Critique : Pulsions

Julien Dury | 7 novembre 2006
Julien Dury | 7 novembre 2006

Brian De Palma a toujours été un peu mort. Pas moyen de trouver une de ses réussites qui ne soit pas construite à partir d'un matériau préexistant, comme si tout était déjà crevé et que le cinéma n'était plus qu'un tri sélectif entre ce qui est recyclable ou non. Mauvais roman d'épouvante (Carrie), légendes fantastiques (Phantom of the Paradise), séries télévisées ([b]Les Incorruptibles, Mission impossible), tout y passe. Enfin on sait que l'activité préférée du cinéaste reste le viol de la filmographie d'Alfred Hitchcock. Pulsions en est l'enfant le plus brillant, à mille lieux du ratage sinistre que constituait Obsession. De Palma s'y contentait d'une reprise tautologique de Vertigo avec pour seuls fruits la stérilité et le ridicule. Pour ne rien arranger, Bernard Herrmann y composait l'une de ses pires partitions.

Quatre ans plus tard, c'est une nouvelle manche qui se joue dans Pulsions. Déjà, le compositeur a changé suite à la mort du vieux Bernard. C'est désormais Pino Donaggio qui se charge d'enluminer le film avec une musique perturbante qui hésite entre Mendelssohn et un mauvais film érotique. Une joyeuse ambiance que l'on retrouve dès l'ouverture du film qui aligne masturbation féminine mouillée et quasiviol conjugal. Le temps du respect figé d'Obsession n'est plus à l'honneur, laissant place à une variation ravagée sur Psychose. Le film d'Hitchcock était construit sur un retournement narratif que De Palma reprend en l'amplifiant jusqu'à l'aberration. Pour tout dire, Pulsions est peut-être supérieur à son modèle dont la sécheresse s'accommodait mal d'une fin grand-guignolesque. Ici, l'excès permanent fait accepter chaque scène comme une protubérance de plus. Il y a quelque chose proche de la haine dans cette manière de parcourir le peu de chemin entre la maîtrise de l'originale et la monstruosité de la reprise.

D'ailleurs, Pulsions est une déclaration de haine contre bien des choses. Haine de la cohérence narrative, avec ces dix minutes de cauchemar absurde et génial qui clôturent le film. Haine de la femme qui n'échappe à une MST que par un assassinat. Et pour finir, haine des acteurs dont pâtit en premier lieu le pauvre Michael Caine condamné à se travestir pour apparaître en premier plan. Cette entreprise de destruction permanente donne son côté grandiose au film d'ailleurs réalisé en 1980, à l'aube de la Décennie du Vide au cours de laquelle De Palma ira encore plus loin avec Body double, un crachat hideux et hilarant sur le corps de Fenêtre sur cour.

Tout de même, il y a un seul moment dans Pulsions où le cinéaste semble reconstruire quelque chose. La scène du musée ressuscite une nouvelle fois Vertigo et dans sa perfection se trouve être l'une des plus belles de l'œoeuvre de De Palma. La parade silencieuse est exécutée de main de maître. Pourtant, elle semble une parenthèse un peu égarée dans l'ensemble du film. Quelques minutes plus tard c'est le meurtre, l'ascenseur et Psychose qui reprend l'avantage sur Vertigo. Fini les mélodrames amoureux, voici l'âge des assassinats sanglants.

Résumé

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.

Lecteurs

(4.7)

Votre note ?

commentaires
Aucun commentaire.
votre commentaire