Critique : Bancs publics (Versailles rive droite)

Par Thomas Messias
6 juillet 2009
MAJ : 12 octobre 2018
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On reconnaîtrait entre mille le style Podalydès, situé quelque part entre Sempé, Tati et Desproges. Bancs publics n'échappe pas à la règle, affichant sa singularité et son originalité à la face d'un cinéma français souvent monolithique. Poda réécrit la comédie humaine sous forme d'un film à sketches, à moins que ce ne soit une pièce en trois actes : la construction mêle habilement les genres, se jouant des conventions avec une candeur rigolarde. Et c'est parti pour un défilé de gueules connues – une trentaine -, ce qui ne manquera pas de faire penser au triste Musée haut musée bas de Jean-Michel Ribes. Le schéma est d'ailleurs un peu le même, puisque le film papillonne d'un groupe de personnages à un autre, insistant sur quelques unes de leurs obsessions.

La comparaison s'arrête là : Podalydès possède un talent inné pour faire vivre les situations et écrire des dialogues brillamment à côté de la plaque. Très foisonnant, le film peine cependant à trouver une vraie cohérence et à imposer son rythme, entrant de temps à autre dans une léthargie heureusement éphémère car rapidement interrompue par l'irruption d'une scène hilarante ou d'un trait de génie visuel. Problème : dans tout film "choral" qui se respecte, certains segments sont plus convaincants que d'autres. C'est vrai ici comme ailleurs, et le monologue plein de lapsus tendancieux de Pierre Arditi ou l'intervention courte mais affligeante de Thierry Lhermitte font partie de ces moments absolument indignes de leur auteur.

Le premier tiers de Bancs publics se déroule dans un bureau, le deuxième dans un jardin public à l'heure du déjeuner. Mais c'est véritablement le troisième qui donne au film toute sa saveur : situé dans un magasin de bricolage, il confirme la filiation Poda/Tati, orchestrant une chorégraphie burlesque et parfois inquiétante autour du ballet des clients et des vendeurs. Cette dernière partie offre au film ses moments les plus drôles et surréalistes, et prouve une fois encore que Bruno Podalydès n'est pas qu'un cinéaste attirant : c'est aussi un acteur renversant, avec une gouaille teintée de douceur. Son frère Denis n'est pas mal non plus. Et l'on quitte avec regrets cette longue déclaration d'amour à l'humain. Regrets que le film n'ait pas su éviter les coups de mou. Regrets de quitter certains personnages. Une impression contrastée pour un film cependant bien difficile à oublier.

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