En 2041, l’humanité s’est accommodée de l’omniprésence de robots. Mieux, elle a su incorporer la technologie à sa vie quotidienne. De ce postulat, Kike Maillo dresse un futur presque contemporain, engoncé dans une esthétique seventies (un choix délibéré) un brin nostalgique, sinon surannée, en décalage complet avec les avancées techniques présentées. C’est en effet le parti pris du réalisateur que de faire d’Eva un conte moderne et poétique, plutôt qu’un réel film d’anticipation.
On ne se surprendra ainsi pas de voir les manipulations technologiques simplifiées à l’extrême et représentées, pour le cas des caractéristiques des robots, sous la forme de délicats ornements de verre, manipulés façon Minority Report. C’est également cette identité de fable qui laisse planer sur l’ensemble du long-métrage l’ombre d’A.I., a fortiori à l’occasion de parallèles évidents avec le mythe de Pinocchio. Là où certains s’émouvront de la naïveté ambiante, d’autres regretteront l’écrasante omniprésence de bons sentiments, mais ne pourront qu’être pris à contrepied par une révélation finale étonnamment cruelle.
En s’attachant à ausculter les rapports de quatre êtres liés par des attaches de natures diverses, Eva abandonne progressivement une série de problématiques prometteuses, pour se concentrer sur une cellule familiale remodelée par les affres de la modernité. Kike Maillo peut à ce titre compter sur l’excellence de ses acteurs (Marta Etura, déjà parfaite dans Malveillance, et Daniel Brühl), et en particulier de l’éclatante Claudia Vega, future grande à n’en pas douter. L’exploration du thème, vieux comme le monde, du triangle amoureux, se substitue à des interrogations pourtant passionnantes et afférant au genre de la science-fiction, qui se fait alors paysage plutôt que problématique. La question de la création d’un androïde libre souffrira ainsi d’une malheureuse impression d’inachevé.