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L’Incroyable Destin de Harold Crick : Critique

Par Sandy Gillet
8 janvier 2007
MAJ : 20 octobre 2018
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Quelque part l’histoire du dernier film de Marc Foster, à qui l’on doit « les plus belles séquences de cinéma avec Halle Berry dedans » (ce qui au passage n’est pas rien), peut se résumer à un plan : celui où Karen Eiffel (Emma Thompson), écrivaine de son état, s’emploit voûtée derrière sa machine (le tout filmé en légère contre-plongée) à trouver une fin pour son dernier roman. Toute la détresse de l’artiste forcément démiurge est là, quand il n’est plus question que de douloureuses remises en question et de perte de confiance en soi. L’Incroyable destin de Harold Crick (que le titre français est mal choisi au vu du Stranger than fiction nettement plus « imagé » en VO) c’est cela traité sur le ton « badin » de l’exorcisme vécu de l’intérieur, de celui que vit Harold Crick personnage à la fois réel et de fiction, quand il apprend que sa vie ne tient qu’à quelques mots jetés en pâture au sein du tourbillon de la Création littéraire.

 

 

De cette « lecture » à double niveau issue d’un scénario aussi original que génial (le tout premier signé Zach Helm, retenez bien ce nom) que Marc Foster met brillamment en scène via une poésie du mouvement et du cadre qui laisse admiratif, le spectateur en retient une certitude : celle d’assister à un spectacle total, plein de sens et à l’intensité rare. Une impression due aussi en grande partie à la prestation tout simplement énorme de Will Ferrell en agent du fisc à la vie mathématiquement réglée et qui soudain doit cohabiter avec… une voix qui va le pousser à vivre sa vie. Si à ce stade l’on ne peut doublement s’empêcher de penser au Truman Show de Peter Weir, c’est que si la vie par procuration démasquée est la thématique centrale dans les deux films, la performance de Will Ferrell semble procéder de la même envie qu’animait Jim Carrey à l’époque : abîmer l’image du « comique » pour en faire quelque chose de plus protéiforme et de moins « accessible », un peu comme si l’acteur se fondait définitivement dans son personnage de fiction à la recherche non pas de réponses mais d’interrogations.

Ce questionnement perpétuel, cette mise en abyme sans fin, c’est tout le mérite d’un film à la probité et à la clairvoyance intellectuelle rare. Le ton à mi-chemin entre la comédie romantique et le drame très noir avec un zeste de fantastique assumé fait le reste et lui permet de voguer en des eaux peu fréquentées et de toute façon très rarement domptées avec une telle maestria. La « faute » sans doute aussi à une pléiade de seconds rôles
tous aboutis, prestigieux et fortement ancrés dans l’histoire : de Dustin Hoffman que l’on avait pas vu aussi impliqué depuis longtemps à Emma Thompson donc en passant par Queen Latifah en assistante castratrice puis rédemptrice et Maggie Gyllenhaal, l’objet même de la romance pour Harold Crick.

Dire que Marc Foster qui avait déjà fortement impressionné avec son À L’ombre de la haine, devient un réalisateur avec qui il faut définitivement compter est un euphémisme. Reste maintenant à voir ce que son remake de 36 quai des orfèvres va donner mais le moins que l’on puisse dire c’est que le projet vient de prendre un violent coup question crédibilité. C’est en tout cas tout le mal qu’on lui souhaite.

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