Critique : Inside deep throat

Patrick Antona | 20 juillet 2005
Patrick Antona | 20 juillet 2005

Une des grandes qualités du cinéma américain est de savoir proposer de temps en temps au spectateur blasé par des blockbusters estivaux bourrés d'effets spéciaux un documentaire qui, en s'appuyant sur un fait au premier abord inoffensif, se trouve être le révélateur de toute un bouleversement de la société, tout en restant un objet filmique assez fun pour éviter la case « pour intellectuels seulement ». En décrivant l'arrière-cours du premier film pornographique à succès, ses conséquences sur ses auteurs et acteurs et ses retombées autant judiciaires qu'artistiques, Inside Deep throat arrive à point nommé, avec d'autres essais du même genre tel The Kid stays in the picture, pour offrir une relecture, par la bande, de la révolution sexuelle issue des années 60 et de tout un pan du cinéma américain qui est maintenant révolu : celui du porno à thèse.

Illustré par des entretiens avec notamment Gerard Damiano (ex-coiffeur reconverti dans l'industrie du sexe), Harry Reems (la vedette masculine), de témoignages d'époque (dont ceux de Linda Lovelace au destin plus que trouble), le tout rythmé par un montage digne de Michael Moore, avec musique groove et disco utilisée à bon escient, Inside Deep throat se révèle passionnant de bout en bout. Il y a d'abord ce regard ironique porté sur ce que sont devenues aujourd'hui les vedettes à scandale d'hier, et les témoignages hilarants des personnes ayant pris part au succès du film à l'époque. De Gerard Damiano en retraité peinard à Harry Reems en « reborn-christian », c'est toute une galerie de personnages haut en couleurs qui est passée en revue, fournissant un éclairage inattendu sur ce qu'ont été les coulisses d'un film qui personne ne se doutait être aussi révolutionnaire.

Il y a ensuite ce regard plus circonspect sur les contradictions d'une société américaine toute emprunte d'une vertu qui la pousse à faire un procès à un homme pour une simple scène de fellation (Harry Reems échappera à la prison de peu), alors qu'elle s'assoit tranquillement sur les millions de dollars qu'engrange le sex-business rien qu'aux USA, illustré avec bonheur par les déclarations d'un procureur toujours droit dans ses bottes et par la remise des Awards du cinéma X à Las Vegas. Car, cette fameuse scène de fellation devient tout à la fois emblématique de l'époque où l'amour libre florissant est au but au retour à une morale droitière personnifiée par le président Nixon (le terme Deep throat prendra alors un relief tout particulier dans l'affaire du Watergate par la suite…) et où certains comprennent que le filon du sexe, habilement exploité, peut faire sauter la banque. Pour la petite histoire, Gorge profonde a été tourné pour 25 000 dollars en 6 jours à Miami, il en a rapporté plus de 600 millions à travers le monde. Et lors de l'émergence du magnétoscope à la fin des années 70, le film de Gerard Damiano représentait 50% des locations !

Les seuls bémols à porter sur le film de Barbato et Fenton concernent l'évocation des liens de Damiano avec certains maffieux concernant l'exploitation de son film qui est laissée en retrait. Et surtout le raccourci trop rapide sur le destin de Linda Lovelace, qui finira par mener une croisade anti-porno dans les années 80 dont les auteurs n'explorent pas assez les tenants ou les aboutissants, véritable revirement d'une femme marquée psychologiquement ou revanche aigrie d'une personne déçue ? Elle décèdera des suites d'un accident de la route en 2002, laissant ses questions en suspend.

Mais tout ceci ne gâche en rien le plaisir de ce qui reste un témoignage en profondeur sur une certaine Amérique, que l'on pourrait mettre en parallèle avec Larry Flint et Boogie nights, le tout ponctué d'interventions percutantes de John Waters, Gore Vidal, Norman Mailer et Wes Craven (qui il faut le rappeler, a débuté dans le porno). Même le spectateur français de la génération de l'auteur de ces lignes (celle des trentenaires) aura la plus grande surprise de voir que le Dr. Ruth fait toujours partie de ce monde ! Quant à savoir si la scène de fellation fait partie des archives du film, rendez-vous dans la salle pour le découvrir…

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commentaires

Bob
19/07/2015 à 07:34

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