Critique : Ça commence à Vera Cruz

Par Laurent Pécha
20 septembre 2004
MAJ : 29 mai 2024
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L’auteur de L’Invasion des profanateurs de sépultures et de L’Inspecteur Harry n’en était encore qu’à ses débuts lorsqu’il réalisa cette honnête série B. Ça commence à Vera Cruz n’est effectivement que le troisième film de Don Siegel. Ce prince de la série B, comme on le surnomme souvent, ne gagna des galons et une reconnaissance accrue que lorsqu’il réalisa les films précités, ou encore le singulier Les Proies. Toute sa carrière, Siegel fut souvent considéré comme un artisan talentueux au service d’une histoire classique. Ça commence à Vera Cruz constitue un exemple parfait du savoir-faire du réalisateur, mais aussi de la portée quelque peu relative de son cinéma.

Car, en effet, rien dans le scénario du film ne peut laisser espérer autre chose qu’une efficace série B : trois groupes qui se pourchassent les uns et les autres pour mettre la main sur un magot volé. Tout le talent de Don Siegel consiste à s’attacher à rendre son récit le plus attrayant possible.
Premier atout : son goût immodéré pour les décors naturels. Le film est ainsi constamment dépaysant, la caméra tirant merveilleusement partie du cadre photographié.
Son second atout, sans nul doute le plus important : un sens du rythme qui rend cette course-poursuite haletante. Une fois que Robert Mitchum prend le volant de la voiture de Jane Greer, le film s’emballe et trouve un tempo effréné qu’il gardera jusqu’au dénouement final.
Troisième et dernier atout majeur : les comédiens. En 1949, et après presque dix ans de métier, la célèbre dégaine nonchalante de Mitchum est déjà une valeur sûre. Le type est génial et chaque plan du film suffit à le prouver. Avec un as pareil dans son jeu, Siegel peut difficilement faire fausse route. Une autre bonne carte, c’est d’avoir su adjoindre au grand Bob sa partenaire de La Griffe du passé, Jane Greer. La complicité est évidente (il suffit de voir les petites piques d’amoureux qu’ils se lâchent à longueur de temps) et le couple fonctionne à merveille. Les seconds couteaux ont ce que l’on appelle des gueules (mention spéciale au patibulaire William Bendix) et ajoutent au réalisme du film.

Siegel avait compris bien avant la plupart de ses collègues ce que signifiait le terme «efficacité». Un cadrage serré, un minimum de plans, des dialogues allant à l’essentiel. Une sorte d’épurement cinématographique sans réel contenu si ce n’est le plaisir brut d’une aventure trépignante. À noter qu’il est évident que cette méthode Siegel, cette façon de raconter l’histoire en plein cœur de l’action afin de garder un rythme conséquent, a fait école, à commencer chez le quasi débutant James Cameron lorsqu’il réalisa Terminator.

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