OSS 117, Le Caire nid d'espions : critique au soleil

Créé : 19 avril 2006 - Vincent Julé

Entre un Incontrôlable au goût douteux et une Doublure périmée depuis belle lurette, la comédie française a un mal fou à se renouveler, voire tout simplement à faire rire. Dernier symptôme en date, le retour bruyant et rouillé des Bronzés au cinéma, dont le succès « peut » notez les guillemets sonner comme une capitulation du spectateur. C'est pourquoi il faut saluer, et même applaudir, la sortie de OSS 117. Sans révolutionner le genre, le film réussit à faire preuve d'une originalité et d'une vitalité rafraîchissantes, ce malgré l'absence quasi-totale d'histoire ou d'enjeux.

Affiche teaser
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Héros de romans d'espionnage écrits par Jean Bruce de 1949 à 1963, le personnage de OSS 117, ou Hubert Bonisseur de la Bath pour faire plus court, a déjà connu les joies du grand écran à travers une série de sept films aux titres délicieux comme Furia à Bahia pour OSS 117 (1965), OSS 117 se déchaîne (1963) soit deux ans avant Fantômas tout de même  et surtout le mérité OSS 117 prend des vacances (1970). Le cru 2006 se distingue de la facture classique de ses prédécesseurs par un ton ouvertement comico-référentiel.

Pourtant, c'est bien cette même facture classique qui frappe lors du pré-générique. Contrastes nets et parfaits, décors cartons pâtes, personnages entre la caricature et le roman-photo, l'esthétique old school renvoie directement aux séries B des années 50. Un peu comme s'il prenait l'envie à certains de tourner un OSS 117 de l'époque avec les moyens d'aujourd'hui, sans dérision ni cynisme, mais avec ce qu'il faut de décalage pour faire tomber le film dans la pure comédie. À savoir ici, une phrase : « Je ne cèderai jamais devant la barbarie ! ». Le look est donné, le ton aussi, reste plus qu'à Jean Dujardin de faire son (one-man) show.

 

Photo Jean Dujardin

 

Que les pourfendeurs de Brice de Nice se rassurent : le comédien enfile le smoking d'agent secret et idiot, ou terriblement intelligent, avec une aisance déconcertante. Pire encore, et c'est tant mieux, une question revient tout au long du métrage : qui d'autre que lui aurai pu incarner ce cousin éloigné de James Bond et voisin de palier d'Austin Powers ? Il est en effet l'un des seuls beaux mecs virils en activité, avec une vraie carrure de héros et ce petit plus burlesque. Inutile de préciser non plus que le comique s'en donne à coeur joie dans ce rôle de bon français, à la fois misogyne, homophobe et colonialiste.

Il aligne les punchlines graveleuses et les remarques désobligeantes avec un flegme et une assurance désopilantes. Décomplexé, fin dans sa lourdeur (joli paradoxe), imprévisible, OSS 117 fait ainsi rire, beaucoup rire, avec une attention toute particulière pour les deux secondes de blanc suivant chaque vanne.

 

Photo Jean Dujardin

 

En plus de se beurrer la biscotte ou de donner des coups de Polish, Jean Dujardin n'évite pas de dévorer l'écran au détriment de… tout le reste. En effet, les intrigues d'espionnage, le fin mot de l'histoire, les OSS Girls, les allers-retours dans Le Caire, rien n'est vraiment important, ni captivant. Seuls les méchants de pacotille ont le droit à leur minute cinquante de gloire. Les auteurs, Michel Hazanavicius (du Grand Détournement au spectacle d'Eric & Ramzy) et Jean-François Halin (qui a malheureusement réussi à faire oublier ses exploits sur Canal + et les Guignols en signant les scénarii des films de Patrick Timsit), peinent donc à donner chair à leur récit et à exploiter tout le potentiel des personnages secondaires. Le film ne fonctionne ainsi que par intermittence, par éclats, dans un style proche du comique de situation ou du sketch. 

 

Image 111725

Résumé

Une comédie réjouissante, finement écrite et menée par un Jean Dujardin irrésistible.

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