Critique : Panique à l'hôtel

Nicolas Thys | 31 octobre 2008
Nicolas Thys | 31 octobre 2008

Lorsque les Marx tournent Panique à l'hôtel en 1938 cela fait 5 ans qu'ils ne sont déjà plus que 3 : Groucho, Harpo et Chico. En 1949, pour le dernier film qui réunit le trio, La Pêche au trésor, ils sont seuls, vont et viennent chacun de leur côté, ne se rencontrant qu'occasionnellement. Le trio se meurt malgré quelques séquences d'anthologies, réminiscences de leur parfaite harmonie antérieure.

 

La grande intelligence des Marx est d'avoir su, à eux trois, réunir deux grandes périodes du cinéma comiques américains : le burlesque qui se termine avec le muet, et la comédie sophistiquée qui débute avec le parlant. Les injonctions verbales et fameuses de Groucho accompagnent les prouesses acrobatiques et cartoonesques du mime musicien Harpo, le tout tempéré et synthétisé par Chico.

 

Ce que font les Marx finalement ce n'est rien d'autre que du cartoon en prises de vues réelles et ce n'est pas le générique animé de Panique à l'hôtel qui viendra affirmer le contraire. Leur trois corps assemblés dans un même cadre et ils deviennent aussi clownesques et dynamiques qu'un Bugs Bunny. Dans ce même film on ne sait jamais ni où ni quoi regarder, le rythme est toujours soutenu sans être brouillon, et leurs gags n'en devient que plus explosif. De la dinde aux faux morts, chacun de leur geste et chacune de leur trouvaille détonnent et ils ne donnent jamais au spectateur ne serait-ce qu'un moment pour se poser des questions sur la vraisemblance de la chose.

 

La Pêche au trésor, à voir à la suite, fournit un intéressant précis de dissection du comique marxiste et c'est ce qui fait la grande faiblesse du film. Ils sont beaucoup trop souvent séparés les uns des autres. La famille se disperse, leur potentiel rythmique également. On se rend alors mieux compte encore de l'effet cartoonesque que produisait leur rencontre. Les réparties fabuleuses de Groucho sont celle d'un dessin animé et notamment cette injonction au public, conscient d'être dans un film, alors qu'il s'apprête à fouiller une femme aux allures de Jessica Rabbit et s'arrête à quelques centimètres de sa poitrine saillante pour lancer : « Dans un film français j'aurais pu le faire ». Idem pour la folie d'Harpo à la croisée d'un Keaton et d'un Tex Avery lorsqu'il vole de la nourriture, « parle » au téléphone ou joue les acrobates à la fin du film.

 

Après La Pêche au trésor Groucho continuera seul quelques années et ses frères, éternels rentiers, ne se produiront plus que dans quelques salles de spectacle afin de divertir, sans en avoir financièrement besoin, une foule toujours au rendez-vous.

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