Critique : Scaramouche

Jean-Noël Nicolau | 5 janvier 2007
Jean-Noël Nicolau | 5 janvier 2007

Amorcé par son extraordinaire version des Trois mousquetaires avec Gene Kelly, George Sidney parachève le renouveau du cinéma de cape et d'épée avec ce flamboyant Scaramouche. Si le Robin des Bois de Michael Curtiz demeure intouchable, la volonté de Sidney de mêler le genre avec les codes de la comédie musicale offre à l'œuvre une verve sans pareille. Technicolor clinquant, répliques aussi tranchantes que les épées, triangle amoureux attachant, personnages sympathiques et enjeux palpitants, les ingrédients sont évidemment exquis. Il faut ajouter le charme kitsch de cette « Normandie » au soleil de la Californie, les débordements un peu naïf des grandes heures d'Hollywood et une générosité présente dans tous les plans.


Si de prime abord Stewart Granger semble manquer un peu de charisme, surtout en comparaison avec ses prédécesseurs, il impose sa silhouette massive qui sied finalement fort bien à ce héros mi-chevalier, mi-bouffon. Son instruction d'épéiste gagne ainsi en crédibilité, ponctuée par ses duels avec le merveilleusement détestable marquis de Maynes. Ces confrontations, en crescendo spectaculaire, sont les clous de Scaramouche et leur chorégraphie demeure mémorable. Seule la conclusion de l'œuvre pourra un peu décevoir par son aspect expéditif, mais aussi marquer par ses tonalités mélancoliques inattendues.


Le film sait se montrer sérieux, même si la vision de la France prérévolutionnaire relue par Hollywood prêtera à sourire. Mais nous sommes avant tout dans le domaine de la fantaisie, les gags abondent et les bons mots fusent de toute part. Scaramouche n'a donc rien perdu de sa fraîcheur et de son sens du rythme, les aspects les plus surannés s'appréciant à présent avec une certaine tendresse. C'est un grand classique bondissant, tout public et superbement écrit, un fleuron de ce fameux « Âge d'or » du cinéma américain que l'on ne peut que vivement encourager à savourer.

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