Critique : Starbuck

Sandy Gillet | 26 juin 2012
Sandy Gillet | 26 juin 2012

Outre être une terre d'accueil économique de beaucoup de productions US, que savons-nous exactement du cinéma canadien et plus spécifiquement de la « belle province » du Québec ? Pas grand-chose il faut bien l'avouer. On a appris à détester Xavier Dolan et de temps à autre nous arrive des films qui font date. L'année dernière ce fut Incendies de Denis Villeneuve et en septembre de cette année Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau, porté par un très bon buzz, devrait encore faire parler le caribou dans les chaumières. Sans oublier la matrice Denys Arcand qui avec Le déclin de l'Empire américain en 1986 et ses deux suites aura permis de définitivement ancrer le Québec sur la carte cinématographique mondiale. Et puis il y a Starbuck. Une comédie qui a tout cassé au box office de son pays, qui a remporté le Prix spécial du jury au dernier Festival de l'Alpes d'Huez (ce qui n'est jamais un mauvais signe) et qui mérite amplement cette sortie chez les cousins français.

Alors bien entendu Starbuck ne raconte pas l'odyssée d'une enseigne de café mondialement connue (il manquerait un « s » de toute façon à la fin) mais d'un patronyme dont tout le Canada cherche à percer la véritable identité afin qu'il reconnaisse les 533 enfants dont il est le géniteur anonyme. David Wosniak (oui c'est lui) est un Gaston Lagaffe qui a maintenant la quarantaine. Il a en effet dans les années 80 beaucoup donné de sa personne et de sa semence pour arrondir les fins de mois (devenu gratuit depuis 2004 donc inutile de prendre le premier avion pour le Canada). Par un effet boomerang, le voici pris dans un engrenage juridico-sociétal qui va bouleverser sa vie (il est sur le point de devenir père), ses certitudes d'adulescent et son entourage (une famille polonaise et boucher de leur état). Les scénaristes Martin Petit et Ken Scott (également réalisateur) sont partis d'un débat brulant qui continue d'alimenter la polémique Outre-Atlantique : le donneur de sperme a droit à l'anonymat mais la progéniture ainsi née n'est-elle pas aussi en droit de connaître son géniteur ? L'histoire qu'ils mettent alors en place donne la part belle à la comédie de situations aidée par une réalisation qui appuie des dialogues à l'humour savoureux et parfois décapant. Le plus intéressant est que le film n'utilise pas son sujet comme un détonateur ou un alibi mais bien comme un fil rouge où le débat exposé au début amène la réflexion et enrichit continuellement le moteur drolatique du projet.

Il va aussi de soi que les acteurs influencent grandement au succès de l'entreprise. Et non le comique ne vient pas d'abord de leur accent et de certaines de leurs expressions souvent traduites au demeurant via des sous-titres bienvenus. À commencer par Patrick Huard qui n'est pas un inconnu en nos contrées puisque l'on a pu le voir dans l'inénarrable Bon cop bad cop mais aussi derrière la caméra avec Les 3 p'tits cochons. Extraordinaire dans son personnage de looser au grand cœur, il permet d'explorer des ressorts comiques moins attendus et encore plus subtils. On ressort finalement frappé par tant d'intelligence scénaristique qui permet à tout ce beau monde y compris donc la réalisation d'y trouver son compte jusqu'au spectateur enthousiaste qui découvre là un cinéma profondément humain et généreux.

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