Black Mirror : quels sont les meilleurs épisodes de l'anthologie ?

La Rédaction | 14 juin 2019 - MAJ : 14/06/2019 11:06
La Rédaction | 14 juin 2019 - MAJ : 14/06/2019 11:06

Le retour de Black Mirror pour une saison 5 est l'occasion de revenir sur les meilleurs et pires épisodes de l'anthologie de Charlie Brooker.

Une saison 4 très inégale, un Bandersnatch ambitieux mais qui a divisé, une saison 5 particulièrement faibleBlack Mirror paye sans surprise le prix de son succès phénoménal, en étant attendue au tournant et en devant chercher à se renouveler.

Après une salve de trois épisodes peu satisfaisants, la rédaction a donc eu envie de revenir sur les sommets de l'anthologie de Charlie Brooker, avec une sélection non exhaustive des meilleurs épisodes.

 

Photo Bryce Dallas HowardLe lecteur Ecran Large face à un article Ecran Large - 2019

 

LE PLUS DÉPRIMANT : BIENTÔT DE RETOUR (BE RIGHT BACK)

Après le décès de son compagnon, une jeune femme expérimente un service d'accompagnement au deuil qui lui permet d'interagir avec une copie du défunt.

La mort, c’est déjà pas franchement rigolo, mais quand la technologie se charge de nous la faire oublier, le deuil prend un tour proprement monstrueux. On représente souvent Black Mirror comme une série ultra-noire et glaçante, mais elle sait parfois simplement prendre le pouls de ses personnages, écouter leurs doutes et leurs souffrances.

C’est ce que fait ici avec beaucoup de douceur Owen Harris, en suivant le deuil impossible d’une jeune femme qui vient de perdre son compagnon, et à laquelle une entreprise propose de substituer un simulacre reprenant ses grands traits de caractère. L’écriture, si elle inquiète, voire angoisse profondément par endroit, préfère sonder l’âme de son héroïne, les tourments de la perte qui l’étreignent. Et c’est là où ce chapitre s’avère un des plus radicalement déprimants de l’anthologie de Charlie Brooker

 

photo Hayley Atwell

 

Les erreurs commises par le personnage d’Hayley Atwell apparaissent toujours aussi logiques qu’humaines. Bien sûr, la mécanique de profit, de contrôle des corps et des esprits est toujours présente. Mais la douleur de l’héroïne prenant le premier pas, le ton sardonique se fait moins fort, révélant toute l’humanité de Martha et les ravages discrets mais bien réels qu’engendre sur sa psyché l’impossibilité du deuil. Un constat d'autant plus affreux que la jeune femme possède sur le papier quantité d'atouts pour ne pas voir sa vie pulvérisée par la douleur ; or, ce sont précisément ces atouts (notamment sa grossesse) qui vont amplifier l'horreur à venir.

En témoigne la séquence machiavélique et diabolique où le simulacre, répondant à sa remarque sur son absence d’instinct de survie, déjoue la volonté de sa propriétaire de se débarrasser de lui… jusqu’à transmettre son héritage névrotique à une nouvelle génération.

 

photoHayley Atwell

 

LE PLUS CAUCHEMARDESQUE : BLANC COMME NEIGE (WHITE CHRISTMAS)

Deux hommes isolés dans un désert glacé à Noël se racontent des histoires où la technologie part en vrille et joue un rôle calamiteux.

Parmi les épisodes les plus longs et riches de toute la série, White Christmas est avant tout une impressionnante leçon de construction. Avec ses deux personnages isolés, évoquant les multiples sorties de route et tragédies technologiques qu’ils ont observées ou provoquées, le scénario multiplie les temporalités, superpose les niveaux de lecture, et imbrique divers récits complexes.

Malgré ces ambitions dramaturgiques, le résultat est toujours d’une limpidité cristalline, et cette dernière s’avère d’autant plus frappante que ce chapitre se révèle un des plus intensément cruels de toute l’anthologie. Si en apparence, White Christmas explore des motifs récurrents chez Charlie Brooker, le show injecte ici des concepts terribles mais fondamentalement différents, venus de Philip K. Dick.

La distorsion temporelle chère à Philip K. Dick, ou encore la manipulation totale du réel et de sa perception, ont parfois été abordés par Black Mirror, mais jamais avec une telle frontalité ou une si évidente architecture labyrinthique. Non seulement le dédale de White Christmas ne présente aucune issue, mais comme chez le célèbre écrivain, aussi redoutable soit le piège, c’est toujours l’humain qui en active les rouages.

Du côté du casting, Oona ChaplinJon Hamm et Rafe Spall font des merveilles, illustrant avec un talent ravageur le principe d’ambiguité qui préside à la série. Avec une aisance délicieusement perverse, tous trois jonglent avec l’empathie du spectateur, déplaçant ses curseurs moraux à la faveur d’un scénario toujours plus retors.

 

photoVery Mad Men

 

LE PLUS DRÔLE : CHUTE LIBRE (NOSEDIVE)

Dans un monde où tout le monde se note via une application sur téléphone, rendant chaque interaction humaine précieuse et potentiellement risquée, une jeune femme court désespérément avec une ascension sociale qui va transformer sa vie en enfer.

Bryce Dallas Howard en gentille loseuse pathétique mais touchante, Joe Wright (Orgueil et préjugésHannaLes Heures sombres) à la réalisation avec son directeur de la photo Seamus McGarveyRashida Jones et Michael Schur (passé sur The Office et Parks and Recreation) au scénario, sur une idée de Charlie Brooker : Chute libre (Nosedive) était une belle équation sur le papier. Et c'est bien un sommet de Black Mirror, à tous les niveaux.

Il y a là toute l'essence de l'anthologie de Charlie Brooker. Le miroir noir, c'est l'écran des téléphones, qui sonde les âmes et tord les esprits avec une terrible application où chacun note l'autre. Soit une arme sociale effroyable, et une forme de tyrannie douce qui creuse les fossés entre les groupes. Un pas minuscule pour quiconque connaît et utilise Facebook, Twitter, Instagram, ou Uber, provoquant ce vertige si puissant face à la série d'anticipation, qui tend justement un miroir à chacun de nous.

Toute la douce folie, le mal-être, la dépendance, l'hypocrisie, la peur, l'hystérie et la mélancolie créés par ce comportement à portée de main, sont mis en scène avec intelligence, dans un étonnant équilibre entre humour et tristesse. Nosedive ne se contente pas de pointer du doigt des choses évidentes, mais les assemble pour dessiner des lendemains (plus qu'un futur) terribles, où la dictature de l'image dirige le monde avec une simplicité glaçante.

 Photo Bryce Dallas HowardNosedive : 5/5

 

Bryce Dallas Howard a rarement été aussi bien utilisée et dirigée que dans ce rôle délicieusement pathétique. Des faux rires face au miroir (encore un) à l'éclat de tristesse dans sa solitude, à ses hurlements venus des entrailles à la fin, elle est fantastique. Et à ses côtés, c'est un sans faute pour tous les acteurs, de Cherry Jones en camionneuse à Alice Eve en terrible pouffe.

Nosedive est aussi un superbe morceau de cinéma, d'une maîtrise impeccable à tous les niveaux. Les notes de piano envoûtantes de Max Richter, le découpage simple et précis du réalisateur de Reviens-moi et Les Heures sombres, la direction artistique sobrement harmonieuse : en plus d'être d'une efficacité affolante (chose significative vu qu'il dure une heure, et que la série a beaucoup souffert de ses longueurs), c'est simplement beau.

Enfin, c'est un épisode particulièrement drôle, qui tient donc une position spéciale dans une anthologie si souvent noire et inquiétante. C'est là le génie de Rashida Jones et Michael Schur : faire de cette spirale cauchemardesque le prétexte à une aventure rocambolesque et grotesque, et finir sur la lumière au bout du tunnel dans les cris et les émotions. Une certaine idée de la perfection made in Black Mirror.

 

photoUne fin réjouissante

 

LE PLUS DRÔLE ET TORDU : USS CALLISTER

Le capitaine Robert Daly dirige l'équipage de l'USS Callister, plongé dans une aventure spatiale trépidante où il traque son ennemi juré : Valdack. Un monde virtuel créé de toute pièce par le vrai Robert Daly, un homme timide et méprisé par ses collègues, et qui cache bien des secrets terrifiants.

Voir Black Mirror caricaturer un monde à la Star Trek avait de quoi réjouir. Dès son ouverture nostalgique, dans un format 4:3, avec du grain et des acteurs qui surjouent, USS Callister ne rate pas le coche. Il nous embarque au cœur d'une aventure de SF folle et comique, où le capitaine est applaudi par toute son équipe lorsqu'il réussit la mission, et finit par embrasser chaque femme dans une chorégraphie étonnante.

Pourtant, très vite le soufflet retombe quand le capitaine de l'USS Callister se révèle être en fait un créateur de jeu vidéo méprisé par ses collègues, introverti, voire asocial. Se met alors en place, loin de l'aventure drôle et imaginaire présentée en début d'épisode, un objet cruel à la fois jubilatoire et totalement tordu.

En effet, le jeu virtuel créé par Robert Daly (superbe Jesse Plemons) n'est pas un simple jeu imaginaire où chaque personnage répond à de simples lignes de codes. Au contraire, c'est un univers terrible et tyrannique qu'il a créé en enfermant une conscience clonée de plusieurs de ses collègues. Évidemment, l'épisode, à l'image de son ouverture, laisse beaucoup de place à l'humour, comme cette mise en pause hilarante au milieu d'une bataille où les personnages attendent le retour de Robert Daly ; mais c'est surtout l'oeuvre d'un esprit malade, autoritaire et impitoyable.

Résultat : plus qu'une simple parenthèse virtuelle drôle et aventureuse dans le monde de Star Trek (ou plutôt Star Fleet dans la série), USS Callister se meut en une histoire de vengeance inhumaine, douloureuse, voire mortelle, sur le monde qui entoure Robert Daly. On rit jaune finalement.

 

Photo Jesse PlemonsUn tyran pas comme les autres

 

LE PLUS ROMANTIQUE : PENDEZ LE DJ (HANG THE DJ)

Dans un futur proche, Frank et Amy se rencontrent dans un restaurant après avoir été mis en contact grâce à une application de rencontres créée par la société "Le Système". Une rencontre qui va changer leur vie...

À l'heure où les célibataires en manque d'amour zappent à longueur de temps sur leur smartphone pour rencontrer l'âme soeur, Hang the DJ ouvre les perspectives des sites de rencontre avec un Tinder nouvelle génération : celui à échéance programmée (une idée qui rappelle le film méconnu Timer). Dès ce postulat de départ, difficile d'imaginer qu'un simple rencart d'une durée programmée de 12h (et donc barrant l'idée d'une relation à long terme) ébauche l'histoire la plus romantique de Black Mirror.

Et pourtant, Hang the DJ l'est bel et bien, notamment grâce à sa sublime poésie. Parce que si le monde présenté est une sorte de tyrannie à la The Lobster, ce ne sont que des apparences, autour d'une seule destination : voir son duo principal donner libre cours à ses envies, son instinct et l'amour qui l'envahit.

Ainsi, après avoir accumulé les clichés inhérents de la comédie romantique dans un monde très formaté, l'épisode s'envole, révélant ses secrets à la The Truman Show voire Matrix. Dans un final entraînant où une évasion libératrice et jouissive détruit toute forme de tyrannie (un peu comme dans Le Lauréat), Hang the DJ se transforme alors en ode à l'amour, aux sentiments, à la féérie, et laisse place à un romantisme attendrissant, apaisant et vivifiant. Magique.

 

Photo Georgina Campbell, Joe ColeGeorgina Campbell et Joe Cole superbes

 

LE PLUS FLIPPANT : RETOUR SUR IMAGE (THE ENTIRE HISTORY OF YOU)

Dans un futur où des implants permettent à chacun d'enregistrer puis visionner ses souvenirs, la dispute d'un couple vire au drame.

L'un des premiers chocs de la série, signé Brian Welsh. C'est aussi le seul épisode de Black Mirror à ne pas avoir été lancé ou écrit par Charlie BrookerJesse Armstrong (The Thick of ItIn the Loop) a imaginé cette histoire terrifiante, qui illustre à merveille l'une des grandes questions de l'anthologie d'anticipation. Comment la technologie va t-elle nourrir les pires instincts et émotions humaines ? Et si au lieu d'aider chaque individu à s'élever, elle le poussait à détruire et chuter ?

La technologie est ici un implant derrière l'oreille, qui transforme la vie en film, et permet à chacun de manipuler sa mémoire - et donc, la réalité, tel un monteur qui modifie l'histoire. Une idée simple mais fascinante, qui permet de repenser l'intimité de manière effroyable (la scène de sexe). Jalousie, doute, mensonge, adultère deviennent ici les puissants moteurs d'un chaos intime, qui ronge le protagoniste (incarné par Toby Kebbell), et le pousse à tout remettre en question - son mariage, son enfant, sa propre vie. Avant le récit de science-fiction, il y a une histoire humaine, d'autant plus forte qu'elle est a priori toute simple.

Plus sobre et moins tape-à-l'oeil que d'autres épisodes marquants, Retour sur image représente parfaitement l'impulsion artistique derrière Black Mirror, et explore avec intelligence le sens profond de cette peur dans l'air du temps.

 

The Entire History of You Dans le reflet de ses yeux : le doute absolu

 

LE PLUS BEAU : SAN JUNIPERO 

1987. Dans les clubs de San Junipero, la timide Yorkie croise l'extravertie Kelly et tombe sous son charme. Mais San Junipero n'est pas un endroit comme les autres : c'est une réalité virtuelle, où chacun se cache derrière les apparences.

A priori, Black Mirror n'est pas associée à l'amour et au romantisme. C'est sûrement pour ça que l'épisode d'Owen Harris a été une si belle surprise (avant Hang the DJ), utilisant la technologie pour raconter une histoire d'amour déchirante, étonnante, inhabituelle et finalement universelle.

Construit sur toute une logique de fausses apparences et tromperies (les personnages bien sûr, mais également l'ambiance rétro si à la mode, qui a été utilisée pour vendre l'histoire), l'épisode joue sur plusieurs tableaux, entre réalité et virtuel, jeunesse et vieillesse, mort et (re)naissance. Les deux personnages, diamétralement opposés, incarnent cette dualité. Et rarement ces motifs de virtuel et avatar auront été utilisés avec tant de finesse et grace, pour servir l'humain.

Car l'intérêt n'est pas dans cet univers factice, dont la nature est révélée simplement en cours de route, refusant par là tout effet de twist facile. San Junipero regarde en face la mort, non pas pour poser un jugement moral sur l'euthanasie ou la tentation d'un paradis virtuel pour accepter un doux mensonge, mais pour placer l'amour comme rempart absolu contre la disparition.

C'est peut-être simplet sur le papier, mais à l'écran c'est magnifique. Déjà derrière Be Right Back (et également Striking Vipers de la saison 5), Owen Harris signe l'un des épisodes les plus précieux et spéciaux de Black Mirror, qui se débarrasse de tous les attributs habituels pour revenir à l'essentiel : l'humain. Gugu Mbatha-Raw et Mackenzie Davis y sont simplement éblouissantes, prouvant qu'elles sont parmi les actrices les plus talentueuses et étonnantes du moment.

 

Photo Gugu Mbatha-RawUn couple magique

 

LES PLUS VÉNÈRES : LA CHASSE (WHITE BEAR) & TÊTE DE MÉTAL (METALHEAD)

Quand Charlie Brooker abandonne le discours théorique et l'exploration de notre psyché, c'est souvent pour nous plonger dans des exercices de style intenses. En témoignent deux épisodes conçus comme des traques absurdes, impitoyables, où l'humanité se retire progressivement du récit.

Dans White Bear, une femme est poursuivie par des hordes d'anonymes, avant de découvrir qu'elle est devenue la cible expiatoire d'un jeu de châtiment totalement inhumain. Dans Metalhead, les survivants d'une bien discrète fin du monde doivent se frotter à la technologie qui semble avoir décimé l'espèce humaine : de banals bots de surveillance, aussi vénères qu'indestructibles.

 

photo, Lenora CrichlowWhite Bear

 

Mon premier est donc un renversement de valeurs assez intéressant, qui n'est pas sans évoquer Orange mécanique en cela qu'il joue constamment avec celles du spectateurs, d'abord révolté par le sort de l'héroïne, puis par les raisons de son enfermement, laissant chacun évaluer froidement jusqu'où il est prêt à accepter l'idée de punition.

Dans mon second, on trouve une quantité de concepts violents et implacables qui forcent le respect. Du design des "chiens" au noir et blanc sublime de David Slade, en passant par la construction de l'action, jusqu'au désespoir sourd de ce récit, tout est fait pour nous pousser au paroxysme d'un état de tension asbolu.

Leur point commun ? L'homme est l'architecte de dispositifs parfaits, mais parfaits dans l'horreur, où la mort paraît la seule issue, le renoncement et l'unique échappatoire. Pire : dans Metalhead, c'est un pur geste d'humanité et de tendresse, le seul de tout le récit, qui s'avérera à l'origine du déferlement de violence auquel nous assistons.

 

Photo Maxine PeakeMetalhead

 

LE PLUS AMBITIEUX : BANDERSNATCH

Stefan est un jeune programmateur qui rêve d'adapter en jeu vidéo un roman fantastique dont le lecteur est le héros. Lorsqu'il est embauché pour le faire par la société Tuckersoft, sa vie est bouleversée et il perd le contrôle de lui-même...

Cet épisode interactif, devenu finalement un film interactif, était très attendu des fans de Black Mirror. À bien des niveaux, Black Mirror : Bandersnatch se révèle être une vraie prouesse technique. En proposant de nombreuses fins différentes (qu'on a listées ici) tout en tenant solidement son scénario jusqu'au bout de chaque timeline existante, le film interactif réalisé par David Slade et scénarisé par l'incontournable Charlie Brooker, est le fruit d'une ambition hors-norme.

En effet, loin d'être une simple histoire de choix effectués par le spectateurBlack Mirror : Bandersnatch va plus loin en se souvenant de chaque interaction du dit spectateur. Encore mieux : il décide, au fur et à mesure de l'avancée du récit, d'empêcher le spectateur de contrôler ou plutôt de lui donner l'illusion du contrôle, l'obligeant à commettre des actes atroces. Tel est pris qui croyait prendre.

Sous ses airs de simple objet interactif, le film se transforme en délire méta proposant une réflexion avancée sur notre propre liberté. Il y a certes des stries scénaristiques, quelques facilités, une certaine légèreté dans l'histoire de base, mais Bandersnatch est sans aucun doute le plus ambitieux projet de Black Mirror.

 

Photo"Hé mais attend, c'est toi qui contrôle le jeu là ou non ?"

 

LE PLUS EN MARCHE : LE SHOW DE WALDO (THE WALDO MOMENT)

Un comédien raté participe à la création d’une mascotte malveillante. Son succès est fulgurant, mais finit par prendre des proportions inquiétantes.

Le Show de Waldo est rarement cité parmi les épisodes favoris des habitués de Black Mirror. Pas ouvertement science-fictionnel, considéré comme caricatural, un peu moralisateur sur les bords… Pourtant, depuis sa diffusion en 2013, ce segment a prouvé sa pertinence, et de la plus terrible des manières.

À un niveau global, le constat est frappant : le triomphe de la communication et sa simplification, souvent par le biais de la viralisation, s’est accentué de manière spectaculaire, tandis que la défiance envers les institutions politiques semble durablement installée. Un avatar clownesque, ne s’exprimant que par détournement, memes et trollage virulent, pourrait-il vraiment exister, enivrer public et médias ?

 

photoQui des deux, est la véritable marionnette ?

 

L’ascension bruyante et temporaire du député Son-Forget apporte des éléments de réponse. Et confirme que si Le Show de Waldo de Bryn Higgins a tant de mal à passer, c’est peut-être parce qu’il est le chapitre de Black Mirror qui vise le plus tragiquement juste, celui qui dénude avec le plus d’irréfutable simplicité l’aspiration de nos sociétés à en finir avec l’exigence démocratique. Une finesse qui se retrouve notamment dans les dialogues, toujours à double tranchant, notamment lors des séquences de débat.

La force du scénario est de mettre en lumière combien Waldo apparaît comme un punk nihiliste et salvateur par endroit. La politique étant tenue par des édiles déconnectées de la réalité, jouant un jeu stérile aux finalités brumeuses, sa capacité à pulvériser les candidats qui l'entourent donne initialement corps aux récriminations d'une fraction du corps électoral désabusé. Comme toujours, l'ambivalence prévaut, et rien n'est noir ou blanc. Pour chaotique qu'il soit, ce Waldo est aussi le symptôme de son époque, voir le fruit pourri qu'elle mérite. Et cette idée est particulièrement déroutante.

 

photo

 

commentaires

Geoffrey Crété - Rédaction
22/06/2019 à 00:47

@Tousen

On ne les a pas oubliés : on trouve juste que ce ne sont pas les meilleurs. C'est un article qui relève de choix de l'équipe, comme dit dans l'intro :)

Tousen
21/06/2019 à 23:54

Ben vous oubliez les plus dérangeants comme le premier épisode (d’ailleurs la plupart ont du mal à poursuivre la série après) , Crocodile (sig la fin) et black museum ....

JayT
14/06/2019 à 16:11

Shut up and dance manque à l’appel car c’est selon moi un des meilleurs. Et quelle chute !

ttopaloff
14/06/2019 à 14:54

Le plus crasseux : Shut Up and Dance

captp
14/06/2019 à 13:09

la liste est très bonne .
RETOUR SUR IMAGE est vraiment celui qui m'a mis la plus grosse claque car terrifiant et totalement plausible a pas si long terme.(de grands malades suivent déjà leurs conjoints a la trace avec une appli) .
Alain Damasio à résumé (et salué) les 3 premières saisons d'une manière très pertinente en expliquant que lui et beaucoup d'auteur de sf ont traité de tout ça mais d'une manière large ,philosophique et politique tapant ainsi sur le haut de la pyramide et le système mais atténuant sans le vouloir la puissance du message sur les gens car juste victime.
alors que Black Mirror à eu le génie de traiter ça avec un microscope en nous montrant nous et en nous renvoyant à la gueule nos plus bas instincts.
Je suis assez d'accord que cette angle de vue est la force de la série...tout du moins les 3 première saison.

Sicyons
14/06/2019 à 12:27

Liste plutôt très pertinente. Même si à mes yeux, et en comparaison du reste du paysage TV que je connais, peu d'épisodes de cette série peuvent être considérés comme réellement mauvais.

Quelques bémols :
-Le Show De Waldo m'a paru peu original, assez attendu dans le fond comme la forme.
- Nosedive est pour moi l'épisode le plus surestimé. Sur une idée de départ fascinante, l'épisode brode une histoire décalée et outrancière qui lui enlève tout impact. Je lui ai trouvé un côté Burtonien des mauvais jours, faisant passer une forme grossière devant un fond pourtant plein de promesses la base.
- Metalhead, bien que particulièrement soigné, donne l'impression d'avoir été déjà vu bien des fois pour qui s'intéresse depuis longtemps à la SF.

Et contrairement à mon prédécesseur, j'ai adoré "USS Calister", qui se permet à la fois de rendre hommage à une série fondatrice, et de s'en émanciper totalement pour raconter une histoire glaçante sous couvert de fausse comédie.

Mon épisode préféré est sans doute "Blanc Comme Neige", d'un niveau absolument cinématographique, leçon d'écriture et de profondeur scénaristique, qui profite également d'une interprétation sans faille.

Et pour moi le plus dérangeant est sans doute le premier. Son scénar est si perturbant que personne n'ose apparemment en parler. Mais bien qu'en apparence racoleur, il dresse un constat terrifiant des réseaux sociaux et du voyeurisme ambiant.

Définitivement une très, très grande série.

cobrakaï
14/06/2019 à 11:18

L'épisode Nosedive est un chef d'oeuvre absolu ! Je lui met 6 étoiles sur 5. S'il arrive à faire mieux que celui-ci, respect.

La plupart de ceux que vous avez cité sont parmi les meilleurs (sauf USS CALLISTER et METALHEAD).

Playtest était aussi un très bon épisode.

Pour répondre à un précédent article, la meilleure saison pour moi est la 3.

votre commentaire