Critique : Over There

Par Zorg
28 juillet 2006
MAJ : 29 mai 2024
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Faire une série télévisée sur un conflit armé en cours, plus particulièrement celui qui secoue l’Irak depuis l’invasion américaine de 2003, est non seulement un exercice extrêmement périlleux, mais aussi et surtout pratiquement une première mondiale. Le seul exemple qui vienne à l’esprit est MASH, même si le contexte de l’époque avait été modifié pour des raisons « politiques ». En effet, à l’instar du chef d’œuvre de Robert Altman, la série qui démarra en 1972 (soit deux ans après le film) porta ses attaques envers la guerre du Vietnam en plantant son histoire durant la guerre de Corée. De plus, s’il fallait faire une ultime comparaison entre les séries MASH et Over There (Là bas, en français), la première est une satire de la guerre et ses absurdités, tandis que la seconde se veut une peinture réaliste du conflit américano-irakien et de ses enjeux.


Il en fallait visiblement plus pour empêcher Steven Bochco et Chris Gerolmo de déployer le projet Over There. Rappelons que le premier est le producteur à succès et créateur de la célèbre série NYPD Blue (avec David Milch, qui lui officie désormais sur la géniale Deadwood), et que le second est le scénariste de Mississippi Burning. Alors soldat, mission accomplie ? Oui et non, mon général.


Over There

est une série essentiellement orientée vers et motorisée par le développement psychologique de ses personnages. On suit au cours des treize épisodes de l’unique saison les pérégrinations d’un peloton « judicieusement » hétéroclite, dans la mesure où chacun de ses membres représente comme par hasard une minorité ethnique, culturelle ou religieuse précise. Nous avons pêle-mêle : le chef gueulard mais relativement juste avec ses hommes, l’intello binoclard, le rebelle qui tire avant de réfléchir, le mystique dont les balles sont guidées par le Tout-puissant, le musulman impliqué, la bimbo blonde attirant les emmerdes, la latino mère de famille, sans oublier le p’tit gars qui n’en veut malgré une jambe en moins.


Cependant, il n’empêche que chaque épisode couvre au moins un aspect spécifique de l’occupation américaine en Irak. On passe ainsi en revue le problème de la torture, les relations avec la presse ou les ONG, l’ingérence des sociétés pétrolières dans les affaires domestiques irakiennes, le pillage, les attentats suicides…

Malheureusement, tout n’est pas traité avec la finesse et le recul nécessaire pour être réellement pertinent. Les auteurs ont au moins le mérite de ne pas systématiquement tout présenter sous un jour pro-américain, mais la caricature pointe régulièrement le bout de son nez. On oscille ainsi entre le plutôt pertinent (l’épisode où les soldats défendent les intérêts d’un village irakien face aux agissement d’un vil colon impérialiste travaillant pour une des nombreuses sociétés profitant de l’effort de reconstruction) et le franchement caricatural (l’épisode où un journaliste interviewe des troufions et « déforme » la réalité).


Par ailleurs, une partie de l’action concerne les familles de soldats restées au pays. Si cet aspect s’avère réellement intéressant dans le cas du soldat mutilé dans le pilote et qui tente de se réadapter une fois rentré chez lui, on reste nettement plus circonspect devant la pertinence de la déchéance alcoolique d’une épouse esseulée ou des atermoiements sentimentaux d’un mari s’occupant de sa progéniture pendant que madame est au front.

Over There est donc une œuvre un peu bancale, prise entre le marteau de la dénonciation et l’enclume de la propagande, qui tente, parfois maladroitement, parfois avec succès, de présenter de manière objective une situation extrêmement délicate et compliquée. C’est alors au public de se faire son idée en fonction de ses goûts, de ses principes et de sa position géographique de part et d’autre de l’océan Atlantique.


Cependant, malgré tous ses défauts, dont un générique de fin assez particulier (vous avez le choix entre totalement écœurant et/ou d’une débilité ahurissante), Over There reste relativement agréable à suivre. Les américains démontrent une fois de plus leur maîtrise visuelle et leur savoir-faire dans l’art de faire passer la Californie pour n’importe quel pays du globe, mais l’absence de réelle prise de position politique de la part des auteurs peut être diversement interprétée.


Pour finir, précisons que la série n’aura connu qu’une seule saison. FX, la chaîne qui l’a diffusée aux États-Unis, n’a pas jugé bon de prolonger l’expérience après des audiences relativement faibles, même (surtout) pour une chaîne du câble. Cela donne ainsi un côté mini-série à l’ensemble, qui forme un tout relativement homogène, et qui a le mérite de ne pas s’éterniser inutilement.

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