de sa mère.

S’amusant avec le schéma éculé mais imparable du film d’arts martiaux (un trauma, un désir de vengeance, un maître initiateur, une quête jalonnée d’obstacles,…), Timur multiplie les prouesses techniques pour essayer de rassasier ses spectateurs avides de spectaculaire. Avec une capacité étonnante à manier la palette graphique - eu égard à un budget riquiqui pour les ambitions exigées -, le réalisateur russe trouve un équilibre précaire dans cette lutte implacable entre un preux chevalier armé d’une hache et une horde de vampires aux pouvoirs détonnants.

Qu’importe si le rythme est loin d’être soutenu – mais le gros ventre mou du récit vous donnera l’occasion d’emballer votre copine - , Abraham Lincoln a toujours le chic pour repartir de plus belle à l’image de cette mémorable séquence d’attaque du train dont l’issue, annoncée en deux plans et un dialogue désopilant, n’est rien moins que la survie de la Terre. Il est comme ça, Timur, généreux dans l’effort !

 

3/5

par Laurent Pécha

 

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Contre :

 

Abraham Lincoln : Vampire Hunters était une promesse, naïve et simple, l'engagement de concocter une recette connue de tous : celle du gros nawak des familles. Avec son postulat délirant, ce biopic d'action azimutée se devait de respecter quelques règles pour s'assurer notre bonheur : nous raconter une histoire stupide sans jamais nous prendre pour des imbéciles, jouer la carte du divertissement efficace plus que facile, et enfin embrasser totalement son sujet, afin de nous cramer les rétines à coups de relectures historiques jubilatoires. Hélas, Timur Bekmambetov n'ayant aucune idée de comment mettre en scène un film, ni mener un récit à bien, l'expérience est plus proche du chemin de croix que de la virée jouissive.

Car Timur a tragiquement mauvais goût, à l'heure où plus personne à part Guy Ritchie (c'est dire) n'ose imbriquer ralentis et accélérés, il en caviarde son film, qui devient instantanément encore plus ringard que les resucées de Matrix et autres poilades numériques à la 300. Encombré de ses très laids décors numériques, il les fait disparaître presque à chaque fois qu'un combat a lieu (très souvent donc), résultat : on observe de malheureux échalas s'affronter à coups de poses minables devant un écran de fumée qui vous rappellera plus quelques soirées honteuses en boîte que votre dernier combat de rue. Côté spectaculaire, il faudra donc se faire une raison, le spectateur n'aura rien de mieux à se mettre sous la dent qu'un duel où l'on se frappe à coups de chevaux (sic), idée stupidement drôle, mais ici traitée avec un sérieux papal qui brise toute tentative de fun, tandis que la laideur des effets spéciaux achève de nous crever les yeux.

 

 

 

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Les personnages sont traités avec aussi peu d'égards. Sachez que le titre du film est largement mensonger, puisque dans l'absolu on ne traite quasiment pas de Lincoln. En effet, nous suivons le personnage jeune homme, alors qu'il n'est pas rentré en politique, avant d'assister à une embarrassante ellipse, qui nous propulse dans les derniers jours de sa présidence. On vous passera le détail des derniers rebondissements du scénario, du traitement de Dominic Cooper, lequel passe sa première scène à se barbouiller de crème solaire (comprends-tu spectateur le subtil message que t'assène Timur à coup de bulldozer ?). Abraham n'est donc jamais Lincoln, son mentor est une sorte d'avorton priapique, mais le pire traitement est réserver à sa femme, l'irrésistible Mary Elisabeth Winstead, gratifiée du maquillage le plus loupé de la décennie.

 

On pourrait encore déverser un peu de fiel sur la relecture idéologiquement infâme que le film fait du massacre des indiens ou encore de la guerre de Sécession, mais l'honnêteté nous force à évoquer les rares réussites du film, à savoir son excellent, quoique sous-employé, acteur principal, et une poignée de plans d'introduction, qui se font un plaisir de détourner de grandes œuvres picturales classiques, telles le Déjeuner sur l'herbe. Quoiqu'il en soit, ce n'est pas demain la veille que Timur emballera un truc qu'on puisse qualifier de film.

 

1,5/5

par Simon Riaux

 

 

 

 

 

Résumé

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