Critique : Le Chantage

Par Thomas Messias
8 janvier 2008
MAJ : 31 août 2022
1 commentaire

Il n’aura pas fallu beaucoup de patience pour dénicher le premier film bien con de 2008. Dès le 2 janvier, Le chantage place la barre bien haut grâce à son scénario hors pair. Si son twist final est particulièrement gratiné, le film de Mike Barker n’attend pas les dix dernières minutes pour nous entraîner vers les sommets. Tout commence avec la description d’une famille heureuse à 200% : il est beau, elle est belle, ils sont pleins de fric, leur fille joue sagement à la poupée, et leurs dents sont bien blanches. Un bonheur de courte durée, puisque le vilain Pierce Brosnan est planqué dans la voiture avec une arme. Il faut moins de cinq minutes pour réaliser que l’acteur aurait vraiment dû prendre sa retraite en quittant le costume de James Bond : ses mimiques et son œil qui pétille sont usés jusqu’à la corde.

Dès lors, c’est l’escalade, puisque l’on découvre bien vite que le méchant en question n’est pas intéressé par l’argent, mais (sans doute) par une vengeance bien plus personnelle. C’est sur ce mystère que joue le film, et la résolution ne décevra personne. En attendant, Pierce-le-pas-gentil contraint le couple Ultra Brite à exécuter pour son bon plaisir une série d’épreuves haletantes (pour eux, pas pour nous) : courir très vite pour déposer une enveloppe, trouver 300 dollars, tenir en équilibre en haut d’un building… Dans le genre sensations fortes, l’émission « Fear factor » faisait sans doute aussi bien. Son personnage étant particulièrement brimé, Gerard Butler se surpasse pour jouer la souffrance, et se révèle autrement moins convaincant que dans 300. Ici, il ressemble à un Julian MacMahon sans sex-appeal. Et c’est fichtrement ridicule.

Déjà bien naze dans son déroulement (comme une version toute pourrie de The game), Le chantage se savoure bien davantage une fois la révélation finale accomplie. C’est juste après ce dernier plan se voulant particulièrement édifiant et cruel que le film de Barker libère enfin son potentiel de stupidité. Bizarrement, on ressort du film presque enthousiaste, ahuri par tant d’audace, avec une envie inavouable d’aller le revoir aussitôt pour savourer avec un œil nouveau la profonde bêtise de chacun de ses rouages.  

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Flo

Un classique thriller de série B qui fait courir des quidams innocents autour de la ville, avec des acteurs un peu discount qui ne font plus rêver, et des rebondissements roublards de scénario etc… On en a déjà vu beaucoup des comme ça.
Mais, celui-ci est moins bête qu’il n’en a l’air.
Car d’abord, si les fameux retournements de situation (avec aussi quelques fausses pistes liées au travail et à la famille) peuvent être aisément détectables, ceux-ci ont la particularité de reposer sur le hors-champ cinématographique, de manière naturelle dans la narration. Ce qui fait qu’on sent l’embrouille, mais qu’on n’a pas non plus d’indices suffisamment évidents pour mettre le doigt là dessus.
Et ensuite, si ces épreuves diverses permettent de révéler peu à peu le caractère des protagonistes, et surtout leur niveau de zones d’ombres, le sujet du film finit par moins reposer sur une espèce de morale punitive, très conservatrice… Mais plutôt sur une thématique de domination sadique, d’un grand maître d’œuvre sur un menteur pathétique.
On en sort avec une fascination pour cet être manipulateur, plutôt qu’avec un effroi superficiel. Tout ça en une dernière scène à la conclusion sèche.
Une bonne surprise que ce petit film du désormais téléaste Mike Barker.