Critique : Accident

Par Thomas Messias
30 décembre 2009
MAJ : 11 octobre 2018
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Régulièrement arrivent sur le marché des ersatz de Johnnie To, qui se targuent d'avoir travaillé avec le maître hong-kongais et s'en font une carte de visite. S'il n'en est pas à son premier film, Soi Cheang est de ceux-là : réalisateur de deuxième équipe sur certains films de To, il est parvenu à intégrer le cercle pas si fermé des amis du cinéaste, qui joue les mécènes dès qu'un scénario lui plaît. C'est ainsi qu'est né cet Accident extrêmement alléchant, qui décrit les agissements d'un gang maquillant les crimes en accidents avant de placer le leader du groupe au sein d'une épaisse machination.

Hélas, les premières images parlent d'elles-mêmes : la mise en scène de Soi Cheang ne vaut absolument pas un clou, accumulant plans inutiles et mal fichus. On rappelle que la force des films de Johnnie To, bien avant leur sujet ou leurs thématiques, est la virtuosité avec laquelle le réalisateur compose des plans d'une beauté furieuse, les agençant ensuite au sein d'une gigantesque chorégraphie de corps et d'esprits. Dans Accident, rien de tel ne se produit, et la crédibilité a rapidement du plomb dans l'aile. D'autant que pour faire passer un tel script, il fallait bien une mise en scène carrée et implacable. Le fameux gang au coeur du film emploie en effet de drôles de méthodes pour tuer les gens sur commande : celles-ci sont à peu près aussi tordues que les jeux pervers auxquels s'adonne la Mort dans les Destination finale. Fausses pistes, enchaînements logiques (?) de micro-incidents apparemment anodins, le tout afin d'empêcher que l'on puisse penser au meurtre, et a fortiori remonter jusqu'aux coupables. Pourquoi pas ? Parce qu'on n'y comprend pas toujours ce qui se passe – merci la mise en scène – et parce que le taux de réalisme est proche du zéro pointé.

On pourrait d'ailleurs passer outre ce manque de réalisme et se contenter d'assister à ces réactions en chaîne pas franchement bien conçues ; sauf que Soi Cheang est plus ambitieux que cela, et fait évoluer son film vers un polar noir et désespéré – à la Johnnie To, oui – dans lequel le chef du gang tente de déterminer si sa femme n'a pas été elle aussi victime d'un tel crime maquillé. Là, d'un coup, le film bascule vers un hyperréalisme où le moindre détail a son importance dans l'enquête, et où tout semble s'emboîter avec une précision infinie. Comme la mise en scène est toujours aussi approximative – mais c'est moins grave -, il y a de nouveau de quoi tiquer. Ce grand écart entre grand-guignol et obsession du réel est aussi inconfortable qu'incohérent, et la totale antipathie du héros malheureux n'aide pas à oublier tout cela. Son destin indiffère, tout comme ce film qui rappelle que Johnnie To est unique et que c'est bien dommage.

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