Critique : Désiré

Par Nicolas Thys
3 décembre 2007
MAJ : 15 octobre 2018
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Désiré est l'occasion pour Guitry de se moquer de servants et maîtres, mais essentiellement des seconds. Devenu pour l'occasion valet de chambre, lui qui se voit usuellement architecte, rentier ou professeur, il en profite pour mettre cette profession assez secondaire mais toujours attachante au premier plan, qu'il représente ici peu ou proue sous les mêmes auspices que les petits bourgeois, la gouaille et la dérision en plus, la raison en moins. On se souvient par exemple d'Arletty assénant qu'elle n'avait jamais entendu ses patrons parler d'autres choses que de domestiques et d'argent quand elle-même ne parle que de ses maîtres et d'argent, ou encore de Pauline Carton en femme adultérine alors que la chose chez Guitry est souvent l'apanage des hautes classes désœuvrées n'ayant d'autres occupations que jouer au chat à la souris.

Le couple phare du récit réunit une nouvelle fois Jacqueline Delubac et Sacha Guitry, dont le désir – le titre ici, également patronyme du personnage principal, est tout sauf innocent, une véritable malédiction qui ne cesse de le poursuivre – sera plutôt platonique. Le film réserve encore des dialogues audacieux et écrits de main de maître et quelques séquences éblouissantes, tel un repas assez calamiteux et frugal que l'image tente de raccourcir au maximum pendant que le son et les problèmes d'ouïe d'une dame idiote l'étirent sans cesse. On parle et on grimace plus qu'on ne mange chez Guitry qui choisit en outre de filmer la séquence le plus souvent en plongée, ajoutant un supplémentaire effet de moquerie à ce spectacle affligeant d'une société qu'on ne peut que regarder de haut !

Le film qui joue d'un bout à l'autre sur un phénomène d'attirance/répulsion et de réserves communes dues au statut social des deux protagonistes se termine une fois encore par un quasi monologue de Guitry devinant et imposant à sa maîtresse, d'une voix sévère mais toujours circonspecte et prudente, le fond de sa pensée. Néanmoins, après un petit jeu mesuré et déguisé où il s'amuse indirectement du caractère sexuel et masochiste du terme « maîtresse », avouant adorer faire l'esclave, obéir et être aux ordres d'untel, le film se clôt sur une fin logique mais plus désabusée que d'habitude.

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