Critique : Forces spéciales

Par Simon Riaux
7 novembre 2011
MAJ : 14 octobre 2018
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À Écran Large, c'est bien connu, nous avons l'érection facile, c'est pourquoi sans doute nous attendions ces Forces Spéciales de pied ferme. En effet, un film qui traite de la guerre en Afghanistan frontalement, nanti d'un casting de premier ordre, et bardé de moyens conséquents, il n'en fallait pas plus pour que nous déboulions en projection la fleur au fusil. Hélas, trois fois hélas, nous sommes repartis le canon entre les jambes, terrassés par un ratage dont les mots peinent à esquisser l'ampleur intersidérale.

Après une séquence d'introduction poussive, le spectateur indulgent se dira qu'il faut y voir une concession faite à la Grande Muette, désireuse d'exposer ici ses compétences, ses hommes et son matériel. Erreur, car si les spots publicitaires vantant les mérites de notre armée sont tout à fait regardables, ils ont le mérite de ne durer qu'une trentaine de secondes. Leur absence d'enjeux, de regard, de composition et de réflexion s'étale ici complaisamment durant 107 minutes.

Le réalisateur, Stéphane Rybojad, nous vient du documentaire, et cela se voit, dans le mauvais sens du terme. Sa caméra n'est jamais bien placée, semble n'avoir aucune conscience de ce qu'elle doit montrer, le technicien multiplie les angles sans jamais s'interroger sur ce qu'ils nous narrent. Puisqu'il ne comprend pas les mécaniques de la narration, le metteur en scène fait tout passer par ses dialogues appuyés et emphatiques, multiplie les effets à peine digne d'un étudiant en cinéma (non, le fondu au noir n'est pas l'alpha et l'omega du montage) et se répète à n'en plus finir. À défaut d'être transporté, vous aurez tout de même droit à quelques solides barres de rire, lors de la dernière apparition très “Royal Canin“ du sniper, à l'occasion d'une séquence de drague impromptue, et plus généralement dès que nos fidèles guerriers sortiront leurs pétoires pour dégommer l'ennemi bêtement, alignés et à découvert, méthode que ne renierait pas un Steven Seagal sous codéine.

On ne pardonnera pas au film de servir la soupe à la sinistre communication de crise de nos gouvernants, et de donner des journalistes envoyés en zone de guerre une image d'abrutis inconséquents et irresponsables. Paradoxalement, Forces spéciales nous rappelle sans cesse que nos gentils soldats ne sont pas des brutes, pas des machines à tuer, mais de zentils zenvoyés de la civilization (« Je ne vous déteste même pas ! »), ce qui achève de les transformer en bidasses lobotomisées, tendance feux de l'amour (rien de tel qu'un raid en Afghanistan pour apprendre sa prochaine paternité de la bouche d'un supérieur patriarche).

Si le long-métrage ne vous divertira qu'à condition d'ingérer de spectaculaires quantités d'alcool avant le visionnage, il ne pourra manquer d'intriguer. Comment un projet si tragiquement mal écrit, pensé, et exécuté a-t-il pu entrer en production, lever des fonds, se tourner, et arriver aujourd'hui sur nos écrans ? Nous cherchons encore la réponse.

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