Films

Les Géants : critique

Par Laure Beaudonnet
19 octobre 2011
MAJ : 6 décembre 2018
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Aux allures de contes pour enfants, Les Géants pourrait être une version revisitée du Petit Poucet de Charles Perrault, à la seule différence qu’on suit les aventures de trois adolescents abandonnés par leurs parents, sans un sou et sans cailloux. Le temps d’un été, Zach et Seth sont livrés à eux-mêmes dans la maison de leur grand-père, leur mère leur laissant miroiter un retour incertain. Abandonnés dans cette campagne luxuriante, ils font la connaissance de Dany, un autre garçon des alentours, battu quotidiennement par son frère aîné. Les trois jeunes vont se lier d’amitié et tenter d’affronter l’adversité de la vie. Ici, le monde des adultes est la source de toutes les difficultés, sauvage et vile. Comme la confrontation du principe de plaisir – le monde des enfants – au principe de réalité qui dévoile ce qu’on peut trouver de pire chez les adultes. Le méchant Bœuf (Didier Toupy) serait alors une sorte d’ogre, un monstre en prise avec les drogues dures qui prend possession de la maison des deux frères pour faire pousser du cannabis.

 

 

A hauteur d’enfant, les soucis n’ont pas la même saveur. Ainsi, Bouli Lanners nous sert un conte initiatique grave avec la douce légèreté du regard adolescent. On retrouve les réflexions naïves et les blagues teintées de matière fécale. Cette faculté à tirer le positif de toute situation, propre à l’âge tendre encore bercée d’illusions. Le cinéaste donne un rythme en apesanteur à son film, parvenant à recréer le regard enfantin et des séquences à tordre de rire. On découvre d’ailleurs que les plaisirs de l’onanisme touchent à leur paroxysme grâce à la digestion du piment à haute dose (à vérifier).

 

 

Bouli Lanners ancre son récit dans des paysages aussi majestueux qu’anxiogènes qui rappellent certains cadres de Raymond Depardon. Les adultes présentés sont à lisière du handicap intellectuel créant ainsi des situations aux frontières de l’absurde. Le film valse tantôt avec le grotesque, tantôt avec l’irrationnel, construisant une atmosphère tout à fait atypique, empreinte d’un humour particulier d’une mouvance du cinéma belge de ces dernières années. L’adolescence prend la forme d’une aventure, isolée des adultes, qui édifie ses propres règles et son propre décryptage du monde. Comme une piqûre de rappel d’un passé universel, Les géants est un film grisant qui se réapproprie la structure du conte.

 

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