Critique : Le Direktør

Julien Foussereau | 27 février 2007
Julien Foussereau | 27 février 2007

Qui de von-Trier-le-mégalo ou de Lars-la-déconne est le plus fréquentable une fois les lumières éteintes ? Insondable question car le pire et le meilleur se côtoient dans chaque registre du cinéaste danois. Par contre, on clame haut et fort qu'après Manderlay, suite-reprise foireuse et grandiloquente de Dogville, il était grand temps de marquer une pause ludique tant pour lui que pour nous. À en juger par la note d'intention du Direktør, faire de son nouveau film « une comédie sans danger », Lars nous aurait-il enfin entendu ?

On serait vaguement tenté de répondre par l'affirmative en regardant Lars von Trier s'essayer au rire de bureau –formule qui a fait ses preuves à la télévision grâce aux cartons que furent Caméra Café et The Office. Seulement, on commence à connaître le fort penchant du lascar pour la roublardise et le narcissisme déplacés. Ainsi, lorsqu'il vend l'absence de danger du Direktør en la justifiant avec « l'Automavision », variante du Dogme 95 censée perturber la caméra au moyen d'un ordinateur bousculant ses paramètres préétablis pour que l'on obtienne « … une surface dépourvue d'idéologie… », on peut légitimement s'attendre à trouver baleine sous galet. Si en plus le cinéaste peut insérer là sa caution « Je suis un expérimentateur de formes et un auteur », ça ne mange pas de pain.

Alors oui, avec sa tentative de screwball comedy matinée de postmodernisme, Lars von Trier montre à qui veut l'entendre qu'il connaît ses classiques. Et l'on concèdera qu'il n'est pas rare de glousser devant Le Direktør. Ce mérite, sur lequel il faut insister, est à mettre au crédit du casting énergique emmené par Jens Albinus, tordant en acteur raté. Le principal problème réside dans cette difficulté à identifier a posteriori le pourquoi du rire. Rigolons-nous avec Lars de sa mécanique burlesque ? Ou bien ne raillons-nous pas la vision en mode « enfoncement de porte ouverte » de von Trier sur un monde qu'il met en scène de façon très boulevardière ?

Parce que là où le cinéaste rêverait que l'on envisage son Direktør comme une satire iconoclaste sur le monde du travail (à son corps défendant bien évidemment), on ne peut que constater une succession de situations banales, parfois faciles, (photocopieuse, conseil d'administration, promotion canapé, etc.) imaginée par un nombriliste n'ayant pas vraiment les moyens de ses ambitions. Comme si, derrière le plaisir délectable que procure la trogne rougeaude du cinéaste islandais Fridrik Thor Fridriksson vociférant sa haine du peuple danois, Jean-Marc Barr complètement à l'ouest, Ibsen vu comme « …un trou du cul. », von Trier prenait soudainement conscience de ses propres limites et de sa méconnaissance de l'univers auquel il tente de nous faire adhérer… pour mieux nous dire d'aller tous nous faire foutre. Puisqu'il nous a apporté quelques rires, on n'entrera pas dans le jeu de "Larsouille". On ajoutera juste qu'on le plaint.

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