Critique : L'Homme qui tua Liberty Valance

Laurent Pécha | 17 juin 2005
Laurent Pécha | 17 juin 2005

Parmi la multitude de chefs-d'oeœuvre de John Ford, L'Homme qui tua Liberty Valance possède un attrait particulier, celui d'être tout simplement son dernier immense western. Pour l'occasion, le cinéaste multi-oscarisé (quatre statuettes de meilleur réalisateur) retrouve le noir et blanc de ses débuts (celui de La chevauchée fantastique) tout en continuant d'explorer les thèmes qui lui sont chers. C'est sans doute avec Liberty Valance qu'il aura su le plus magnifiquement mettre en évidence son profond et viscéral attachement à la justice et aux valeurs humaines. Formidable évocation d'un Ouest en pleine mutation, le film met en balance et dans la plus intense des confrontations (la menace Liberty Valance interprété par un impressionnant Lee Marvin est constamment palpable) la violence des armes (représentée par les deux véritables adversaires que sont Doniphon et Valance) face à la volonté d'imposer un état de droit en la personne de l'avocat Stoddard (James Stewart dans un rôle finalement assez proche de celui qu'il tenait chez Capra).

 

 

Habilement construit autour d'un flash-back (Stoddard, devenu sénateur, vient rendre un dernier hommage à son vieil ami Doniphon), L'Homme qui tua Liberty Valance est empreint d'une fascinante mélancolie qui explose lors des derniers instants au détour d'une phrase lancée par le contrôleur du train (« On n'en fera jamais assez pour l'homme qui tua Liberty Valance »). C'est seulement à ce moment que Stoddard, et plus encore le spectateur, réalise que sa vie et donc par là même en filigrane l'Histoire de l'Amérique, s'est construite sur un mensonge, sur un secret enfoui et jamais révélé. À ce titre, assimiler comme beaucoup l'ont fait, le film à sa fameuse et il est vrai formidable réplique, « Quand la légende dépasse la réalité, on imprime la légende », contredit le message que Ford cherche à faire passer.

 

 

À la lumière de la révélation sur la véritable identité de l'homme qui tua Liberty Valance, l'aura de Doniphon (on ne dira jamais assez à quel point John Wayne fut un acteur immense) est à son apogée : le véritable héros, celui pour qui Ford a le plus de sympathie (et ce n'est pas étonnant que ce soit son grand ami qui interprète le rôle) c'est ce cow-boy quelque peu bourru mais secrètement tendre et attentionné. De fait, la séquence du restautant où Doniphon multiplie les civilités à la femme de sa vie, Hallie (épatante Vera Miles) à qui il ne saura jamais déclarer sa flamme, s'avère totalement bouleversante de retenue.

 

 

Western intimiste (l'action est confinée dans deux ou trois décors, l'essentiel du temps en intérieur) profondément humain (un défilé de seconds rôles tous plus attachants les uns que les autres) et terriblement touchant, L'Homme qui tua Liberty Valance est tout simplement l'un des plus grands films qu'Hollywood ait jamais produit.

 

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