Critique : Le Temps qui reste

Par Erwan Desbois
29 novembre 2005
MAJ : 25 février 2020
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Après le couple dans 5*2, François Ozon s’attaque à un autre grand sujet : la mort. Il la traite dans tout ce qu’elle peut avoir de brutal et d’inattendu, via le destin de Romain, trentenaire dans la force de l’âge atteint d’un cancer foudroyant qui ne lui laisse plus que quelques semaines à vivre, une fois écartée la solution d’un traitement lourd et à la réussite plus qu’hypothétique. Mince chance de survie abandonnée sans hésitation, car la première réaction de Romain est le rejet violent de tout ce qui le rattache au monde des vivants afin de ne pas être regretté. Les premiers à en pâtir sont ses proches. Romain devient en effet détestable vis-à-vis de son petit ami, de ses parents et de sa sœur, desquels il cherche à se détacher brutalement et sans leur donner d’explication. La seule à être dans la confidence sera sa grand-mère, pour des raisons aussi complexes que l’est le personnage interprété par Jeanne Moreau : distance prise par rapport au reste de la famille, franc-parler et indépendance jalousement préservée, mais aussi âge avancé qui la rapproche d’autant plus de la mort et l’éloigne de Romain.

Ces scènes d’adieux violents et sans compassion sont de loin les meilleures du film. En faisant de Romain quelqu’un qui se considère comme déjà parti, et en observant à travers lui le point de vue des « survivants », Ozon parvient à donner corps au vide engendré par la mort sans tomber dans le récit tire-larmes. Les performances d’acteurs n’ayant pourtant qu’une ou deux scènes pour imposer leur personnage y sont pour beaucoup : Daniel Duval est poignant en père maladroit et repoussé sans ménagement, mais c’est surtout Jeanne Moreau qui se rend inoubliable dans un rôle d’une ambiguïté et d’une beauté sur mesure.

Cette première partie réussie reste malheureusement sans suite. À court d’inspiration, Le Temps qui reste retombe dans sa seconde moitié dans des sentiers battus et rebattus, sur le thème « la vie est plus forte que la mort et l’oubli ». Un sujet sans originalité au traitement sans surprise, mal camouflé derrière l’intellectualisme branchouille qui est censé servir de style au film. Ca donne une histoire inutilement alambiquée d’enfantement (on n’en dira pas plus afin de ne pas spoiler), dans laquelle Ozon confond réalisme et sordide et s’enlise dans un symbolisme pesant. Si l’on ajoute à cela que le scénario n’évite ni les clichés ni les redites avec les précédents films d’Ozon (le plan final avec coucher de soleil sur la plage, déjà présent dans Sous le sable et 5*2, combinant même ces deux défauts) et que le personnage principal, arrogant et égocentrique dès le début, ne dégage absolument aucune empathie, il devient évident que le nouveau chouchou du cinéma d’auteur français a ici raté le coche. Et que le François Ozon sérieux et donneur de leçons sur la vie qui émerge peu à peu est décidément moins intéressant à suivre que le François Ozon irrespectueux et pervers des débuts.

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