Mensonges d'État : critique

Jean-Noël Nicolau | 22 octobre 2008 - MAJ : 09/04/2020 11:53
Jean-Noël Nicolau | 22 octobre 2008 - MAJ : 09/04/2020 11:53

Le film de guerre contre le terrorisme est à présent devenu l'un des sous-genres les plus populaires d'Hollywood. Par l'absurde, Mensonges d'Etat fait entrer l'univers très contrit du post-11 septembre dans le domaine du thriller politique routinier. Ridley Scott n'a (presque) rien à dire et se contente d'un minimum syndical jamais vraiment désagréable, mais totalement inoffensif. Devant ce film on ne s'offusque même plus des scènes de torture, des fusillades urbaines ou des manipulations de la CIA. Les méchants islamistes font partie du folklore, comme les indiens du Far-West en leur temps.

 

photo, Leonardo DiCaprio

 

En gentil agent de choc, Leonardo Di Caprio nous ressert plus ou moins sa prestation de Blood Diamond et en agent papa poule, Russell Crowe nous offre sa performance la plus poussive depuis longtemps. Les deux discutent beaucoup au téléphone, sans que jamais la progression ronronnante de l'histoire ne s'éveille. Aucune scène d'action mémorable, pas de tension, rien que le classique jeu du chat et de la souris entre les « bons » et les « méchants ». Ridley Scott reste à la surface des choses et on se dit qu'il était finalement bien plus audacieux dans Kingdom of heaven lorsqu'il utilisait les Croisades comme métaphore des conflits actuels.

 

photo, Russell Crowe

 

Certes c'est du travail bien fait. On trouve le temps long sans jamais vraiment s'ennuyer et la mise en scène est inattaquable, reprenant la belle sobriété d'American Gangster. Mais voilà, non seulement Scott ne dit rien mais il s'embrouille dans un scénario qui accumule les invraisemblances les plus grossières. Vu le bazar qu'est devenu l'intervention américaine au Moyen-Orient on se dit qu'ils se comportent peut-être comme dans le film, ça expliquerait beaucoup de choses. Mais dans le cadre d'une œuvre de cinéma, les réactions de la majorité des protagonistes sont souvent aberrantes. Jusqu'à l'amourette entre Di Caprio et une jolie iranienne, qui sert grossièrement de béquille pour un final assez désolant.

 

photo, Leonardo DiCaprio

 

Plus consternant, la morale servie par Scott qui nous clame que la géopolitique mondiale est en plein chaos parce que « Personne n'aime le Moyen-Orient » (sic). A l'écouter il faudrait lancer une campagne de réhabilitation, organiser des soirées caritatives, voire enregistrer une chanson « We love the Middle East ». Pour tout aussi ambigu qu'était Le Royaume de Peter Berg, il avait au moins le mérite d'imposer son point de vue à coup de flingues dans la gueule des autochtones. Mensonges d'Etat n'arrive même pas à se mouiller un peu, évitant toute forme de polémique. C'est au final ce qui risque de révolter : à ne pas prendre parti, on peut donner l'impression de se moquer à la fois de son sujet et de ses spectateurs.

 

Affiche française

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