Spider-Man 3 : critique en noire et rouge

Jean-Noël Nicolau | 18 avril 2007 - MAJ : 02/08/2018 14:25
Jean-Noël Nicolau | 18 avril 2007 - MAJ : 02/08/2018 14:25

Spider-Man 3 est un schisme à plusieurs niveaux. 

Déjà notre araignée préférée était partagée entre sa vie de super-héros populaire (les bisous à l’envers, les vieilles dames à sauver…) et son existence de gentil geek maladroit, mais la schizophrénie se complique davantage en l’incarnation de Venom, la Némésis de Spider-Man, dont Peter Parker souffre (et profite) aussi. Et ainsi il en va de tous les personnages du film, tiraillés entre le bien et le mal, entre l’amour et la revanche. L’avis du critique hésite alors entre une objectivité parfois outrée par l’énormité de ce qui est nous proposé et la réaction du môme un soir de Noël devant ses cadeaux et qui se dit « Ouaaaaiisss ! Spider-Man !! ».

 

 

Spider-Man 3, c’est un peu comme un bon film du samedi soir, c’est une histoire taillée dans le marbre et ça ne s’embarrasse d’aucune audace inutile. L’aimera-t-elle pour toujours ? Se vengera-t-il ? Pourquoi Venom est-il aussi méchant ? Va-t-il la sauver ? Tout est prévisible, familier et confortable pour toute la famille. Sam Raimi ne s’en cache jamais et sait préserver la fidélité du matériau d’origine. La météorite transportant Venom tombe tout pile poil juste à côté du vélomoteur de Peter Parker ; Flint Marko (le futur Homme-Sable) s’enfuit précisément sur le terrain d’un accélérateur de particules à ciel ouvert (pourtant il y avait des panneaux…).

Tout esprit critique se retrouve confronté face à ses limites : c’est cousu de fil blanc et pourtant, c’est Spider-Man, qui réalise les plus aberrantes cascades de l’histoire des CGI. Difficile alors d’être à la fois raisonnable et enthousiaste, surtout que lorsqu’il s’agit de donner corps à des cases de Comics, Raimi est sans égal. Mieux, bien plus que dans Sin City ou dans 300, il manie la troisième dimension en délivrant des scènes d’action vertigineuses, jusqu’à l’épuisement de la rétine.

 

  

Ce mélange de guimauve et de scènes outrancières devient au final attendrissant et permet de partager les émotions simples de cet univers intemporel. Encore plus qu’avec le second opus, les cyniques auront matière à tirer à boulets rouges. Mais malgré la prestance des confrontations, il demeure un paradoxal sentiment de trop peu. Sam Raimi ne cesse de privilégier la caractérisation au détriment du spectaculaire. L’équilibre est fragile, et si l’œuvre est généreuse au niveau du délire visuel réjouissant, elle pourra désarçonner par ses errances rythmiques. Cette imperfection la rend d’autant plus attachante, mais confirme qu’il ne s’agit pas d’un accomplissement. Le réalisateur parvient à nouveau à conclure sur un élan de romantisme intimiste tout en nous faisant déjà rêver de la suite. 

 

Résumé

Le temps passe, les ennemis trépassent, le fade Peter Parker mûrit pour les beaux yeux de Mary Jane, et tant que Sam Raimi relève ainsi ses paris, Spider-Man tissera sa toile cinématographique avec un brio qui finit toujours par nous conquérir. Go get ‘em Spider !

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commentaires
Flo
07/03/2020 à 10:56

Superbe, bien que décrié par beaucoup de monde (ah! les épisodes 3).
Pourtant c’est celui dont les vilains sont les plus fidèles aux comics et les plus « flamboyants ». Rien que la naissance de l'Homme Sable est un bijou à lui seul.
Trop lourd et trop dense (Gwen et son père n’ont pas vraiment d’importance ici) c’est vrai, mais en rajouter un max n’est pas incompatible avec la vie d’un super héros.
En fait, ce film est l'antichambre des films Marvel Studio, qui fonctionnent aussi sur la multitude, les personnages esquissés qui attendront un autre film pour avoir leur heure...
Et donc sur des histoires qui se bornent surtout au surdéveloppement plutôt qu'à la performance de la mise en scène. Sauf que Kevin Feige a appris du tournage de ce film, et a plus le soucis de l'équilibre (acrobatique souvent).

-Inspiration ciné: "Superman 3", en un peu mieux.
-inspiration comics: comme les deux premiers, plus la première saga de "Venom" et "Spîder-Man, L'Enfant Intérieur".

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