Critique : Moi et toi

Par Sandy Gillet
23 mai 2012
MAJ : 11 octobre 2018
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On n'avait plus trop de nouvelles de Bertolucci. Il faut dire que son faiblard Innocents réalisé en 2003 avait douché les derniers espoirs des aficionados hardcore du cinéaste italien. C'est donc un peu logiquement que le bonhomme avait disparu des radars pour mieux réapparaître au Festival de Cannes 2011 où il reçu des mains de Gilles Jacob une palme d'or d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. Un prix thuriféraire dont on aurait pu penser qu'il scellait là définitivement une filmographie qui ne cessait plus film après film de glisser vers l'anecdotique embarassant. Si l'on est du coup très heureux que Bertolucci ait fait mentir les Cassandre qui l'enterraient en grande pompe, on demeurera une nouvelle fois très circonspect (pour rester poli) quant aux qualités intrinsèques de son nouveau film.

On reconnaîtra toutefois à Moi et toi une continuité dans les thématiques abordées par le cinéaste depuis toujours dont celle du traitement de la jeunesse en tant que symptôme en creux d'une société qui se délite peu à peu en perdant génération après génération sa foi en l'avenir et sa croyance dans les leçons de l'histoire donnant lieu à cet individualisme forcené toujours plus prégnant. C'est peut-être pourquoi Bertolucci situe son nouveau film dans une cave pour un huit-clos souterrain et romain à l'abri des regards d'une ville qu'il ne doit plus reconnaître. Pour illustrer cela, il nous présente Lorenzo (le débutant Jacopo Olmo), un ado de 14 ans mal dans sa peau et peu à l'aise face aux regards des autres, qui décide de sécher une semaine de classe de neige à l'insu de sa mère et de se retrancher au-sous-sol de son propre immeuble. Jusqu'à l'irruption soudaine de sa demi-sœur camée jusqu'aux yeux venue elle aussi se cacher le temps d'une cure de désintox à la « French Connection ». Adapté d'un roman de Niccolò Ammaniti, chef de file du mouvement littéraire dit cannibale en Italie (un coup marketing devenu un vaste soufflet vite retombé depuis) et auteur apprécié, le film de Bertolucci fait montre d'une évidence peu glorieuse. Celle de se raccrocher aux branches d'une écriture dite moderne où le style « parlé » se veut en phase avec son temps. À l'écran cela donne deux personnages désincarnés en proie à des errances et à des problématiques d'un autre temps.  

Difficile en effet de s'intéresser dès lors aux maigres enjeux ni d'être surpris par la fin entre régénération factice et facilité d'écriture. Seule la photo signée Fabio Cianchetti (fidèle au réalisateur depuis Shanduraï mais dont on se souvient surtout  magnifique travail effectué sur La solitude des nombres premiers) tire son épingle du jeu. Et Bertolucci de continuer à flinguer une filmographie qui de signifiante et marquante pour le cinéma mondial à la fin des années 80 est devenue depuis l'ombre d'elle-même. Son Moi et toi fait penser à un vieux satyre obligeant ses propres enfants à se pâmer devant lui. Mais on n'est plus surpris ni même déçu. On se dit juste que finalement il serait en effet temps que cela s'arrête.  

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